Quelques jours dans les Grampians

On m’avait parlé des Grampians il y a plus d’un an, lorsque je posais mes pieds sur le sol Australien,  à Melbourne. La route ne m’y avait pas conduite cette fois là.

En partance pour Darwin, l’étape se faisait alors évidente. La route me rappelait ma petite escapade dans les Pyrénées Australiennes avec mon couchsurfer de l’époque. Les eucalyptus étaient bien là, nous offrant une ouverture de lumière, pleine de promesses et d’aventures.IMG_4164
Après avoir passé la nuit à Halls Gap, la route nous mène aux Mckenzie Falls, puissantes et majestueuses.

Sur le chemin du retour, les points de vues s’offrent à nous et me semblent familiers. Un petit air de Blues Mountains peut-être ?IMG_4206Le deuxième jour, pensant que le soleil serait au rendez-vous, nous nous engageons sur le “Wonderland Loop”. La première partie de ces 4-5h de randonnée est belle.

Puis la vue se couvre, nous laissant affronter vent et froid.

Nous passons la nuit au camping gratuit Plantation avant de ne reprendre la route vers le sud pour gravir le Mt Sturgeon. A notre arrivée, le track est fermé, nous faisons donc demi-tour découvrant avec bonheur la Serra Range, chaîne de montagne précédemment cachée par les nuages. IMG_4240Nous retraversons le parc pour aller explorer le nord cette fois, et tombons sur une randonnée magique: la Hollow Mountain. Le changement est radical et la montée escarpée.

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Avant de ne rentrer au van, nous faisons un détour à Gulgun Manja Shelter, où des peintures aborigènes ornent les murs ocres de l’abri rocheux. Le peuple Jardwadjali y a laissé ses traces.

Notre séjour dans les Grampians s’achève et nous admirons une dernière fois le Parc National du haut du Mont Zéro.

De Lorinna à Cradle Mountain

Cradle Mountain, c’est une histoire d’amour compliquée.

On m’a plusieurs fois proposé d’y aller, mais le besoin urgent de travailler pour pouvoir prolonger mon visa était ma priorité. Les week-end où je me laissais enfin tenter, les feux de forêt ravageaient la végétation alpine et les routes menant à Cradle restaient fermées. Ce fut une triste période pour la Tasmanie qui perdaient alors des sanctuaires de faune & flore unique au monde, qui ne pourront jamais se régénérer.

Cradle, ce fut une envie folle de partir seule en sac à dos, de m’aventurer sur les chemins laissés par les wombats, d’aller me cacher au loin de toute relation humaine. Cradle, ce fut enfin la délivrance lorsque mes jours étaient comptés, que mon visa était accordé et que je quittais Hobart pour ce petit coin de paradis façon année 68, nommé Lorinna.

Une semaine de HelpX au cœur d’une communauté autosuffisante, un brin hippie mais tellement charmante. Mes hôtes m’ont déposé au départ de l’Overland Track pour que je m’aventure jusqu’au sommet de Cradle.

Dès les premiers pas, c’est l’explosion de couleur automnale.

Les Fagus s’ornent d’or orangé et je souris bêtement devant la beauté du paysage.


De Rosny Creek à Marion Lookout, ça grimpe un peu. Les 300m de dénivelé me font prendre une bouffée d’air frais et c’est cheveux aux vent que j’arrive au point de vue.

Marion Lookout - Cradle Mountain
Le soleil est au beau fixe, mais le vent se dévoile. Je me demande s’il est bien raisonnable de grimper jusqu’au sommet. Mais voyant d’autres personnes continuaient la route vers Kitchen Hut, je me lance avec l’option du demi-tour.

La vue sur Cradle Summit et Barn Bluff est magnifique.

A Kitchen Hut, le track bifurque sur la gauche pour l’ascension. La brochure de l’Overland indique: 2km pour 2-3 heures aller-retour. La montée va être sympathique 😉

Le vent est moins fort sur ce versant. Je m’y aventure donc.

Dans ma montée, je croise plein de gens m’encourageant. Ils sont tous unanimes: l’escalade des rochers menant en haut de ces 1545m en vaut la peine.

