De Varanasi à Agra, voyage en Inde dans la vallée du Gange

Les douceurs de Varanasi, au bord du Gange

Lors de mon premier voyage en Inde, j’avais entendu tellement de choses sur New Delhi, pas forcément positives. Ayant encore de l’appréhension avant de partir une seconde fois, je décidais de rejoindre Varanasi, tout de suite après mon arrivée dans la capitale. C’était sans compter le retard de mon premier vol, qui m’a forcé à courir d’un terminal à l’autre, quémandant le bon prix et l’information correspondante. Fatiguée, c’est dans mon auberge de jeunesse, du côté de Assi Ghât, à quelques pas du Gange, que je récupérerais de mon décalage horaire.

A Varanasi, je n’avais pas de programme en tête, juste l’envie de commencer doucement ce voyage en Inde, de prendre le temps d’atterrir et de me laisser bercer par le rythme spirituel de la ville. J’en ai profité pour rencontrer un couchsurfeur, qui m’a offert une séance de yoga et méditation, et une compréhension plus complète de l’hindouisme à travers la visite du temple au cœur du campus universitaire. Nous nous sommes revus plusieurs fois sur mes quelques jours à Varanasi, afin de partager un repas, d’échanger sur nos cultures respectives ou d’admirer les Ghâts haut perchés dans un spot tranquille.

A la tombée de la nuit le long du Gange

Je me suis promenée le long du Gange, seule, à la tombée de la nuit, de Assi Ghât à Manikarnika Ghât. Ce dernier est le lieu principal des crémations. Lors de ma balade je me suis fait abordée par un étudiant, qui voulait me mener à un ami à lui, afin qu’il m’explique le déroulement des crémations et l’importance de ce lieu pour les hindous. Toujours sur mes gardes, je refusais gentiment les quelques explications nécessitant un « don » et m’éloignait pour m’asseoir sur les marches, non loin d’un couple de touristes, et regarder les feux bruler sur la rive. L’atmosphère est lourde, avec ces deux gros feux que les hommes alimentent. Le premier feu à avoir été allumé ici, n’aurait jamais été éteint.
Le donneur d’explication finit par venir me parler, sans contre-partie, m’expliquant gentiment que les femmes n’étaient pas forcément les bienvenues ici. En effet, bien « trop émotives » d’après lui, elles pouvaient déranger la cérémonie… à une époque plus lointaine, les femmes se jetaient vivantes sur le corps en flamme de leurs maris.

A noter: les photos sont strictement interdites à Manikarnika Ghât

J’ai alors fais demi-tour pour revenir au Dasashwamedh Ghât, bondé de monde, où l’ensemble des touristes et des locaux, se retrouvent pour le Puja du soir. Quand je parle de touristes, il faut savoir que 80% sont Indiens. Varanasi est une destination spirituelle très prisée pour les hindous. L’ambiance y est particulière, entrainée par l’attention de la foule, les chants sacrés et les rituels exécutés par les prêtres.

Au lever du jour

Juste avant le lever du jour, je me dirige vers Assi Ghât à quelques pas de mon auberge. C’est là qu’a lieu la cérémonie du lever du soleil. J’y découvre le seul groupe de femmes moines de Varanasi et reste un moment face au Gange, à observer discrètement les hommes et femmes, faire leurs ablutions matinales dans l’eau sacré, et le soleil montant délicatement dans le ciel. Un indien, étudiant, en vacances en famille, viendra couper ce moment de béatitude, par curiosité et désir d’échanger. Suivant la cérémonie, les locaux font leurs exercices de yoga matinaux, que je n’aurais pas la chance d’entrevoir, bien trop occupée à discuter avec mon interlocuteur du jour.

Au cœur de l’agitation

Pour ma dernière soirée à Varanasi, j’opte pour l’un des tours de l’auberge avec l’envie de me laisser porter. Le tour débute sur une barque de Assi Ghat au lieu de crémation principal. Si c’était à refaire, je referais cette balade sur le Gange le matin quand la lumière réchauffe doucement les couleurs sur la rive.
Arrivés au niveau de Dasashwamedh Ghât, nous nous dirigeons vers le quartier du Chowk à travers les petites ruelles, nous faufilant au travers de la foule, au niveau du marché agité. Clairement pas ma partie préférée après le calme de la rive… mais nous goûtons à quelques spécialités locales dont j’ai longtemps oublié le nom.

