Deux ans de route

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Il y a deux ans, ma mère prenait cette photo avant de me regarder m’éloigner, à la gare de Toulouse. J’ai l’air fatiguée, déboussolée, pas très sure. Les (nombreux) préparatifs de dernière minute, ma copine a consolé après sa rupture, mon envol pour un pays tant rêvé… me laissent perplexe. Mes deux sacs bleus, déjà bien trop lourds me pèsent, confirmant l’idée que l’improvisation sera de mise en Océanie. « Une robe, un jean ? On ne sait jamais… j’en aurais peut-être besoin pour bosser ».

Il y a deux ans je partais pour la Nouvelle-Zélande. Je quittais l’hiver pour prendre une bouffée de chaleur à Singapour, en transit pour quelques jours. J’ai du m’acclimater au décalage horaire, m’adapter à mon hôte sur Auckland et briser mes peurs de voyager seule. Car même avec l’envie d’aller de l’avant, de parcourir le pays à coup de pouce et de rencontres locales, mes premières semaines se sont déroulées coller à des compatriotes. Il m’aura fallu partir en roadtrip avec deux personnes qui n’avaient pas les mêmes envies que moi, pour que je prenne finalement mon envol. Je les ai quitté, ai sauté en parachute et grimpé le Mont Ngaruhoe, me donnant le coup de pouce tant espéré. Et puis j’ai grandi.

Je ne sais pas s’il est l’heure des célébrations, du bilan ou d’une bougie à souffler aujourd’hui. Penchée sur le livre de Marlo Morgan, “Mutant message down under”, qui relate le récit de son aventure dans l’Outback australien au cœur d’une tribu aborigène, une phrase attire toute mon attention: “nous ne fêtons pas une année de plus, nous fêtons le fait qu’une personne soit devenue meilleure”. Ce qui m’amène à me demander ce que je suis devenue après deux années sur la route.

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La découverte. Intense, nouvelle, différente. J’ai appris à vivre au jour le jour, à me réveiller le matin et à me demander ce que j’avais envie de faire et suivre simplement cette envie. J’ai appris à me détacher des choses matérielles, mais à me rattacher à des expériences. J’ai affronté quelques peurs, pousser des barrières, tendu le pouce à travers un pays. J’y ai rencontré des gens fabuleux, des sourires. J’y ai poussé des soupirs aussi, désespérée par ces âpres de politesse me rendant amère.

Je m’y suis rendue avec des yeux d’enfants, émerveillée par des montagnes humbles et grandes, des cétacés géants. La faune et la flore m’ont convaincu d’aller plus loin encore. Baleines, pingouins, phoques, kangaroos, platypus… Marchant sur les chemins de Tasmanie, je m’arrête admirant ce serpent d’un noir intense, qui vient de me filer la chair de poule. Je m’extasie devant ce bébé wombat qui s’y suit sa mère au plus prêt, hume l’air à l’instant intensifié par un feu de forêt lointain. Ces deux années m’ont permis d’être plus proche de la nature, plus compréhensive, plus attentive, m’éloignant peut-être de l’humain.

IMG_5773Fuyant à fond les relations pouvant m’éloigner de mes aventures, je reste froide, impassible. Je souris plus certes, mais prête moins attention. Je ne demande même plus leurs prénoms.  Moi qui accordait beaucoup de temps à ces détails, ils me filent entre les doigts. Je mélange les histoires, radotent, devient sauvage et m’écartent des voyageurs comme moi. J’ai l’impression d’être devenue égoïste, impatiente. Aigre de recevoir tout le temps et ne pas pouvoir donner autant, la culpabilité me ronge et me forge une carapace digne des personnes exécrables.

Je me suis demandée s’il ne fallait pas que je rentre. Pour retrouver une structure, des gens que je connais depuis longtemps, qui pourront peut-être m’aider à canaliser ma colère, retrouver un équilibre entre mouvement et paresse. Je me suis demandée si c’est l’Australie qui me rendait comme ça… un pays si grand, où l’Angleterre a trouvé le moyen d’y refourguer ses prisonniers et d’y déraciner la plus vieille civilisation du monde.
Je me suis demandée si je n’étais tout simplement pas fatiguée, usée à bouger tout le temps dans un lieu différent, épanchant ma soif de nouveautés et d’expériences.