En effet…

On y aperçoit Barn Bluff, légèrement plus haut que Cradle Mountain, un des autres détours de l’Overland Track.


Le vent s’engouffre à nouveau sous mon sac… il est déjà temps de redescendre jusqu’au Marion Lookout.
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A. m’a proposé de me récupérer au Dove Lake, l’occasion pour moi de prendre un chemin différent et d’admirer une dernière fois le sommet de Cradle que je viens de quitter.

La boucle est bouclée, je m’éloigne du Parc National le cœur léger.

Freycinet, calme et volupté

Tout le monde en parle de Freycinet avec sa réputée Wineglass Bay, mais peu nous dévoile qu’un track de 3 jours permet de faire le tour du parc national.

On s’est un peu pris la tête sur le chemin du départ avec mon pote descendu de Brisbane. J’espérais secrètement remontée la côte Est en une semaine pour se rendre à la Bay of Fires. Mais finalement nous avons opté pour le Freycinet Peninsula Circuit, peu préparé.

Le départ des randonnées se trouve à la sortie de Coles Bay. Après un pique-nique agité, à échapper aux Wallabies un peu trop gourmands, c’est en direction de Hazards Beach que nous partons. Il faut compter 1h30 pour s’y rendre.

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Juste le temps de prendre quelques photos et nous continuons sur le sable pour rejoindre Cooks Beach (1h30 de randonnée), où nous passerons la nuit au camping gratuit du coin.

Les plages sont magnifiques, les couleurs irréelles et une raie nous fait même l’honneur d’une danse. La nuit tombe vite et laisse place aux curieux opossums.

IMG_3644Le lendemain, la plus grosse partie du track nous attend. De Cooks Beach à Wineglass Bay, en passant par le Mont Graham, c’est de 5 à 6h de marche qu’il faut compter. Nous prenons de la hauteur et la vue sur Wineglass Bay se dévoile.

C’est là où nous campons le soir même.

La lumière y est magique et la douche fraiche le lendemain matin. Après deux jours de randonnée, on s’offre une baignade dans ces eaux cristallines. L’air est froid, le vent se lève, la pluie nous guette. Nous parcourrons la dernière partie du circuit mouillé, avant d’aller nous réchauffer dans un café sur Coles Bay. Le camping de Friendly Beaches nous accueillera sous ce même air humide avant de reprendre la route pour Hobart, les essuie-glace aux aguets.

Freycinet, moi qui ne suis pas une grande fan de plages, je t’ai aimé dès la première foulée.

Mount Field, le parc oublié

Le parc national du Mont Field est souvent zappé par les visiteurs. Et pourtant il offre une végétation riche et des randonnées intéressantes, à seulement 1h de route de Hobart.

Tarn Shelf Circuit

Cela faisait un petit moment que je voulais explorer Mount Field National Park. Mais je repoussais toujours mes aventures, me disant que bientôt je travaillerais à côté pour la saison du houblon. J’ai fini par dire oui lorsque mon couchsurfer m’a proposé de partir camper pour un week-end. Direction Tarn Shelf.

Des étendues d’eau parsèment le chemin tandis que nos yeux s’affutent à la recherche des balises. Le temps n’est pas au beau fixe mais la randonnée plutôt chouette.

On décide de poser la tente à Tarn Shelf près d’un vieux refuge habitant quelques trésors d’antan. La nuit sera mouvementée, entre la pluie et le vent battant le nouvel achat de L.


Le lendemain les nuages sont toujours là et nous finissons la boucle en quelques heures.
Tarn Shelf - Mt Field

Mount Field East

Le week-end d’après, j’étais à nouveau dans le coin et après deux jours intenses de vendanges, je propose à une collègue de s’élancer sur le Mount Field East, un circuit de 6h. Cette fois, le soleil était présent et la balade tellement plus appréciable.

Le paysage change vite et la montée au sommet s’annonce “cayoutique”. Si vous ne vous sentez pas de jouer le cabri sur les rochers, la vue est splendide bien avant le sommet.

La fin du circuit se fait longue et le soleil se couche doucement. Le lendemain une journée de repos nous attendra avant de reprendre le boulot.

