Course poursuite au Ghana

Un petit moment que je n’avais pas pris de vacances et l’envie de montrer à un ami ivoirien ce que je pouvais bien trouver d’aussi épanouissant dans mes voyages, nous a fait prendre la route en cette fin d’année 2018. Un pays anglophone et limitrophe pour éviter de prendre l’avion et c’est au Ghana que nous partions.

Ne pouvant abandonner son confort, mon compagnon de route décidait de prendre sa voiture pour les deux semaines de vacances que je m’étais octroyée. Mais les deux semaines se sont vite transformées en une. N’ayant pas le permis international, nous nous sommes « arrangés » mais le temps passé aux barrières de police me semblait à chaque fois une éternité. En résumé, ce voyage n’a pas été de tout repos.

Départ pour Accra

Nous partions pour Accra un 30 décembre, au lieu du 26 itinialement prévu par mes soins dans le but de participer à la première édition du festival Afrochella. La frustration était déjà lancée avant même le départ, mais je me suis fait une raison voulant profiter à fond de cette nouvelle découverte.
La route au départ d’Abidjan a été longue… non pas à cause de l’état du bitume (plutôt normal à ma grande surprise) mais plus en rapport aux nombreux barrages sur la route.
Nous arrivons à Accra de nuit et galérons à trouver notre petite auberge de jeunesse, sans batterie sur nos téléphones. Nous chargeons nos téléphones grâce à la générosité des gens et me retrouve dans une petite boutique de coiffure de nuit, entourée de femmes ghanéennes adorables et de leurs enfants.
Nous finissons par trouver tant bien que mal notre auberge du soir, quand Mr décide de se laisser conduire par mes dons de liseuse de carte. Heureusement que notre adresse du soir est au top, et que la pression retombe de mes épaules pour 2 nuits consécutives.

Au coeur de la capitale

Le lendemain matin, le délicieux petit-déjeuner (avec les délicieux pancakes au goût de gingembre) nous requinque et c’est parti pour une journée culturelle. Mais rien ne se passe comme prévu !
Nous avions prévu de découvrir le jardin botanique, un peu excentré de la ville, et j’en profite pour nous faire passer par le centre commercial, le Marina Mall, pour faire du change et acheter une carte sim (ce que nous aurions du faire dès la frontière). Arrivés au Marina Mall, on nous dit de partir à Accra Mall pour trouver nos chères cartes, mais mon gps nous perd sur les échangeurs et nous nous retrouvons sur l’autoroute qui quitte Accra vers l’Est. Au péage, nous rencontrons Precious, un ange tombé du ciel, qui s’arrange avec la police pour nous permettre de faire demi-tour et nous accompagne dans nos périples de carte et changements de plans importuns. Quelques heures plus tard, nous avions enfin accès à Internet, abandonné l’idée d’aller jusqu’au jardin, une voiture réparée de son bruit bizarre mais un compagnon voulant trouver des pièces… pour sa caisse !
Je décidais alors d’abandonner mes deux comparses pour une escapade au musée national du Ghana: vide !
Je prenais alors un taxi, jouissant de ma nouvelle liberté et discutant de mon nouveau pays d’accueil avec le chauffeur pour me diriger vers Osu Castle: fermé ! Décidemment, Accra me jouait des tours, dès mon premier jour. Je décidais alors de marcher, afin de rejoindre Jamestown, l’un des plus vieux quartiers d’Accra.

Quel bonheur de pouvoir enfin marcher dans une ville ! C’est une chose qui me manque terriblement à Abidjan. Ici sur mon parcours, je profite du trottoir longeant la route, pour apercevoir l’Arche de l’Indépendance et attérir au Centre pour la Culture nationale, qui est en fait un ensemble de magazins et boutiques pour ramener des souvenirs touristiques. Je me laisse entrainer par « Million » qui fabrique ses propres Djembé et me propose un cours improvisé au coeur de sa boutique. Je me dis alors que je suis bien au Ghana.

Mais ce petit plaisir est de courte durée, Precious me rappelle afin que je retrouve mon compagnon de voyage, avant de nous quitter pour aller donner sa messe du 31 au soir.
Ce dernier a envie de rentrer, mais je le traine jusqu’au JamesTown café, afin de manger un bout et humer un brin d’atmosphère de ce quartier de pêcheur, si vibrant lorsqu’on y traverse les minis ruelles en voiture. La pause fait du bien après cette journée, quelque peu décevante mais dont je prendrais le meilleur (une des choses que j’apprends en Afrique). Le café est presque vide, mais on y découvre un lieu plutôt alternatif, où les concerts de musique live doivent faire vibrer l’espace les jours animés. A quelques pas de là, nous découvrons un coin où le street art se mélange aux cris joyaux des enfants du quartier. Nous rentrons finalement à l’auberge épuisés et sans motivation pour célébrer cette nouvelle année.