Quand j’y repense, durant cette dernière année… le plus long que je sois restée en un seul lieu fut trois semaines. Alors non, je n’ai rien à me prouver. J’ai juste envie d’en savoir plus, voir plus, toujours plus. Pas de choc culturel… mais l’épuisement par le mouvement. Je suis en accord avec mes pensées, développe ma créativité tout au long de mon voyage et adore me poser devant un paysage. Le truc c’est que j’en veux toujours plus et que je n’arrive pas à me satisfaire du présent. J’envisage la suite avec impatience et me prend les pieds dans mon imprudence.
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Deux ans donc… deux ans qui font ressortir ce que je voulais apaiser à travers mon voyage. Deux ans qui auraient du me permettre de me raccrocher à des rencontres, mais qui m’en éloignent. Deux ans impatients qui me disent qu’à 30 ans, j’en serai peut-être toujours au même point, sans ancre, sans racines, sans pied à terre pour me permettre d’apprécier chaque instant à plus de 100%.

Cairns, humeur tropicale

Joli lagoon… petit marché de nuit… voilà ce qui me vient à l’esprit lorsque l’on m’évoque Cairns.

Cette ville du Nord Est s’est construite petit à petit comme ma destination. Tout est devenu concret lorsque j’ai pris mon billet d’avion, censé me ramener sur Sydney le 12 novembre, pour y retrouver mon père. Il me fallait donc arriver à Cairns avant cette date fatidique, ne me laissant que peu de temps au départ de Brisbane.

A quelques heures de la ville, la végétation avait commencé à se rapprocher du vert. Les étendues sèches se transformaient petit à petit en courbes denses, nous réveillant de notre longue route monotone. Humant l’air devenu humide, ils ne nous restaient que quelques minutes avant de rejoindre mon ami de Brisbane, venu nous retrouver pour le week-end.  Les Babinda Boulders auront tout de même raison de nous et nous nous octroyons une pause, prolongeant notre retard.

Nous passerons notre nuit à Cairns, dans une auberge de jeunesse assurant calme et convivialité dans un environnement sans alcool, avant d’enchainer sur un week-end court et intense. Vous venez ?

Envie de souvenirs ?
Ancienne ville minière, Kuranda offre aujourd’hui ces petits marchés au milieu de la forêt tropicale. Voisine des Barron Falls, le village regorge d’artisanat à découvrir avant 16h. Le flot de touristes donne cependant une image un peu trop commerciale à ce lieu catalyseur d’artistes.

Envie de café ?
Sur la route, nous nous arrêtons à une plantation de café. Jacques Australian Coffee Plantation nous invite à entrer sur la propriété bordée de termitières géantes, tandis qu’un café maison nous attend. Une visite guidée est disponible pour ceux qui voudraient découvrir l’histoire du Café d’Australie.

Envie de chic ?
On nous a beaucoup parlé de Port Douglas et pourtant je n’y ai trouvé que peu d’intérêt. C’est certes une jolie bourgade, bordée d’une plage où l’on ne peut que rarement se baigner à cause des crocodiles et autres méduses. Une balade nous a suffit à savourer le côté légèrement huppé de la ville.

Envie de nature ?
Mais le but de ce week-end était tout autre.
Traversant la Daintree River, nous nous offrons une mini-croisière afin de pouvoir observer quelques crocodiles. Plusieurs compagnies sont disponibles et offrent la même gamme de prix. Mais il est déjà tard et après une heure de navigation, aucun œil curieux ne se montrera. Si vous souhaitez observer ces merveilles de la nature, la meilleure saison reste l’hiver. Les crocodiles restent sous l’eau pour garder leur température ambiante pendant l’été, il est donc très difficile de les rencontrer. Vous pourrez toujours tenter votre chance tôt le matin à marée basse quand ces derniers prennent le bain des premières chaleurs.

Oups ! Le soleil ne va pas tarder à aller se coucher, il est temps pour nous de reprendre la route pour Cap Tribulation. Nous posons la tente à Noah Beach, spot parfait pour un week-end grandeur nature.

Le village se situe au cœur du Parc National de la forêt de Daintree, classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.  La Grande Barrière de Corail se trouve à quelques brasses de là, faisant de Cap Tribulation un lieu unique. Je m’attendais donc à m’aventurer au milieu de la jungle telle une exploratrice d’un autre temps. Mais il en était tout autre. La forêt tropicale étant bien protégée, nous avons seulement accès à de petites balades balisées. Si vous ne devez en faire qu’une, optez pour la Dubuji Walk qui est à mes yeux la plus belle. Cap Tribulation regorge aussi de trous d’eau, où vous pourrez vous rafraichir et nager en toute tranquillité sans avoir peur des crocodiles. Le plus connu se situe derrière le Mason’s Store et le plus tranquille au nord, avant que la route ne soit seulement accessible aux 4×4.

Si vous supportez la chaleur et vous sentez d’attaque pour 5h de randonnée, Mt Sorrow peut-être une option. Je vous avoue ne pas y avoir cédé dans cette atmosphère humide et étouffante.

