Le vieil homme et l’océan

Assise sur ce fauteuil écru, je regarde l’océan. Mes derniers jours en Nouvelle-Zélande, se feront à bord de Defiance. Je suis fatiguée. Après plus d’un an de voyage, j’ai ce besoin physique et moral de me poser. Et pourtant…

Après quelques semaines sur Waiheke, à essayer désespéramment de mettre quelques sous de côté, j’ai fini par me décider à aller retrouver David. Cet homme de 75 ans est une vieille connaissance. Rencontré un an plus tôt, alors que je décidais de faire mon premier woofing sur son bateau, nous sommes restés en contact jusque là. Il m’avait proposé de naviguer de Tauranga à la Bay of Islands avec un de ses amis, mais j’avais poliment refusé voulant profiter encore quelques temps de l’île du sud, avant de rejoindre le nord pour un festival de musique. Me voilà à nouveau sur son bateau, joignant mon besoin de mobilité à mon besoin de stabilité.

C’est de Russel que nous partons. Premier port et capitale de Nouvelle-Zélande, Russel était au 19ème siècle, le point de rassemblement des navigateurs, chasseurs de baleines et autres marchands. A l’époque, aucune loi ne s’impose à la ville, alors connue comme le “Hellhole of the Pacific”, où l’amour de l’alcool et de la bonne chair va bon train. Aujourd’hui, ses maisons blanches lui donnent un air doux et d’antan.

Nous passons la nuit, à quelques rames d’ici. Bercée par les vagues, je somnole. C’est qu’il n’y pas grand chose à faire, à part écouter le vieil homme et la mer. Le vent se calme nous laissant prendre la route pour Oke Bay, où je poserai le pied à terre le temps d’une balade.

L’odeur du gingembre, émanant de diner du soir me réveille de mes songes, et nous repartons, cette fois-ci pour Deep Water Cove. Le skipper me montre sur le radar la trace d’un bateau et me raconte que l’épave du Canterbury a été mis là à disposition des plongeurs. L’eau est trop froide pour que je m’y aventure, j’opte alors pour une randonnée de 5h, sur le Cape Brett Track. Il est bon de marcher seule. Le vieil homme peut être agaçant parfois avec ses histoires de femmes et de bons vins.

Le lendemain, nous prenons le large. 3h au cœur de l’océan et je m’attelle tant bien que mal à l’avant du bateau, telle une proue en détresse. Cheveux aux vents, le mal de mer m’échappe, tandis que mes yeux naviguent sur l’océan. Les îles Cavalli se rapprochent et nous jetons l’ancre tout près de Motukawanui. Le temps d’une nuit et d’une randonnée traversant celle-ci et nous repartirons un peu précipitamment vers Whangaroa Harbour, pour une traversée chaotique. IMG_0110 La quiétude du lieu me fait vite oublier que j’entame mon avant-dernière semaine en Nouvelle-Zélande. Mon hôte me réveille à 6h30 pour que nous partions marée haute à bord du dinghy, afin de profiter d’une balade sur la rivière tout près. Je ne suis pas du matin, mais l’atmosphère qui se dégage de cette micro-aventure me calme. Je m’attends clairement à voir surgir un crocodile, ma tête étant sans doute déjà partie en Australie…

Après quelques grimpés plus ardues, telle le Mont John ou le Duke’s Nose offrant une perspective différente sur le port, je retourne à bord de Defiance.

Lorsque le soleil se lève le lendemain, j’ai cette impression de me retrouver au cœur d’Avatar, bercée par quelques nuages. Deux semaines se sont écoulées et il est déjà temps pour moi de repartir.