Vous l’aurez compris… Mount Field National Park, ce n’est pas seulement les Russell Falls, bien que très belles, accessibles après 20 min de marche au niveau de l’accueil. Pour le reste, il vous faudra vous garer quelques kilomètres plus haut, au second niveau du parc. Bonne randos !

Russell Falls

Maria Island, le paradis Tasman

Maria Island.

Ce nom m’évoquait déjà douceur, féminité et accent chantant. Maria, c’était cette île qui, malgré quelques jours de travail proposé, je choisissais pour passer mon 1er de l’an. Maria, c’est ce paradis bien caché dont je ne me lasse d’en recoller les facettes à moitié dévoilées. Maria c’est ce lieu de caractère qu’il me tarde d’aller retrouver.
Mais venez donc… je vous y emmène.

31 décembre – L’arrivée est atypique. Il faut laisser sa voiture à Triabunna, tandis que le ferry nous embarque pour une traversée secouée avec équipement, nourriture et autres vélos dont nous aurons besoin pour le séjour. Heureusement que l’on y reste deux jours, mon ami ayant embarqué la moitié de sa valise. A l’arrivée, de gros charriots nous permettent d’alléger nos épaules jusqu’au campement à Darlington. C’est là où nous passerons nos deux nuits.

Avec un peu de chance, la famille Wombat vous réservera un accueil aussi privilégié que le notre.

Le week-end de fin d’année étant chargé, nous n’avions pas trop eu le choix niveau ferry et nous n’avions plus que la fin de l’après-midi pour commencer à découvrir Maria Island. C’est à Painted Cliffs que je décide d’emmener R.

La lumière est magnifique et fait ressortir le rouge-orangé de ces falaises de grès. On peut s’y aventurer facilement à marée basse.

Après avoir admiré le soleil couchant, nous retournons au camp pour rencontrer deux Diables de Tasmanie. Leur cri strident nous interpellent et les deux boules de poil semblent se chamailler au creux de la nuit. Cette espèce en voie de disparition est affecté par une tumeur. Maria Island étant coupée de tout, c’est un lieu choisi pour les réintroductions. Il arrive donc quelques fois de pouvoir les croiser à l’orée de la cuisine du campement.

Diable de Tasmanie - Maria Island

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Le 31 au soir, il fallait bien attendre minuit pour se fêter la bonne année. Je propose donc d’aller au bord de l’eau, sur la plage de la Darlington Bay pour admirer les étoiles. L’air est frais et les nuages semblent danser au dessus de l’Océan.

Étant partie quelques nuits plus tôt à la chasse aux aurores australes, je file récupérer mon appareil photo au camp avant de ne retourner sur le sable.
Le verdict tombe:
Aurore Australe - Maria Island
Le spectacle est magique, la nouvelle année commence et je me remets difficilement de mes émotions.

1er janvier – Après une bonne nuit de sommeil et un petit-déj avec nos copains wombat, c’est sur la randonnée Bishop and Clerk que nous nous engageons. S’étendant sur 12km aller-retour, la montée (première moitié) nous donne du fil à retordre. Il faut se l’avouer, ça grimpe sérieusement. Entre deux rochers, je rencontre un Tiger Snake, l’un des reptiles dangereux que l’on peut croiser en Tasmanie. Sa couleur d’un noir intense me laisse sans voix et je continue ma route bien devant mon coéquipier. Au sommet la vue plonge sur l’Océan.

Le retour nous semble long mais nous offre des kangourous sur champ de carte postale. Les couleurs sont belles et nous font regretter de ne pas pouvoir rester plus longtemps. Nous repartirons le lendemain sur le bateau, quittant Maria et son paradis charmant. J’y retournerais je l’espère, avec un vélo comme compère pour aller explorer le sud de l’île et camper en toute zénitude.

Quelques jours sur la Tasman Peninsula

La Péninsule de Tasman se décline en randonnée, camping, falaises, points de vue, balades en bateau et autres activités extérieures.

J’y suis allée sur deux week-ends, toutefois trop courts pour apprécier tous les aspects du coin.