Mais Cap Tribulation fut aussi le lieu d’une belle et rare rencontre.IMG_2741Un papa Cassoar et son petit nous ont fait l’honneur d’une apparition. Cette espèce , en voie de disparition, originaire de Papouanie Nouvelle-Guinée et de l’Australie du nord est, ne vit que dans les forêts tropicales et est difficile à observer.

Mais il est déjà l’heure pour moi de reprendre la route. Je laisse mes deux compères pour aller m’aventurer à Ayton, plus au nord, où mon nouvel hôte HelpX m’attend. Cette fois-ci, c’est à la rencontre du « Reef » que je partirais. Tortues, requins et coraux m’accompagneront dans cette aventure, avant que je ne retourne sur Cairns prendre mon avion. J’y laisserais un goût de « je reviendrais ».

Cadavres exquis d’une voyageuse #3

C’est censé être le premier jour de l’été.
Pourtant le vent s’engouffre, me laissant frigorifiée,
grisant mes pensées et mon avancée.
Hier je me blottissais dans ses bras,
me disant que l’idée était là,
être au chaud sous les draps,
sans penser au lendemain.
Aujourd’hui, je suis lasse,
me retrouvant encore dans cette impasse,
où certes la vue est sublime,
mais je cherche à nouveau la seconde rime
pour combler cette marque indélébile.
Il y a une semaine j’étais entourée,
d’étrangers certes et dans ma fierté,
besoin de solitude et de cocon douillet,
je ne leur ai que peu adressé,
la parole à travers un sourire effacé.
Pas de regrets pourtant,
mais parfois je me demande tant,
si le voyage ne me rend pas associable.
M’engouffrant dans une carapace,
qui me protégerait de tous ces rapaces,
qui voudraient s’en prendre à mon âme blessée,
par toutes ces rencontres, ces voluptés,
ces adieux abandonnés,
ces bus à prendre, ces avions à combler,
pour partir un peu plus loin,
et recommencer à nouveau son petit coin,
tant bien que mal
à la force de l’âge.
Demain, j’aurai retrouvé un peu de volonté,
mon armure parée pour aller affronter,
ces vieux démons du voyage.
Mais même avec de l’audace,
un brin de malice et un peu de courage,
il m’arrive de passer des heures à me demander,
pourquoi je continuerais à lutter,
alors que j’aimerais parfois quelques bras pour me réconforter.
Quelqu’un pour m’accompagner sur ce long voyage,
quelqu’un avec qui partager sentiments,
un ami, un confident, un amant,
cette envie d’aller de l’avant,
à la découverte des richesses du monde,
de ces visages, de ces facettes,
quelqu’un avec qui faire la fête,
sur le chemin des nouveautés,
sans séquelle, sans fierté,
alliant amour de la vie et simplicité.

De Brisbane à Cairns

En route…

Après un fabuleux week-end au cœur des Carnavon Gorge, je rejoins Max chez Jucy pour récupérer notre voiture de location près de l’aéroport.
J’ai trouvé un plan de relocation que nous prolongeons d’une semaine pour avoir 12 jours devant nous afin de remonter la Côte de Brisbane à Cairns.

Ayant déjà parcouru la portion Brisbane – Fraser Island dans un voyage précédent, nous prenons la route pour Bundaberg, capitale de la bière au gingembre. Rien de palpitant en vue, nous passons la nuit dans un camping gratuit trouvé sur findacamp sur le bord de la route. Nous aurions pu visiter la distillerie de rhum, mais nous passons notre chemin pour Town 1770, où James Cook posait les amarres en Australie pour la première fois en 1770 (facile !). Nous étions censé passer la nuit au camping de Agnès Water à quelques minutes de là, mais nous devons finalement faire demi-tour pour cause de fermeture. Celui de Town 1770 nous offrira douche et refuge pour la nuit en échange de 10$, nous permettant de profiter d’un magnifique lever de soleil à la pointe du parc, à 5h du mat.IMG_2283 IMG_2284 IMG_2291 IMG_2297 IMG_2298 IMG_2300 IMG_2320Retour sur le bitume direction Carmila Beach, où un camping gratuit nous accueillera le soir. Peu de personnes sont là et nous profitons d’un peu de calme avant de nous endormir au son des vagues. Un panneau d’information nous indique que les tortues viendraient pondre de nuit sur cette plage, mais nous n’aurons pas la chance d’en voir.