Le 1er, nous profitons de la visite de Osu Castle, heureusement ouvert en ce premier jour de l’année. L’endroit est magnifique, mais l’explication du guide sur son passé colonial et son histoire lié à l’esclavage, rend le lieu triste.
Nous décidons ensuite de quitter Accra pour des contrés plus ensablés à quelques heures de là.

Ada Foah

Nous prenons la route pour Ada Foah, à 1h30 d’ici. Arrivés à destination, nous empruntons une pirogue (40 cedis A/R) pour rejoindre Maranatha Beach Camp où nous allons passer la nuit. 40 cedis pour un bungalow les pieds dans le sable et la possibilité d’observer les tortues de nuit (rajouter 40 cedis), lorsque les membres de l’équipe se motivent…
J’en profite pour chiller sur les hamacs, goûter au vin de palme local, avant de repartir le lendemain vers la frontière togolaise.

Frontière togolaise

Le lendemain c’est vers Wli que nous nous dirigeons. Nous posons nos valises au Waterfall Lodge, petit lodge tenu par des allemands (compter 100 cedis pour un bungalow à 2). Un endroit pour manger et lire est prévu à cet effet, avec une magnifique vue sur les alentours.
Nous profitons de l’après-midi pour aller aux cascades de Wli. Nous optons pour les 4h de balade nous permettant d’aller admirer la cascade la plus haute. Une randonnée de 6h est possible permettant d’accéder à la plus haute chaîne de montagne ghanéenne. Pour les balades, il suffit de se rendre à l’office des guides dans la ville et de s’aquitter du droit de passage de 40 cedis (+ pourboire à prévoir pour le guide qui vous accompagne).
Les lumières du soir rendent l’endroit sublime mais je vous conseille de partir de bon matin, pour bien prendre le temps d’apprécier votre randonnée et la baignade dans l’eau glacée, avant que le soleil ne se couche.

Le lendemain matin, je décide de m’offrir une randonnée en haut du plus haut mont du Ghana, le Mont Afadjato à 885 m (20 cedis l’entrée). Officiellement c’est le plus haut mont « solitaire », mais officieusement si vous avez lu mon paragraphe précédant les chaînes de montagnes attenantes à la cascade sont plus hautes.

Nous continuons ensuite vers le nord, dans l’espoir d’atteindre Tamale dans la soirée, alors que je serai bien restée une nuit de plus au lodge nous accueillant.

Au nord du Ghana

Google maps n’étant pas toujours ton ami, surtout dans les pays d’Afrique, la route nous a pris plus de temps que prévu. Les locaux nous indiquant que la route que l’on souhaitait prendre était mauvaise, nous avons alors jonglé avec les indications du gps et celle des ghanéens un peu perdu par notre itinéraire.
Nous sommes passés par des routes non bitumées (me rappelant l’Oodnadatta Track en Australie), et la pression que j’avais par rapport à la voiture de mon compagnon de route (finie à temps pour le voyage) ne faisait que monter. Arrivés de nuit à Bimbila, le policier au barrage nous explique qu’il y a un couvre feu et qu’il est impossible d’avancer (sauf si l’on décide de payer et d’être escortés par les militaires). Nous décidons de dormir dans la voiture en attendant les lueurs du jour.

Parc national de Mole

Finalement arrivée à Tamale au petit matin, nous continuons directement jusqu’au Parc national de Mole. Complètement fatiguée, je décide de contacter un couchsurfeur à Larambaga, qui avait donné son ok pour nous héberger deux jours après. Hyper réactif, il accepte et nous nous retrouvons au coeur d’un orphelinat géré par notre hôte. Un des orphelins, Rachid, m’accueille avec un grand sourire et ne manque pas de m’exiber autour du stade de foot du village, pendant que mon compagnon de voyage roupille dans la chambre qui nous a été octroyée. Le soir nous partageons un repas ensemble, et je retrouve la joie du couchsurfing et des rencontres improvisées. Une petite pause pendant cette course poursuite au Ghana…

Le lendemain notre hôte, qui travaille de temps en temps pour le Parc national, nous accompagne au coeur de celui-ci. Compter 40 cedis par personne pour les droits d’entrée hors ghanéens. Nous avons de la chance ce matin là, un autre groupe de français souhaite faire un safari véhiculé et nous partageons les frais s’élevant à 100 cedis par jeep. Finalement le safari à pied est tout aussi intéressant et coûte 10 cedis.
Nous avons la chance d’y observer un éléphant, mes premiers phacochères et des antilopes de plusieurs espèces.

