L’Abel Tasman et moi

La saison des kiwis vient de finir et j’ai enfin quelques jours devant moi pour profiter de l’Abel Tasman Coastal Track. J’en ai tellement entendu parler, que je me sens bien obligé d’aller vérifier l’envers du décor.

Je passe la nuit chez David, un couchsurfer canadien rencontré un mois plus tôt, qui me mènera à Marahau le lendemain matin. L’arrivée sur le village m’offre une belle mise en bouche.

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Le lever de soleil sur les marécages alentours me dévoile ses couleurs pourpres. Je sens que la journée va être appréciée. Une heure dans le froid plus tard, il est temps de rejoindre la base de Kayak. J’ai choisi de passer ma première journée sur l’eau avant de porter mon sac à dos à terre. Mon guide Kaleb nous embarque avec une brésilienne sur la Mer de Tasman. L’eau est calme et dégagée, nous y serons seuls toute la matinée. Mai/Juin semble la période idéale pour venir apprécier ce Parc National. Peu de personnes empruntent le track au début de l’hiver, et kayaker dans ses eaux peu fréquentées vous apporte une sensation de liberté. Mes bras regonflés par la cueillette des kiwis ne souffriront pas trop de la non-coopération de ma coéquipière. Emportée par la vue des phoques, elle en oubliera de pagayer le long du trajet.

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Les deux heures à effleurer l’eau passent vite et je dois débarquer à Anchorage où je suis censée passer la nuit. La vue est belle, la plage déserte, je m’aventure à faire une pause sous le soleil avant de m’y endormir. Oups. Il ne me reste plus que deux heures avant le coucher de soleil, j’en profite pour aller marcher du côté de Pitt Head. Le décor bleuté m’apaise. A mon retour, je retrouve d’autres randonneurs. Je ne serais donc pas seule dans l’Anchorage Hut le soir.

Le lendemain, 7h de marche m’attendent. Le chemin en lui même n’est pas très compliqué et certains parleraient même d’autoroute pour marcheurs. Le track est tracé, il ne me reste plus qu’à avancer jusqu’à Awaroa Hut, où je vais passer ma seconde nuit. Le parcours est calme et il est rare que je croise quelqu’un sur ma route. Je me dis alors que ce Great Walk devrait être réservé aux amoureux. Une ambiance d’île déserte, brodée de plages et eaux turquoises, parfait pour être partagé à deux.

La randonnée en elle-même n’a rien d’exceptionnel. Pas de difficulté énorme, la rocaille me manque.

Les nuages commencent alors à se montrer menaçant. Je suis à la dernière partie de mon parcours, lorsque une rafale de vent tente de m’emporter. Je dois marcher sur la plage, il ne me reste seulement quelques mètres avant le hut. Le sable me gifle le visage et je manque de perdre l’équilibre à deux-trois reprises. Où suis-je ? Une atmophère de désert d’Arabie me vient à l’esprit, tandis que je me force à continuer ma route sous cette tempête de sable. Le Hut est là, personne à bord. J’en profite pour prendre une douche froide avant que la pluie ne s’annonce. Le feu dans la cheminée, le repas avalé, il est 18h, il ne me reste plus qu’à me coucher.

Le lendemain matin, l’orage fait rage et je sors péniblement de mon sac de couchage. Il fait froid dans le hut et le temps dehors ne me donne point envie d’en sortir.

Je suis supposée traverser l’Awaroa Inlet à marée basse, j’ai donc quelques heures devant moi. Que dois-je faire ? Continuer mon parcours malgré la pluie qui risquerait de me glacer jusqu’au os ? Attendre une nuit de plus en me privant légèrement sur la nourriture et traverser le lendemain en espérant que le soleil soit au rendez-vous ? Impossible de me décider… et plus je prends le temps d’y réfléchir, moins l’envie de marcher sous la pluie se dessine.

Deux américaines arrivent finalement dans la Hut pour leur repas de midi. Elles sont trempées, semblent avoir froid, mais restent bien motivées à continuer jusqu’au bout. Après quelques bouts de conversation, j’apprends qu’elles doivent se rendre à Totaranui, où un water taxi les attend pour 14h30. La solution est là ! Je me décide enfin à les suivre, complètement démotivée par cette pluie incessante. Les deux heures de marche seront humides, et il me tardera qu’une seule chose: rentrer chez moi pour prendre une douche bien chaude.

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Le Water Taxi tarde et je me demande si je vais bien pouvoir monter à bord. Fort heureusement le chauffeur est compréhensif et le retour sur les eaux agitées nous offrent quelques sensations fortes. Mon voisin allemand me raconte alors son parcours, de Totaranui à Wainui où j’étais censé continuer. On m’avait dit que c’était la meilleure partie du track… Déçue mais rassurée par son expérience peu agréable à cause du vent, nous retournons sur Marahau mon point de départ. Prenant la route pour Nelson, l’Allemand me dépose sur Riwaka, où je retrouve mes collègues de cueillette. Un petit cidre pour me réconforter et j’apprendrais le lendemain qu’il m’est possible de retravailler pour quelques jours, de quoi rembourser le prix du trajet retour…

L’Abel Tasman Park ne m’aura pas permis d’atteindre mes objectifs: faire du stop à partir de Wainui et continuer ma route vers Takaka et Golden Bay. Tant pis, les prévisions météo étant très floues en Nouvelle-Zélande, cette expérience aura tout de même été rafraichissante.

3 Comments on “L’Abel Tasman et moi

  1. Pingback: Le vieil homme et l’océan | Mondalu

  2. Hello,
    Super article. Je commence à me renseigner sur les endroits à voir en NZ car j’espère y aller durant un an en PVT. Je note cet endroit !
    Superbe photo !

    • Merci « blogvoyage » ! N’hésitez pas si vous avez des questions. La Nouvelle-Zélande c’est top 🙂

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