Après le sable, la verdure nous appelle et nous nous dirigeons donc vers le Parc National d’Eungella. Le ciel s’assombrit, laissant place à des trombes d’eau. Après quelques kilomètres sur une gravel road, nous posons l’ancre pour la soirée au Eungella Dam.IMG_2323 IMG_2328 IMG_2332Le lendemain, chaussures de randonnée au pied, c’est à travers un petit chemin dans la forêt que nous rencontrons notre premier ennemi Australien. En tête, j’entends Max gigotait derrière et jurer… il vient de se faire attaquer par une sangsue ! Sourire au lèvre, je continue ma route jusqu’à ce qu’il s’arrête à nouveau pour en retirer une nouvelle. Je commence à accélérer le pas, pensant qu’il n’a vraiment pas de chance, jusqu’à ce que mon tour arrive. C’est quelles sont goulues ! Avide de sang, les sangsues nous sautent dessus une à une, et je devrais me battre avec l’une d’entre elle, pour qu’elle ne rentre pas dans l’un des trous de mes chaussures. Je peux vous dire que la balade s’est vite terminée et de retour à la voiture nous nous précipitions pour regarder si l’une de ces vicieuses n’étaient pas entrain de se balader dans nos chaussettes. Sains et saufs, nous allons arpenter une autre partie du parc, à la rencontre cette fois-ci des “platypus”. Les chemins aménagés nous rassurent et on oublie vite notre mésaventure. Un ornithorynque sera au rendez-vous à la plateforme d’observation vers 16h, plongeant à la recherche de nourriture, nous laissant quelques bulles et remontant à la surface quelques secondes pour replonger aussitôt.IMG_2337 IMG_2345 IMG_2353 IMG_2375 IMG_2379Pressé par le temps, nous retroussons nos pas, pour poser notre tente cette fois au camping d’Eungella, nous offrant une dose de wifi pour organiser la suite du voyage.
Retour sur la route qui mène à Mackay, nous nous arrêtons aux gorges de Finch Hatton où il est possible de se baigner. L’eau est un peu trop fraiche de bon matin, mais l’endroit magnifique.IMG_2391 IMG_2404 IMG_2403 IMG_2407C’est l’heure. Nous partons pour Airlie Beach. Gros choc ! On a l’impression de se retrouver au cœur d’un Queenstown tropical, envahi par les jeunes backpackers et l’alcool à flot. On a qu’une envie: se barrer au plus vite ! Heureusement l’appel des Whitsundays Island est plus fort et nous optons pour une journée kayak dans les Molle Island.
Il est possible d’aller jusqu’à Whithaven Beach en water taxi puis de pagayer deux jours consécutifs pour retourner à Shute Harbour (point de départ de la compagnie Salt Dog), mais le manque de temps nous fait faire une croix dessus. La journée dans l’eau sera tout de même sympa avec snorkeling et poissons clown au programme. On ne retournera pas sur Airlie Beach avant le lendemain, le Caravan Park du coin nous accueillant le soir.IMG_2420 IMG_2417 IMG_2421 IMG_2425 IMG_2429 IMG_2439La gérante est tellement sympa qu’elle nous montre l’offre d’un vol au dessus du Reef à 199$, alors qu’à l’Office de Tourisme d’Airlie Beach, le prix s’élevait à minimum 300$. Après notre journée en kayak, on craque… demain ça sera rando dans le Conway National Park, puis vol au dessus des Whitsundays Island et la Grande Barrière de Corail.

Le turquoise de la mer de Corail laisse place à l’émotion. Les photos non retouchées donne une idée des merveilles de la nature, mais la réalité est encore plus intense. Whitehaven Beach serpente à travers l’eau cristalline tandis qu’ une raie manta semble voler au dessus de l’Océan. L’Heart Reef rendu célèbre par les photos de Yann Arthus Bertrand s’offre à nous quelques secondes et je pense alors à tous mes amis avec qui j’aimerai partager ce moment.IMG_2462 IMG_2455IMG_2481 IMG_2491IMG_2497 IMG_2506 IMG_2510 IMG_2514Les étoiles dans les yeux, on reprend la route avec Max dans le calme et la sérénité.
Dans l’après-midi, Wallaman Falls nous offre un tout autre spectacle: celui des chutes les plus hautes du pays. Mais il fait trop chaud pour que nous faisions la balade qui mène en bas de la cascade. Nous attendrons le lendemain à la fraiche, avant de reprendre la route pour Mission Beach.IMG_2527 IMG_2530 IMG_2532 IMG_2536Les champs de canne à sucre laissent place aux bananiers, tandis que la moiteur se mêle au 30° C quotidien.
Arrivés à Mission Beach, nous plantons notre tente au camping tenu par le Council pour 10$, à 2 min de la plage. Nous devons rejoindre un ami le lendemain et manquons donc de temps pour faire les balades alentours, dans l’espoir de croiser un Casoar. Notre périple se termine, mais la suite nous réserve encore quelques surprises.IMG_2548 IMG_2553 IMG_2557 IMG_2565 IMG_2567

Voyage et karma

Voyager donne du fil à retordre à ma sensibilité.