Mon hôte me confie que pour lui la côte Est de l’ile du nord, est la plus belle du pays. Il y a encore tant à voir… Je serais bien montée plus au nord en direction du Cap Reinga ou plus au sud dans le Golfe d’Hauraki, à la découverte de la Great Barrier Island. Heureusement que l’île du Sud compte de très beaux points de navigation, calmant ma soif d’océan… le célèbre Milford Sound, magique malgré les sandflies et la mer de Tasman, près du parc national au même nom. IMG_4913

Je reprends doucement pied à terre laissant le vieil homme et la mer. Il sera bientôt temps pour moi de reprendre la route, loin des côtes néo-zélandaises.

50 nuances de green à Hokitika

Après avoir passé une semaine à Arthur’s Pass, me voilà levant le pouce devant le seul shop du coin. 5 min après, un homme qui me rappelle vaguement quelqu’un, me dit qu’il va faire quelques photos sur la Côte Ouest. Je monte. Mon conducteur aux cheveux blonds me parle alors de son père. Il me dit qu’il a écrit un livre sur sa vie en Russie avant de quitter ce monde. Le temps file, les mots s’échangent autour de l’Europe et du voyage. Il me dépose à Hokitika, je lui propose un café, il y rajoutera un éclair au chocolat.

Il pleut. Bienvenue sur la Côte Ouest me dis-je. Après un petit tour à la bibliothèque pour naviguer quelques heures sur Internet, J. vient me chercher. C’est la première fois que je vais faire du couchsurfing chez des gens plus agés. J. s’occupe d’une dairy farm. Se levant à 5h du mat elle passe la plupart de ses journées en compagnie de ses vaches. Le mari lui, va prendre un café en ville le matin, avant de ne retourner sculpter ses pierres de jade.

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Je passe mes journées à m’occuper de l’extension de mon visa, à squatter la bibilothèque, à observer de loin les pêcheurs de whitebait et à arpenter la plage dans l’espoir de trouver cette pierre verte dont on parle tellement.
B. me dit que c’est la pierre qui doit te trouver et non l’inverse. IMG_5702Il me présente alors à Steve, « carveur » qui a sa propre boutique un peu excentrée à quelques pas du musée. Après être rentrée dans tous les magasins d’Hokitika, à admirer les pendentifs en jade, je finis par me décider à faire le mien.IMG_5704Le lendemain, je présente mon dessin à S., qui m’aura pris quelques soirées. Il m’indique du papier et un cuter, me propose de le reproduire sur la pierre que j’ai choisi puis m’indique le diamant avec lequel je suis censée faire apparaître les contours de mon bijou. Pas très présent, je finis par lui montrer le travail avancé. Il m’aide un peu à le fignoler d’un coup de main assuré. Le résultat est là. Après 5h de concentration, le pendentif en or vert se voit agrémenter d’un lien noir, avant de n’être enfermé dans un joli coffret. Ce bijou ne peut être fait pour soi-même, il se doit d’être offert. Ma mère en héritera quelques semaines plus tard pour Noël.

Saviez-vous que l’on appelait cette pierre de jade, pounamu en maori ? Ce caillou est communément surnommé greenstone en anglais, en référence à ses reflets verts. Mais ce serait comme démystifier cette pierre que de l’associer uniquement à sa couleur naturelle.

Le Pounamu joue un rôle important dans la culture maorie. Cette pierre est considérée comme un « taonga « , un trésor, qui passé d’une génération à l’autre, augmente le « mana « , prestige de la personne qui le porte. Contrairement à la Chine, plus la pierre est foncée, plus elle est considérée comme précieuse en Nouvelle-Zélande. On découvre plusieurs significations aux pendentifs en jade. Je vous ai répertorié les principales :Pounamu significationJ’aime beaucoup la signification du Koru. Il rejoint la symbolique de mon départ en Nouvelle-Zélande.
En attendant de porter le précieux autour de mon cou, mon séjour à Hokitika se termine et c’est vers Fox que ma route se poursuit.

NB. Le jade à un prix. Méfiez-vous des magasins de souvenirs qui vendent souvent des pendentifs aux significations empruntées à la culture maorie, avec cependant une pierre venant de Chine.