La plateforme d’observation du môtel et du lodge, au coeur même du parc, offre des vues différentes et permettent l’observation des animaux. La meilleure période pour observer les éléphants serait fin février, début avril, moment où ils se déplacent en groupe.

Kumasi

Nous arrivons le soir même à Kumasi. Tellement épuisée par la route, je n’ai pas eu le temps la vieille de chercher où on allait dormir le soir… voulant profiter au moins de l’une de mes soirées en contact avec la population locale. Je dirige donc mon pilote vers le 1er hôtel conseillé par une amie, mais la route se trouve coupée et les embouteillages me laisse pantoise. Nous optons donc pour le 1er hébergement pas cher sur la route et quelques brochettes dans le quartier, avant de m’écrouler sur le lit dont j’appréhende les puces.

Le lendemain, nous filons au Palais du Roi Ashanti, pour comprendre l’histoire de ce peuple également présent en Côte d’Ivoire. On y apprend que la succession se fait selon les choix de la mère, et que ces derniers sont restés fiers pendant la colonisation anglaise. Une visite passionnante.


Je n’aurais ensuite pas le courage d’aller au marché de Kumasi, qui occupe une grande partie de la ville, à la recherche de pagnes ashanti. Nous repartons donc vers le sud, ne nous arrêtons pas sur la route au Parc national de Kakum (la copilote s’étant endormie).

Cape Coast

Arrivés à Cape Coast, je profite de la visite guidée de l’après-midi pour visiter le fort au même nom. Je me retrouve avec un groupe d’américains, en pélerinage sur les traces de leurs ancêtres. La visite est émouvante, le fort impressionant et les visites des lieux où les esclaves étaient enfermés étouffantes sous la chaleur de ce mois de janvier. Ici derrière la « porte de non retour », la porte qui menait les esclaves aux bateaux voguant vers d’autres contrées, une inscription plus récente invite les descendants à revenir comprendre leur histoire et retrouver leurs racines, malgré les horreurs de ces années d’esclavagisme. Je vous invite d’ailleurs à lire cet article: http://www.slate.fr/story/172113/ghana-commemoration-esclavage-afro-descendants

Retour ivoirien

Pour ma part, je profiterais d’un dernier repas ghanéen, au Baobab House, auberge de jeunesse proposant également des repas végétariens. Un « red red » pour la route, mélange d’haricot rouges et bananes plantains, et nous repartons vers Abidjan avant la date butoire de notre laisser passer ghanéen, nous arrêtant tout de même au beau matin à Elmina.

Le retour a été long… mon cerveau embrouillé par les kilomètres avalés ou le palu qui me guettait. Je suis arrivée à Abidjan avec une fièvre élevée et l’envie d’oublier ces vacances presque gachées.

Le Ghana a été pour moi une succession d’images, dont je n’ai pas pu en apprécier les couleurs. Je n’arrive plus à voyager avec « une liste de choses à faire », j’ai besoin de prendre mon temps. C’est un peu comme si je voyais le soleil sans ressentir la chaleur des rayons sur ma peau… Et là clairement, j’ai été pressé tout le long par mon compagnon de voyage. Un voyage à deux, ça se contruit à deux et c’est parfois difficile lorsque ces compagnons de route n’ont pas les mêmes valeurs, les mêmes attentes. Et j’en avais surement beaucoup pendant ce trip.

Mais heureusement la plus belle a été atteinte: Avoir pu apporter un peu plus de simplicité dans la vie de mon compagnon de route. Alors c’est tout ce que je retiendrais de ce voyage, un brin contre la montre, en dehors du pays magnifique qu’est le Ghana et le charme plutôt posé de ses habitants.

2 Comments on “Course poursuite au Ghana

  1. Pas facile en effet de voyager à deux si on n’est pas vraiment dans le même mode. J’ai songé plus d’une fois à aller au Ghana, et le parc de Mole fait partie des noms que j’avais retenus quand j’avais « diagonalisé » vite fait ce que ce pays avait à offrir.
    Un jour sans doute 🙂

    • Merci pour ton passage ici Laurent. Le Ghana est définitivement un pays qui mérite le détour. J’y serais bien restée plus longtemps pour y apprécier toutes les couleurs, mais de ce que j’en ai vu en une semaine m’a particulièrement convaincu.

      Sans vouloir comparer deux pays ou parcs nationaux, il paraît que le plus beau parc de l’Afrique de l’Ouest se trouve au Bénin 😉 De quoi te faire voyager un peu plus longtemps, à travers des pays si proches et pourtant si différents.

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