Depuis que j’ai quitté mon pays, j’ai ouvert les yeux sur le monde. Sur les paysages magnifiques qui nous entourent certes, mais surtout sur l’humain.

J’y ai redécouvert le couchsurfing, y ai testé le woofing, levé mon pouce quelques fois et ai pris dans la gueule à chaque fois, ce que l’homme sait faire de plus beau. Aide, générosité… ces mots n’apparaissent pas forcément dans nos fils d’actualité ou sur notre écran de télévision. Et pourtant il suffit de regarder autour de soi, pour se rendre compte que l’humain est grand.

Je ne saurais pas l’expliquer… mais peut-être que le fait de se mettre à nu, en expliquant que l’on a besoin d’un toit, que l’on souhaite un échange ou se rendre dans la ville d’à côté, aide notre prochain à user de sa générosité.

La semaine dernière par exemple, j’ai été malade, mon plan HelpX est tombé à l’eau et mon téléphone m’a lâché. Pas d’énergie pour trouver un plan B, R. rencontré quelques jours plus tôt s’est plié en quatre pour me trouver un toit le temps que je récupère et m’a même laissé son vieux Smartphone. S. qui m’avait pris en stop de Macksville à Byron Bay, refusant ma participation aux frais d’essence, m’a laissé les clés de son appart alors qu’elle partait le lendemain à l’étranger.

De la chance, du karma, des opportunités ? Je ne sais pas. Mais je suis plus que touchée de la confiance que m’accordent les gens. Je suis tout le temps surprise… et j’ai toujours autant de mal à recevoir. Parfois c’est trop. Pourquoi moi ? Pourquoi les gens sont aussi gentils avec moi ? Qu’est-ce que cela leur apporte ? Comment les remercier ? Je me retrouve souvent face à un mur, me demandant qu’est-ce que je pourrais faire, dire, offrir pour leur montrer toute ma gratitude.

Avec couchsurfing, j’ai appris à être un peu plus relax… en me disant que si cette personne m’aide et m’héberge, je pourrais faire la même chose le jour où j’aurais un endroit confortable pour accueillir des étrangers. « Si tu aides ton prochain, quelqu’un te le rendra ». J’imagine que ça marche comme ça.

Parfois je me pose et demande à la personne… Pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Et on me répond: parce que tu as trouvé la force de partir, de faire ce dont tu avais envie, forçant le destin vers une vie plus libre. Tu es une source d’inspiration pour moi et je suis ravi(e) de pouvoir t’aider dans ce sens. Whaouw.

Alors quand je demande aux personnes que je rencontre comment était leur séjour en France, les avis sont mitigés. Ceux qui font un effort pour parler français reviennent avec une expérience plutôt positive. Les autres un peu moins. J’imagine donc qu’à partir du moment où l’on s’ouvre à l’autre, l’homme est prêt à faire son possible. Je me souviens de ce couple perdu dans le métro parisien, que j’avais aidé il y a quelques années. Leurs sourires avaient suffi à égayer ma journée.

Alors s’il vous plait… Ouvrez les yeux, arrêtez-vous une minute et aidez ce jeune homme un peu perdu, échangez quelques secondes, allez prendre un café avec cet étranger qui vient de vous aborder, et vous n’en serez que récompensé.
J’en profite pour remercier tous ces inconnus que j’ai rencontré, qui m’ont forcé à croire en l’humain sur mon chemin. La vie est bien plus belle avec un sourire sur son visage et un brin d’humanité.

Et vous qu’en pensez-vous ? Quand vous êtes en voyage ou recevez l’aide de quelqu’un, que faites-vous pour les remercier ? Avez-vous aussi des difficultés à recevoir sans donner ?

Gosford, l’artiste

Le charango de Léo et ma flûte s’entrelacent paisiblement, envoutant la foule endormie. Les flammes dansent et nous accompagnent, bercées par la musique et les ondes positives.

Dans quelques heures je partirais, laissant le Rhythm Hut derrière moi. Une semaine riche en émotion et personnalités de tout genre. Un woofing pas comme les autres, un endroit qui appelle à la créativité sans extravagance. Un lieu, où la musique se joue, se vit. Une maison où l’on perd ses repères, dans un joyau bordel de cacophonie.

La ville en elle-même ne laisse entrevoir ses charmes. Mais il suffit de pousser une porte ou deux, pour déambuler le temps d’un après-midi, dans un entrepôt désaffecté et laisser libre court à son imagination, pour poser sur le papier sa vision photographique.

Sydney, poétique

Sydney, par une journée ensoleillée.

Je me laisse charmer
par le sourire de ses habitants
qui leur donne un air charmant.

Le retour à la ville
n’est pas si facile
mais ce tour dans le quartier des Rocks,
lui donne un air de petit village
qui n’a pas toujours été si sage.

