Cadavres exquis d’une voyageuse #4

« C’est fou, tu parles toujours

de ce que tu vas faire dans 2 ans ».

C’est ce que m’a sorti un ami hier…
Ce que je réalisais doucement prend forme: je ne sais pas vivre au présent.

Vivre au passé

Quand j’étais petite, je vivais au passé, à l’imparfait, au passé composé. ça dépendait un peu des jours ou comment je me sentais. Je me disais que c’était mieux avant. Je rêvais souvent de mes années maternelles, puis primaires, puis collèges. Je me rattachais à ce que je pouvais, les amis d’enfance, les dessins-animés. Les amourettes d’un jour, qui s’étalaient sur quelques années, alors que le présent n’était pas si mauvais.

Puis le temps est passé, les années ont coulées et l’école s’est effacée, me laissant sans projets. Tu dois choisir ta voie, sans pour autant qu’on te guide, et tu es seule et lasse, sans enjeux limpides.
Puis j’ai mis un pied à l’étrier et suis tombée dans l’engrenage du voyage, te renversant dans un monde parallèle, où le présent s’accélère et se montre éphémère. Tu te prends au jeu, une année à Montréal, tandis que la claque du retour se fait sentir comme un redémarrage forcé au présent. Mais celui-ci ne te plaisant guère, tu décides de retourner en arrière, de prendre une bouffée d’air et de forcer l’accélération vers une nouvelle destination.

C’est là que tout s’enchaîne. Les déménagements, les rencontres sans succès, les projets déplacés pour te construire une carrière. Les contrats à durée limitée te blessent, et tu te dis que si tu dois opter pour une voie indéterminée, ce sera la tienne. Billets d’avion, Singapour, Nouvelle-Zélande, aujourd’hui ma vie s’habille à la destination.

Vivre au futur

« Et après, tu vas faire quoi ? »

« Après quoi ? Qu’est-ce que j’en sais moi. Pour l’instant je profite, après j’avise ». Et pourtant, dès que je me pose, l’ennui m’enivre et il me faut ma dose et vite, d’un nouvel objectif. Une ville, une position géographique, sans que personne ne puisse interférer dans mes choix. Le voyage, ne serait-il pas la nouvelle maladie du 21ème siècle ?! Échappant à la société que l’on s’impose, on se retrouve obligé à rouler coûte que coûte vers une nouvelle route. Un road-trip s’achève, il nous faut une nouvelle destination, pour aller à la rencontre du monde, consommer ces sourires humains qui nous font tellement de bien, se sentir vivant à 100%, bercé par l’adrénaline de l’inconnu, de la curiosité à l’état nu. Le voyage, cette drogue…

Et si le bonheur se conjuguait au présent ?

Au final, le lieu n’importe guère tant que l’on s’entoure des bonnes personnes. Il est peut-être là le dilemme: prendre le temps de se créer une bulle, remplie de gens biens, qui ne t’imposeront jamais leur choix et avec qui tu pourrais passer ta vie à refaire le monde. Mais le temps, je ne le prends jamais… je repars toujours au bout de 6 mois.

Mais comment faites-vous pour vous arrêter ? Comment faites-vous pour en profiter de ce moment présent lorsque vous avez les pieds ancrés dans une routine et que lorsque vous rentrez chez vous après une journée au bureau, vous n’avez envie de rien ? Comment se passer de cette drogue qu’est la route ? Je ne veux pas y mettre un terme… je veux juste apprendre à me satisfaire de ce que j’ai, là maintenant… Se recréer une bulle pour accepter mon nouveau challenge: rester quelque part pour un an.

Comment gardez-vous le dynamisme du voyage lorsque vous vous posez quelque part ?

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