J’ai laissé mon âme sur un autre continent

Il y a une semaine je partais pour le GR10, ce chemin de randonnée qui traverse les Pyrénées de Hendaye à Banyuls-sur-Mer. Ce projet a germé dans un coin de ma tête il y a plus d’un an, alors que je partais pour un continent alors inconnu pour moi: l’Afrique.

Un an plus tard, mon contrat achevé, je me précipitais en France pour réaliser ce projet. L’envie de retrouver ce qui me faisait vibrer avant cette expérience, les montagnes, l’envie de me rapprocher de celles qui étaient si proches géographiquement pendant mon enfance et pourtant si étrangères pour moi: les Pyrénées. Je me suis dit qu’il serait bon de profiter de l’été pour prendre du temps pour moi, avant de me précipiter sur une nouvelle expérience professionnelle, que j’espérais aussi enrichissante que la dernière. Mais c’était sans compter les rendez-vous médicaux, que j’avais relégué à la dernière place pendant toutes ces années de voyage et la fatigue de mes nombreuses années sur la route ou à déménager que j’avais essayé de dissimuler en me disant qu’on verrait plus tard. Mon dernier rdv se prononçait enfin le 22 juillet et je décidais de prendre mon billet de bus pour partir le jeudi suivant.

Je me suis à nouveau précipitée, voulant fuir mes mois d’inactivités. J’ai pris mon sac bien trop lourd pour moi, faisant taire ma petite voix qui me disait que ça ne servait à rien de foncer. Têtue comme une mule, j’ai cru que j’aurais la force de cette dernière pour arpenter le peu de dénivelé des premiers jours, en totale autonomie. Et bien c’était surement la première fois de ma vie que je me surestimais, à regret.

Après une nuit de bivouac, dans mon sac de couchage 100% made in France, bien au chaud, j’écoutais l’orage grogner au dessus de ma tête et le vent chahuter ma tente, espérant qu’elle tienne. Vers 2h du mat, c’est réveillée par le bon d’une tique sur ma joue, que le vent se levait à nouveau, laissant la pluie prendre place. C’est vers 8h que je me résignais à plier ma tente, profitant de la fin de l’averse pour refaire ce sac, bien trop lourd pour moi. Il était loin le temps du bivouac entre potes de cet été 2017. Elle était loin cette fille, qui crapahutait dans les parcs nationaux australiens et néo-zélandais, avec la force de quelqu’un qui avait passé tout l’hiver ou l’été à bosser dans les vignes, revigoré par les paysages mêlant montagnes et mer ou par les couleurs dorées de ces alignements parfaits de champs de raisins.

Alors je suis rentrée. Sans jamais reprendre la route vers Hendaye, j’ai continué quelques kilomètres jusqu’au Col d’Ibardin, où à la vue du parking de la ventas, je savais que mon périple s’arrêterait là. Déjà.
Un sentiment de honte m’envahissait, telle une débutante qui avait osé partir seule en randonnée avec trop de nourriture pour une telle aventure. Je demandais au Monsieur qui venait juste d’arriver, s’il pouvait me mener jusqu’au prochain village… et ce dernier décida de me déposer à mon point de départ: Hendaye.
Il était loin le temps où je pouvais parler de tout et de rien, avec de parfaits inconnus, qui me prenaient sur la route de l’île du sud. Je tentais tant bien que mal de poser quelques questions, mais heureusement toute la chaleur du Pays-Basque avait décidé de se réfugier au cœur de ce papi, qui tentait de me changer les idées à coup d’histoires de famille. Hendaye-Toulouse en train, et j’avouais petit à petit ma défaite à ceux qui m’étaient proches.

Je pensais repartir vite et les douces aventures de Cédric, à quelques kilomètres de là où j’avais quitté le GR10, me disaient « reprends la route et vite ». Mais cette fois, je n’avais pas envie de fuir. J’avais envie de comprendre où j’en étais, ce qui m’arrivait, moi qui avait toujours une idée derrière la tête, un voyage à faire, des inspirations à puiser… pourquoi je me renfermais ? Pourquoi je m’isolais ?
La peur peut-être de ne plus aimer les montagnes, celles qui m’avaient pourtant permises d’atterrir en douceur en France, après mes 3 ans et demi de PVT. La peur de ne plus me retrouver sur les chemins de randonnée… ou la peur de tourner la page d’un continent, que j’avais peut-être quitté trop vite ?

On dit que le voyage adoucit les mœurs, mais est-ce qu’on vous a dit que le voyage pouvait aussi briser des cœurs ?

Alors je crois que j’aimerais toujours marcher. Je pense sincèrement que le GR10 m’aiderait à retrouver mon chemin, via celui tout tracé du rouge et blanc immaculé. Je pense sincèrement que les montagnes panseraient mes plaies, permettraient à mon esprit de vagabonder positivement et à me reconnecter avec la nature, avec ma propre nature.
Cela me fait bizarrement penser à cet article écrit dans une impasse, il y a quelques années, qui m’avait permis grâce à vos encouragements, de repartir vers mes rêves. Mais où sont-ils passés ?

Au plus profond de moi, je crois, c’est l’appel des montagnes de l’Ouganda, le vent du Sahara, les terres mauritaniennes, les secrets de l’Ethiopie, les douceurs de la Tanzanie, ce helpX en Namibie qui m’entrainent. Comme un appel à creuser encore plus loin les racines de l’être humain, comprendre la géopolitique qui martyrise les forces de ce monde, et continuer encore et toujours à apprendre.

Alors GR10… se reverra-t-on ?
Je l’espère vraiment.

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