Le Rock Discovering Museum m’a chuchoté au creux de l’oreille,
qu’il y a quelques années en arrière,
c’était le site des premiers colons,
des marins et truands un peu trop tournés vers la boisson.
Déclin et maladies s’en suivent,
jusqu’à la construction de l’Harbour Bridge.

Sydney s’étend, Sydney de diversifie
et ce n’est quand 1970
que les Rocks sont finalement reconnus d’importance culturelle.
Après cette balade riche en émotions,
je décide de continuer de plus belle
en direction de Milsons Point où Luna Park se dessine bien triste
sans sa horde de touriste.
Luna Park Sydney
Heureusement que la vue sur l’Opéra,
me sauve à point nommé de mon embarras
jusqu’à ce que je décide de retraverser le pont,
à contre courant.
Clien d'oeil sur l'Opéra
De Circular Quay au Botanic Garden,
je remonte péniblement chez mon hôte,
les jambes en feu mais la tête haute,
ornée d’une explosion de tâche de rousseur.
Oh soleil, tu as fait mon bonheur.

 

La solitude en voyage

Déjà un an et demi que je suis sur la route.
C’est une expérience extraordinaire, qui me permet d’évoluer au fil du voyage et des rencontres.

J’ai beau voyager seule, je ne le suis jamais ! Après 5 mois de voyage en Nouvelle-Zélande, je ne rêvais que d’une chose: m’enfermer dans une pièce, le temps d’une soirée, histoire de pouvoir me retrouver seule avec moi même.
Depuis j’ai changé. J’ai appris à me créer une bulle, même avec des gens autour. Appris à prendre du temps pour moi, même si mon voyage s’agrémente de HelpX, couchsurfing et autres magnifiques moyens d’aller à l’encontre de l’autre et de sa culture.
Mais aujourd’hui faut que je vous le dise… tout n’est pas beau et rose en voyage. Il y a les coups de blues, les remises en question, les incertitudes, les déceptions. Tout comme dans la “vraie” vie quoi ! Et quand on voyage seule, la solitude nous pèse encore plus parfois.


À mon arrivée en Australie il y a de cela 3 mois, j’avais un plan: trouver du boulot pour une longue période, histoire de me poser et de reprendre des forces. Mais vous le savez peut-être déjà, les plans sont faits pour être changé. Il y a quelques semaines en arrière, j’ai décroché un job dans une station de ski (oui vous avez bien lu, il neige aussi en Australie !). C’était parfait ! Un boulot pour la saison, un très bon moyen de rencontrer plein de gens et l’occasion parfaite pour apprendre à skier. Mais voilà, le jour de mon départ en train, j’ai fini par m’écouter et tout annuler.

«Le voyage est riche en enseignement. J’ai appris à m’écouter, à suivre mes intuitions et mes émotions. Le voyage m’a aussi montré que j’étais seul maître de mes décisions. »

Je n’avais pas de plan B, les finances en vrac et personne pour me conseiller.
Je me suis sentie seule, très seule.
Moi qui vait souvent de l’avant, j’ai pris du recul, physiquement et moralement.
Je suis allée me réfugier chez mon ancien hôte HelpX, pensant que son environnement confortable et sécurisant me remettrait en phase avec moi-même.

J’ai passé un bon mois à tout remettre en question.
Le pourquoi j’étais là. Pourquoi je n’étais pas en France à développer ma carrière professionnelle. Pourquoi à bientôt 30 ans, je n’étais pas posée avec un mec et un gosse. La situation personnelle de mon hôte me mettait en phase des yeux ce que je ne voulais pas voir et les questions incessantes que je voulais éviter résonnaient à haute voix: “Qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ?” “Quand vas-tu rentrer au pays ? Si tu rentres, penses-tu encore bosser dans le tourisme ?” “Ton amie de maternelle a un gosse de 2 ans et demi, t’attends quoi ?”.

J’avais beau ne pas être seule “physiquement”, la solitude s’est engouffrée. Mes amis me manquaient, ma famille, mon pays… Je me suis rêvée en France, dans ma maison de campagne, dans ma chambre. Je me suis demandée s’il n’était pas temps de rentrer, de retrouver une routine, un schéma réconfortant, un peu de calme.
J’ai voulu troqué l’excitation de ma vie actuelle, pour une vie plus zen sans prise de tête. Car voyager c’est pour moi: ne pas savoir où je vais dormir le soir, comment je vais m’organiser pour les repas, est-ce que mes finances vont suivre, trouver du boulot dans un lieu inconnu, ne pas se faire arnaquer, les limites de mon visa à prendre en compte, la concurrence avec les autres backpackers et s’adapter, toujours.