Cap Hauy

La première fois avec un couchsurfer, nous nous sommes posés au camping de Fortescue Bay, avant de nous aventurer sur le Cap Hauy (à prononcer Hoy). Cette randonnée de 3-4h offre des vues plongeantes sur l’Océan. A son bout, on pourra même tenter d’apercevoir le CandleStick et le Totem Pole, deux formations rocheuses jaillissant de l’eau que les grimpeurs s’adonnent à escalader.

Cape Hauy

Cap Raoul

Après une seconde nuit au camping, c’est vers Cap Raoul que l’on se dirige. Nous passerons Port Arthur sans avoir le temps de s’y arrêter. Cet ancien centre pénitencier accueillait les forçats de l’empire britannique 1833 à 1877, qui les utilisait comme main d’œuvre.

Pour en revenir à Raoul, cette randonnée se fait sur 4-5h. Les falaises sont encore au rendez-vous et la vue s’étend sur l’Océan.

On peut même apercevoir Cap Pillar, troisième bras se jetant dans la mer. Une randonnée de « luxe » a d’ailleurs été ouverte l’an dernier permettant d’enchaîner les trois caps sur 4 jours complets. Je dis de luxe, car le prix n’est pas accessible à tout le monde: 495$. Une croisière y est incluse. Il paraît d’ailleurs que les quelques heures sur l’eau autour de la Tasman Peninsula valent le coup. Dauphins, phoques et orques pour les plus chanceux se montrent parfois sur les bords de la Péninsule.

Pause plage

Pour prendre un bain de soleil, de nombreuses plages sauvages parsèment ce bout de Tasmanie. Parapentes, surf ou baignades… A vous de choisir.

Remarkable Cave

Avant de rentrer, n’oubliez pas de faire un tour à Remarkable Cave. La vue laisse rêveur.
Remarkable Cave

Vous l’aurez compris. Pour découvrir le coin, enfilez vos chaussures de randonnée, glissez votre livre d’histoire dans le sac, prenez un casse croûte consistant et votre maillot de main :) Bonne balade.

Chez Bruny

Au sud d’Hobart, le bateau partant de Kettering nous embarque le temps d’un week-end sur une petite île que les gourmands apprécient. J’ai nommé: Bruny Island.

La traversée dure 20 min et coûte 38$ en saison (prix 2016), de quoi s’offrir une escapade à petit prix. Mais alors qu’y a-t-il chez Bruny ?

De la nature

D’Apollo Bay, point d’arrivée du bateau, on s’est d’abord dirigé au nord vers Dennes Point, pour faire une pause photo à Nebraska Beach.

Bligh Point - Bruny Island

Mais faut se l’avouer, le sud a vachement plus à offrir. On se met donc en route vers The Neck, lieu préféré des fans de selfies.

Des dégustations

Sur la route, nos papilles en prennent un coup. C’est l’heure du casse croûte ! On s’arrête à Get Shucked, pour déguster quelques huîtres. Accompagnées de pain frais et d’une bière chili-gingembre, elles sont extras !

Plus loin, une dégustation de fromage nous attend. En tant que française en voyage depuis deux ans, vous comprenez bien que l’arrêt était obligatoire 😉

Des balades

Après avoir grignoté, il est temps de s’aventurer sur les chemins de randonnées. C’est donc à The Neck que nous commençons. Léger bandeau de terre entre les deux parties de l’île, les escaliers nous offre une vue spendide.

The Neck - Bruny Island

En haut des marches, un mémorial est dédié à Truganini, une femme aborigène qui s’est éteinte en 1876. Malheureusement cet hommage cache une bien triste histoire, car cette dame serait la dernière des Aborigènes de Tasmanie.

Pour aller s’aérer l’esprit, nous décidons d’emprunter le Fluted Cape Track, à côté d’Aventure Bay, une boucle de 3h nous offrant des vues sur les falaises et la Tasman Peninsula.

Des couchers de soleil

Mais vite, la nuit commence à tomber, il nous faut arriver au campement vers Jetty Beach. Le soleil se couche sur le phare historique de Cape Bruny, le détour est magnifique.

L’atmosphère est posée.
Bruny Island, c’est rafraichissant et sympathique. On y fait aussi de belles rencontres, comme ce Wallaby blanc.

