Randonnée secrète au cœur de l’Ariège sauvage

Août 2020.

Il y a des randonnées au fin fond de l’Ariège dont on tairait bien le nom.
Un week-end bivouac improvisé à la dernière minute, alors que tu es déjà partie en rando deux jours avant.
Une connaissance qui a crapahuté dans le coin, un lieu que l’on reconnait pour y être venue quelques semaines avant, un brin plus bas, coincés par la transhumance.
Les petites fleurs aux couleurs pastels se dérobent sous nos yeux aguerris et curieux.
On se lance sur un chemin balisé de gros points orange pourtant discrets, à travers les rochers plantés ça et là et un brin de boue au milieu.

On descend sur le flanc de la montagne dont on arrache quelques touffes d’herbes, malgré nos pieds virevoltant à droite puis à gauche pour éviter de se tordre une cheville ou de glisser en contrebas.
On se rêve à danser avec nos sacs plus lourds qu’à l’accoutumée, on prend le temps de se poser au bord de la rivière, éclipsant un instant la chaleur torride d’une journée caniculaire.
Une longue pause, certains se laissant sécher au soleil, puis on repart d’un pas plus précis qu’à 11h.
On a encore du chemin jusqu’à notre cabane de hobbit, qui se laisse fondre dans le paysage avec son toit végétal.
On zigzague à travers les herbes basses et marécageuses. On ne manque pas d’offrir un bain de boue à nos chaussures, celles qu’on avait fraichement lavé après notre dernière aventure.
On finit par arriver, comme au creux d’un cirque, tout poisseux mais heureux de cette belle échappée.

Les habitués de Massat ont déjà pris possession des lieux. Ils nous piquent à coup de mots, nous accueillant malgré eux dans leurs cœurs ariégeois. C’est qu’on est cinq toulousains sur six.
On installe nos tentes, un brin en avance pour aller profiter de l’étang plus en haut. Deux seront déjà partis au pic, tandis que nous avançons sans chemin mais avec un chien, 200 m au dessus.

L’ étang nous accueille à bras ouverts parmi les bébés grenouilles du bord de rive, seuls au milieu des montagnes. L’ eau fraiche nous rembobine. On serait presque prêt à repartir pour une seconde étape, mais la raclette nous attend. Avec 24 kg sur le dos, notre guide du jour nous a porté quelques patates et une bouteille de vin blanc.
On papote, on laisse chauffer la braise tandis que le fromage s’étale de tout son long dans la gamelle.
On profite de cake salé et brownie maison, de banana bread et autres provisions.
On éteint nos torches tandis que les étoiles prennent place à travers les nuages.

On se réveille au son des voix ariégeoises. On sort doucement de nos rêveries avec un thé bien chaud, avant d’aller ranger nos affaires. On peste intérieurement contre un départ tardif, car on sait au fond que l’orage s’en vient dans l’après-midi. C’est marrant comme l’intuition en pleine nature prend tout son sens, mais l’effet groupe aura souvent raison d’elle et c’est vers 9h30 que nous décidons d’aller voir un autre étang.
Le chemin est vague et on finit par s’aventurer hors sentiers parmi les fleurs et senteurs épicées. La pente s’élève à 60° et on regardera le ciel s’épaissir de nuages foncés, avant de ne faire demi-tour brusquement sans concertation.
C’était sans compter la brebis aventureuse, un de nos acolytes qui a choisi de s’aventurer seul sur un autre versant afin de nous retrouver à l’étang.
Inquiétude, rafraichissement au cœur du torrent, retour à la cabane dans l’espoir de retrouver notre camarade. Le ciel s’assombrit et l’orage finit par s’avancer, grondant au loin qu’on n’y échappera pas.

La cabane est maintenant vide. On s’y émisse lentement, comme contraint à prendre l’abri cherchant à éviter la pluie fulgurante qui s’annonce. Ce sera la grêle qui fera teinter la tôle, le toit végétal absorbant les chocs.
Puis surviendra au milieu de nulle part, notre camarade trempé de la tête au pied, qu’on aurait bien voulu engueuler. Mais le soulagement finira par prendre le dessus et on reprendra la route à la prochaine éclaircie… ah non, finalement sous la pluie, le tonnerre s’éloignant plus loin.
Le retour fut plus long que prévu, la montée à flanc de montagne glissante. On aura perdu l’envie de danser au cœur des montagnes ariégeoises, ne souhaitant qu’arriver en haut de la piste où nous avions garé nos voitures.
La concentration est à son maximum, le silence nous suit, la montagne grondant au loin, nous engueulant presque d’avoir été aussi téméraires face aux éléments.
On s’octroie un pot Aux Cabanes, puis un restaurant en terrasse pour finir en beauté cette riche aventure. Aux sabines et à toutes ces figures féminines, la terre mère nous réserve encore de belles surprises.

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