Démystification du langage

Il y a quelques temps, je me suis retrouvée avec des québécois en plein cœur de la Nouvelle-Zélande. Ma première réaction fut l’excitation. Entendre parler québécois me ramenait 6 ans en arrière dans mon aventure Montréalaise. Passés les prémices, la déception l’emporta et je me suis demandé pourquoi.

Des années plus tôt, je quittais Toulouse pour le Canada. Une année d’échange universitaire qui me réserverait bien des surprises. C’était ma première fois dans un pays étranger, la première fois que je quittais mes parents, que j’étais amenée à trouver un appart, à cuisiner seule, à m’adapter à une nouvelle parcelle du monde mais aussi à une nouvelle langue. On a beau dire qu’ils parlent français au Québec, il m’aura fallu quelques jours pour me faire, tant bien que mal, à ce langage. Je me souviens d’ailleurs d’une soirée bien éméchée où je comprenais 2 fois mieux l’anglais que ce fameux québécois.
J’en suis tombée amoureuse. Amoureuse de ses différences avec le français. Amoureuse de ses particularités. Je trouvais le québécois sexy, indépendant, libre. Mais je me suis rendue compte tout récemment que ce n’était qu’une illusion, que j’avais réussi à projeter sur ce langage mes émotions du moment. Entendre parler québécois me ramenait à une liberté que je n’avais plus, d’où ma première réaction. J’avais imaginé, stéréotypé, fantasmé cette langue pendant des années, pour finir par réaliser que ce qui me faisait vibrer ce n’était au final pas le québécois, mais ce premier voyage qui m’avait ouvert tant d’opportunités sur le monde.

Aujourd’hui, après une année passée en Nouvelle-Zélande, je réalise que j’ai plus de facilité à exprimer mes besoins et émotions en anglais plutôt qu’en français.
Un québécois m’a tendu un jour ce livre, qui m’a fait réaliser que derrière chaque langage, il y avait une part culturelle importante. J’ai alors compris que l’anglais m’aidait à me sortir de ma propre culture, de mon éducation, de mes habitudes pour me dévoiler simplement.
Je ne me sens pas différente à parler une autre langue, je reste moi même, mais ce moi-même s’exprime différemment. Avez-vous déjà ressenti cela vous ?

Ça me fait penser à cet article en anglais qui m’avait fait sourire et qui explique ce que signifie vraiment les phrases utilisées par nos confrères anglophones. Derrière chaque langue se cache donc des formules de politesse, des codes, des maux, des différences culturelles.
Qu’est-ce que cela implique donc d’utiliser l’anglais pour échanger avec nos voisins européens ? Est-ce qu’un enfant dont les parents ont deux nationalités différentes, réagira différemment en fonction de la mère ou du père ? Qu’en est-il du langage des signes et du langage corporel ? Au final, quelle langue vous correspond le plus ?

Ne prenez pas peur…

Soirée à Gillepsies Beach

je pense que derrière tout cela, le sourire reste un langage universel. 🙂

Les Catlins, 100% nature

Parsemés de cascades, de petits chemins menant aux falaises creusées par la mer agitée, les Catlins invite à la tranquilité. L’air s’engouffre dans mes poumons, les pingouins jouent à cache-cache avec mon objectif et je me sens petite face à cette forêt fossilisée. Ce petit coin de Nouvelle-Zélande, où j’ai passé deux journées après Stewart Island, est décidément 100% nature.