White Bennetts Wallaby - Bruny Island

 

Au top de Hartz

C’était mon premier week-end en Tasmanie. Un ami de Brisbane était venu me rejoindre pour m’accompagner sur la route qui me mènerait à Hartz Mountain.
Il fallait absolument que je la grimpe cette montagne. Mes chaussures de randonnées ne demandaient qu’à être sorties, tandis que mes jambes frémissaient d’impatience quant à l’idée d’aller arpenter quelques chemins escarpés.

A 1h50 d’Hobart, le temps n’était pas au beau fixe.
En aparté, il faut savoir qu’en Tasmanie il n’y a jamais de bon moment pour mettre le nez dehors. Le temps change à une vitesse flagrante.
Heureusement que la Côte Ouest néo-zélandaise m’avait accoutumé à profiter de chaque rayon de soleil, car ce jour là la grisaille était au rendez-vous.

La première partie du track reste facile, puis commence à grimper légèrement jusqu’au Lac Espérance. Des courageux s’y sont d’ailleurs aventurés. A poil, gelé par la température ambiance, ils ont plongé dans le lac sans équivoque.

Ensuite ça grimpe. Pas de problème pour mes gambettes en manque de nature, mais mon ami a pris quelques pauses « photos » sur le chemin. Arrivés en haut de ces 1255m, la vue a commencé à se couvrir rapidement, nous laissant dans l’espoir d’une éclaircie.

Les nuages se dissipèrent, et après 4h de randonnée, je réalisais que la Tasmanie allait me plaire  et que je resterais bien sur cette petite île quelques temps.

Prochaine étape: Bruny Island

Un été en Tasmanie

Je ne t’avais jamais rencontré et pourtant dès que j’ai posé les pieds chez toi, j’ai eu l’impression de rentrer à la maison.
J’étais fatiguée, éreintée et tu m’as accueilli sur Hobart les bras grand ouvert sur la mer dans ton petit port charmant.
Malgré mon manque d’énergie, j’ai gravi ton Hartz Peak, testé ton whiski à Salamanca Market le samedi, avant d’enchainer sur le MONA sous la pluie. Bruny Island, Tasman Peninsula et Maria Island m’ont tenu compagnie les premiers week-end chez toi. C’était facile de retrouver le goût pour l’aventure au creux de tes vallées.

À peine le dos tourné, j’ai commencé à poser mes valises, jusqu’à ce que l’on me dise, à demi-mot, que je n’étais plus la bienvenue. Et pourtant je suis restée.
Je me suis battue pour te montrer à quel point je les aimais tes montagnes, tes gens, ton caractère. J’y ai goûté tes cerises, tes pommes, ton vin, humé l’houblon à cueillir avant l’hiver. J’y ai rêvé de câlins avec un bébé Wombat, y ai rencontré ce Diable de mon enfance et ai versé quelques larmes aussi, bien amères. Incompréhension, mise à nu, malgré mes plaies à panser, tu as effacé ma colère.

Dans quelques semaines, je saurais si je remettrais les pieds sur ton petit bout de terre. Comme une envie de revenir l’an prochain, passer à nouveau un été Tasmanien. Comme un retour chez soi à 17000 km de la terre de mon enfance.

Deux ans de route

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Il y a deux ans, ma mère prenait cette photo avant de me regarder m’éloigner, à la gare de Toulouse. J’ai l’air fatiguée, déboussolée, pas très sure. Les (nombreux) préparatifs de dernière minute, ma copine a consolé après sa rupture, mon envol pour un pays tant rêvé… me laissent perplexe. Mes deux sacs bleus, déjà bien trop lourds me pèsent, confirmant l’idée que l’improvisation sera de mise en Océanie. « Une robe, un jean ? On ne sait jamais… j’en aurais peut-être besoin pour bosser ».

Il y a deux ans je partais pour la Nouvelle-Zélande. Je quittais l’hiver pour prendre une bouffée de chaleur à Singapour, en transit pour quelques jours. J’ai du m’acclimater au décalage horaire, m’adapter à mon hôte sur Auckland et briser mes peurs de voyager seule. Car même avec l’envie d’aller de l’avant, de parcourir le pays à coup de pouce et de rencontres locales, mes premières semaines se sont déroulées coller à des compatriotes. Il m’aura fallu partir en roadtrip avec deux personnes qui n’avaient pas les mêmes envies que moi, pour que je prenne finalement mon envol. Je les ai quitté, ai sauté en parachute et grimpé le Mont Ngaruhoe, me donnant le coup de pouce tant espéré. Et puis j’ai grandi.