« Derrière le voyage se cache une logistique immense qui te demande d’avoir la tête sur les épaules et de l’énergie en permanence. »

Alors j’ai appelé à l’aide…
C’est bien beau d’être indépendante, de vivre sa vie comme on l’entend, mais parfois on a besoin de ses proches. Et mes proches étaient loin à ce moment là.

Pour certains de mes amis, la distance ne change rien… pour d’autres, on s’efface. C’est dans ces moments là que tu sais sur qui compter ou pas. Alors est-ce que je peux en vouloir à ces personnes de ne plus me demander comment ça va, parce que je suis à l’autre bout du monde ?
Je me suis même demandée si j’avais le droit d’être malheureuse dans un pays où beaucoup de monde rêve d’aller. Je me suis sentie coupable de ne pas être au top de ma forme en Australie. “Mais attends quoi ! T’es en Australie ! T’as trop de « chance » ! Tu te rends pas compte ou quoi ?! C’est quoi ton problème ? Profites-en, au lieu de pleurer dans ton coin.” Bon j’avoue… cette phrase je m’en suis servie moi-même pour aller de l’avant. Puis je me suis aussi rendue compte que non, j’avais tout autant le droit d’avoir des coups de mou que quelqu’un qui avait choisi de vivre une vie plus pépère (parce que oui, la vie est un choix).

« Hors j’ai l’impression qu’en voyage tout est décuplé parce que ce que tu vis est éphémère: les rencontres, les émotions, la solitude. « 

J’ai envié ces couples qui voyagent à deux, leur permettant de se reposer l’un sur l’autre à tour de rôle. Puis je me suis dit que la solitude pouvait frapper tout le monde.

« Moi, je me la suis prise dans la gueule. Sèche, ingrate et associable. J’avais beau être entourée physiquement, je me suis sentie très seule moralement.  »

Alors j’ai repris la route, je suis allée de l’avant, comme je l’ai toujours fait. Vous pouvez appeler ça de la fuite, mais l’avantage en voyage c’est que le mouvement est plus facile. La solitude semble, par contre, plus intense.

« La solitude ça a du bon aussi. Elle nous porte sur un plateau les remises en question, qui nous permettent d’avancer… dans le voyage, dans notre bien-être, dans notre vie de tous les jours.  »

Comme dirait Maxime de Détour Local, dans son magnifique article qui éclaire mes maux: “C’est peut-être ça le repos idéal. Prendre le temps de se questionner sur un rien et voir comment on en ressort à l’autre bout. Décrocher ou s’accrocher. Partir ou revenir. S’arrêter ou continuer. Mais sans jamais oublier d’avancer.”

La solitude donc… ou l’art d’évoluer doucement.

Toi, simple et nature

Il y a plus d’un an, je t’écrivais ces quelques lignes timides:

« Tu me sembles si familière et pourtant je ne t’avais jamais rencontré. Tes panneaux jaunes constellant tes routes m’évoquent la liberté. Celle de la route qui prend un nouveau virage. Celle de la nature de vivre qui transite en toi. Je ne sais pas si je resterais longtemps à tes côtés. Je ne sais pas si tes formes vallonnées vont me manquer. J’attends de voir ce que me réserve le sud avant de te juger. Mais sache que je me sens bien à tes côtés. »

Aujourd’hui je te quitte. C’est un aller simple vers ta voisine qui m’habite, mais je ne te cache pas que je flippe.
Tout ce temps à tes côtés m’a permis d’apprendre à t’apprivoiser. J’ai longtemps hésité à partir…mais les rencontres chiliennes faites derrière ton dos, m’ont donner envie d’aller voir ailleurs.

Tu penses peut-être que je me cherche des excuses. Ne fais pas comme si tu n’étais pas au courant…
Je t’ai souvent répété que j’avais du mal à me poser. Tu semblais compréhensive, m’offrant des week-end à la montagne, des escapades plus sauvages et des expériences originales.

On a vécu plein de choses toutes les deux. J’ai énormément appris avec toi. J’ai retrouvé foi en l’humanité. J’ai petit à petit excellé dans l’art de vivre au jour le jour, mettant de côté mon esprit perfectionniste et planificateur. J’ai relâché mon emprise sur le « je veux tout voir » et ai profité des gens que tu me présentais.

J’ai également souffert. Tu m’as donné du fil à retordre, des choix à faire.
J’avais parfois du mal avec ton trop plein de politesse. J’ai adoré tes sourires au début, tes petits mots qui rendent la vie sympa, tes « comment ça va » à chaque fois que je rentrais dans un magasin. Mais après plusieurs mois, j’ai fini par me demander si tu m’appréciais à ma juste valeur ou si tu me considérais comme une fille de passage avec qui il fallait être sympa.