Cadavres exquis d’une voyageuse #2

Le pouce tendu, je tâche de sourire. Je me dis que ça va être difficile de trouver une voiture aujourd’hui. La gorge serrée, je me concentre sur celles qui passent. Ils tournent tous à gauche. Est-ce que je ne devrais pas mieux marcher un petit peu ? Au fond si personne ne me prend, j’aurais une nouvelle excuse pour contacter G.
Une voiture. Le gars part de mon côté. Parfait!
Comme à mon habitude je me présente et j’oublie ausitôt le nom que l’on me donne. Ça ne me ressemblait pas il y a quelques temps, moi qui mettait toujours un prénom sur un visage. Aujourd’hui, j’ai du mal à me souvenir des histoires que l’on me raconte… et pourtant je m’attache.
Après 2h de route, le gars me dépose et je me retrouve dans une auberge, qui s’avère être un Holiday Park, où les gens passent leur temps dans leur camping-car. Je suis donc seule dans une chambre de 10 lits. Il y a 5 mois j’en rêvais. Il y a 5 mois, je voulais faire un break, m’enfermer dans une pièce où personne ne serait là pour m’emmerder. Il y a 5 mois je n’avais qu’une envie: être seule au moins une soirée. C’était mon burn out… mon burn out du voyage, qui a fini par passer. Et depuis, j’ai fait de nouvelles rencontres.

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Ce qui m’a marqué sur ma première escapade en solo, c’était ces gens inconnus qui s’arrêtaient au milieu de leur route pour venir me demander si, ma carte sous les yeux, je cherchais mon chemin.
Aujourd’hui les gens que je croise ne sont plus des inconnus mais différents morceaux de vie que j’ingurgite. Les collègues, les gens qui me prennent en stop, les couchsurfeurs, les voyageurs, les personnes que je croise sur les sentiers de randonnée et tous les autres avec qui j’échange un sourire.

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Mon voyage ne serait pas aussi riche sans ces rencontres.
Mais il ne serait pas aussi dur non plus.

Quand je quittais Toulouse pour Paris et vice-versa, je savais très bien que je les reverrai. Que dans quelques mois, on se retrouverait autour d’un café, dans une expo ou sur une ville totalement différente, histoire de bouger un peu en France. Aujourd’hui à l’autre bout du monde, mes rencontres se sont diversifiées… géographiquement.

La plupart des couchsurfeurs qui m’accueillent sont néo-zélandais. Les voyageurs que je croise en auberge ou autres pvtistes sont majoritairement européens. C’est cool, tu te dis que ça te fera un pied à terre dans les pays voisins, quand tu reviendras en France… sauf que je ne suis pas prête à rentrer au pays. Avec eux, je partage un repas, des soirées, quelques jours de voyage, des semaines de boulot, un appart, un bout de vie…
Les rencontres sont différentes avec pour chacune d’elle son degré d’attachement. Il y a les légères, où l’on se dit qu’ “on reste en contact, qui sait on se recroisera peut-être ?”. Les rencontres plus fortes, où on fait tout pour se recroiser et celle qu’on continue à construire et alimenter au gré du voyage. Il y a aussi ces coups de coeur amicaux où tu n’as même pas le temps de dire au revoir.

Ces différentes personnalités qui échangent, qui s’entraident, qui me rendent ma foi en l’humanité, c’est génial et intense. Mais au final quand on a choisi d’être nomade, ces rencontres là, tu te dois de les quitter. Il y a un moment donné où nos chemins se séparent et souvent trop vite. Parce qu’on a des objectifs différents, des envies à suivre souvent plus fortes que nos coups de cœur affectifs.

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La boule au ventre je m’éloigne de la voiture. Je me demande si je devrais partir avec eux. Je rentre à l’auberge les larmes aux yeux, haïssant le voyage.
Il a encore fallu que je les quitte… pour mieux les retrouver vous me dites ?

Je me dis souvent que mon fort besoin de découverte me fait passer à côté de belles choses avec les personnes que j’apprécie. Mais c’est un choix… que je remets souvent en question d’ailleurs mais que je contre-balance en me disant qu’une personne quittée, c’est une nouvelle ouverture à l’inconnu. Et c’est tellement vrai. A peine mes derniers échanges posés sur mon carnet, c’est un nouveau chapitre que j’entrouve avec de nouvelles rencontres.

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Et vous, comment le viv(ri)ez-vous ?