Je ne sais pas s’il est l’heure des célébrations, du bilan ou d’une bougie à souffler aujourd’hui. Penchée sur le livre de Marlo Morgan, “Mutant message down under”, qui relate le récit de son aventure dans l’Outback australien au cœur d’une tribu aborigène, une phrase attire toute mon attention: “nous ne fêtons pas une année de plus, nous fêtons le fait qu’une personne soit devenue meilleure”. Ce qui m’amène à me demander ce que je suis devenue après deux années sur la route.

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La découverte. Intense, nouvelle, différente. J’ai appris à vivre au jour le jour, à me réveiller le matin et à me demander ce que j’avais envie de faire et suivre simplement cette envie. J’ai appris à me détacher des choses matérielles, mais à me rattacher à des expériences. J’ai affronté quelques peurs, pousser des barrières, tendu le pouce à travers un pays. J’y ai rencontré des gens fabuleux, des sourires. J’y ai poussé des soupirs aussi, désespérée par ces âpres de politesse me rendant amère.

Je m’y suis rendue avec des yeux d’enfants, émerveillée par des montagnes humbles et grandes, des cétacés géants. La faune et la flore m’ont convaincu d’aller plus loin encore. Baleines, pingouins, phoques, kangaroos, platypus… Marchant sur les chemins de Tasmanie, je m’arrête admirant ce serpent d’un noir intense, qui vient de me filer la chair de poule. Je m’extasie devant ce bébé wombat qui s’y suit sa mère au plus prêt, hume l’air à l’instant intensifié par un feu de forêt lointain. Ces deux années m’ont permis d’être plus proche de la nature, plus compréhensive, plus attentive, m’éloignant peut-être de l’humain.

IMG_5773Fuyant à fond les relations pouvant m’éloigner de mes aventures, je reste froide, impassible. Je souris plus certes, mais prête moins attention. Je ne demande même plus leurs prénoms.  Moi qui accordait beaucoup de temps à ces détails, ils me filent entre les doigts. Je mélange les histoires, radotent, devient sauvage et m’écartent des voyageurs comme moi. J’ai l’impression d’être devenue égoïste, impatiente. Aigre de recevoir tout le temps et ne pas pouvoir donner autant, la culpabilité me ronge et me forge une carapace digne des personnes exécrables.

Je me suis demandée s’il ne fallait pas que je rentre. Pour retrouver une structure, des gens que je connais depuis longtemps, qui pourront peut-être m’aider à canaliser ma colère, retrouver un équilibre entre mouvement et paresse. Je me suis demandée si c’est l’Australie qui me rendait comme ça… un pays si grand, où l’Angleterre a trouvé le moyen d’y refourguer ses prisonniers et d’y déraciner la plus vieille civilisation du monde.
Je me suis demandée si je n’étais tout simplement pas fatiguée, usée à bouger tout le temps dans un lieu différent, épanchant ma soif de nouveautés et d’expériences.

Quand j’y repense, durant cette dernière année… le plus long que je sois restée en un seul lieu fut trois semaines. Alors non, je n’ai rien à me prouver. J’ai juste envie d’en savoir plus, voir plus, toujours plus. Pas de choc culturel… mais l’épuisement par le mouvement. Je suis en accord avec mes pensées, développe ma créativité tout au long de mon voyage et adore me poser devant un paysage. Le truc c’est que j’en veux toujours plus et que je n’arrive pas à me satisfaire du présent. J’envisage la suite avec impatience et me prend les pieds dans mon imprudence.
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Deux ans donc… deux ans qui font ressortir ce que je voulais apaiser à travers mon voyage. Deux ans qui auraient du me permettre de me raccrocher à des rencontres, mais qui m’en éloignent. Deux ans impatients qui me disent qu’à 30 ans, j’en serai peut-être toujours au même point, sans ancre, sans racines, sans pied à terre pour me permettre d’apprécier chaque instant à plus de 100%.