Je ne pars pas sans doutes car je tiens beaucoup à toi. Mais l’excitation d’une nouvelle aventure comble un peu cette tristesse qui m’envahit aujourd’hui. Après t’avoir rêvé pendant au moins 6 ans, j’ai fini par te rencontrer… sans regret! 2014 a été riche grâce à toi et je t’en remercie. A bientôt je l’espère, Nouvelle-Zélande, mon amie. Carpe Diem.

Le vieil homme et l’océan

Assise sur ce fauteuil écru, je regarde l’océan. Mes derniers jours en Nouvelle-Zélande, ce feront à bord de Defiance. Je suis fatiguée. Après plus d’un an de voyage, j’ai ce besoin physique et moral de me poser. Et pourtant…

Après quelques semaines sur Waiheke, à essayer désespéramment de mettre quelques sous de côté, j’ai fini par me décider à aller retrouver David. Cet homme de 75 ans est une vieille connaissance. Rencontré un an plus tôt, alors que je décidais de faire mon premier woofing sur son bateau, nous sommes restés en contact jusque là. Il m’avait proposé de naviguer de Tauranga à la Bay of Islands avec un de ses amis, mais j’avais poliment refusé voulant profiter encore quelques temps de l’île du sud, avant de rejoindre le nord pour un festival de musique. Me voilà à nouveau sur son bateau, joignant mon besoin de mobilité à mon besoin de stabilité.

C’est de Russel que nous partons. Premier port et capitale de Nouvelle-Zélande, Russel était au 19ème siècle, le point de rassemblement des navigateurs, chasseurs de baleines et autres marchands. A l’époque, aucune loi ne s’impose à la ville, alors connue comme le “Hellhole of the Pacific”, où l’amour de l’alcool et de la bonne chair va bon train. Aujourd’hui, ses maisons blanches lui donnent un air doux et d’antan.

Nous passons la nuit, à quelques rames d’ici. Bercée par les vagues, je somnole. C’est qu’il n’y pas grand chose à faire, à part écouter le vieil homme et la mer. Le vent se calme nous laissant prendre la route pour Oke Bay, où je poserai le pied à terre le temps d’une balade.

L’odeur du gingembre, émanant de diner du soir me réveille de mes songes, et nous repartons, cette fois-ci pour Deep Water Cove. Le skipper me montre sur le radar la trace d’un bateau et me raconte que l’épave du Canterbury a été mis là à disposition des plongeurs. L’eau est trop froide pour que je m’y aventure, j’opte alors pour une randonnée de 5h, sur le Cape Brett Track. Il est bon de marcher seule. Le vieil homme peut être agaçant parfois avec ses histoires de femmes et de bons vins.

Le lendemain, nous prenons le large. 3h au cœur de l’océan et je m’attelle tant bien que mal à l’avant du bateau, telle une proue en détresse. Cheveux aux vents, le mal de mer m’échappe, tandis que mes yeux naviguent sur l’océan. Les îles Cavalli se rapprochent et nous jetons l’ancre tout près de Motukawanui. Le temps d’une nuit et d’une randonnée traversant celle-ci et nous repartirons un peu précipitamment vers Whangaroa Harbour, pour une traversée chaotique. IMG_0110 La quiétude du lieu me fait vite oublier que j’entame mon avant-dernière semaine en Nouvelle-Zélande. Mon hôte me réveille à 6h30 pour que nous partions marée haute à bord du dinghy, afin de profiter d’une balade sur la rivière tout près. Je ne suis pas du matin, mais l’atmosphère qui se dégage de cette micro-aventure me calme. Je m’attends clairement à voir surgir un crocodile, ma tête étant sans doute déjà partie en Australie…

Après quelques grimpés plus ardues, telle le Mont John ou le Duke’s Nose offrant une perspective différente sur le port, je retourne à bord de Defiance.

Lorsque le soleil se lève le lendemain, j’ai cette impression de me retrouver au cœur d’Avatar, bercée par quelques nuages. Deux semaines se sont écoulées et il est déjà temps pour moi de repartir.

Mon hôte me confie que pour lui la côte Est de l’ile du nord, est la plus belle du pays. Il y a encore tant à voir… Je serais bien montée plus au nord en direction du Cap Reinga ou plus au sud dans le Golfe d’Hauraki, à la découverte de la Great Barrier Island. Heureusement que l’île du Sud compte de très beaux points de navigation, calmant ma soif d’océan… le célèbre Milford Sound, magique malgré les sandflies et la mer de Tasman, près du parc national au même nom. IMG_4913

Je reprends doucement pied à terre laissant le vieil homme et la mer. Il sera bientôt temps pour moi de reprendre la route, loin des côtes néo-zélandaises.