Où dormir ? Auberge de jeunesse Moustache Varanasi, avec un super rooftop où se caler, rencontrer des gens sympas ou discuter avec le personnel.

Khajuraho

Je rejoins Khajuraho en train de nuit (départ 16h40 à Varanasi Junction, arrivée à 5h20 / 303 Rs). Il fait frais ce matin et le patron de ma nouvelle guesthouse me récupère de bonne heure à la gare. La petite pause au bord de la route pour boire un chai au coin du feu n’est pas de refus, et j’aime entendre les locaux échanger dans leurs langues.

Après avoir pris un petit-déjeuner dans mon nouveau « chez moi », mon hôte me propose de faire le tour des temples et de m’amener jusqu’aux Cascades Raneh. J’accepte avec une petite contrepartie financière.

Les temples de Khajuraho

Khajuraho est réputé pour ses temples, au nombre de 22 aujourd’hui, répartis en 3 groupes. Si vous venez ici pour admirer leurs sculptures érotiques, sachez qu’elles ne représentent que 5% des surfaces sculptées (source: Guide du Routard).
Les temples du groupe Est se visitent gratuitement et permettent de se balader dans le vieux village. Les Jaïn Temples attirent particulièrement mon attention, car leurs blancheurs semblent offrir une pureté que non pas les autres temples. C’est la première fois que je me pose des questions sur le Jaïnisme et demande à mon guide du jour quelques clés sur leurs pratiques. Le Jaïnisme serait une religion à part entière, apparue dans l’Inde antique du Xème siècle. Elle s’apparenterait à l’hindouisme et au boudhisme dans son but d’atteindre l’illumination (le nirvana) et de sortir du cycle des réincarnations. Les femmes ayant leurs règles n’ont pas le droit d’entrer dans les temples et tout élément en cuir y est formellement interdit. C’est que les Jaïns pourraient être qualifiés de « néo-vegan » puisque, prônant la non-violence, ils ne mangent ni viande, ni œuf, ni miel et ne portent rien d’origine animale. Ils n’ont pas le droit non plus de se nourrir de légumes racines, car le fait de les arracher pourraient tuer quelques vers de terre, ou la plante en elle-même.

En fin de journée, juste avant le coucher de soleil, c’est à travers les temples du groupe Ouest, classés au Patrimoine de l’UNESCO et donc payants (600 rp en 2019), que j’admire les sculptures. Celles-ci sont d’une finesse telle que j’ai parfois l’impression d’admirer de la dentelle. Je ne manquerais pas d’observer ces couples, souriant timidement, face aux fameuses sculptures érotiques, repensant à ce que me disait mon guide: les temples sont là pour enseigner, de la vie quotidienne à la spiritualité. Visiter ces temples juste avant le coucher de soleil permet d’admirer les contrastes de lumière sur les temples ocres: Magnifique !

Raneh Falls

A 20km de Khadjuraho se trouvent les Raneh Falls. Nous y allons en moto, mais il est possible d’y aller en vélo depuis la ville (comptez 4h A/R). L’entrée du parc est payante et se fait en fonction de votre véhicule. Dans mes souvenirs, c’était l’équivalent de 100 rp par personne.
Les cascades sont accessibles via un chemin tout tracé. En décembre, les chutes sont encore gorgées d’eau et atteignent de haut niveau pendant la mousson. Le reste de l’année, l’eau se fait plus rare.

Mon guide du jour prolonge la visite dans le parc adjacent, afin de potentiellement y observer les animaux sauvages. Ce bol d’air en pleine nature me fait un bien fou !

Et autres surprises

Le soir il me convie chez une amie à lui, une fermière. Je ne parle pas sa langue et elle, non plus. Je ne peux communiquer avec elle qu’à travers mes sourires et les traductions de mon compagnon du jour. Elle nous offre des chapatis et un morceau de mangue séché agrémenté de masala. C’est d’un délice ! Puis elle se met à cuire de nouveaux chapatis devant nous, tandis qu’elle échange avec mon hôte et que j’essaye de comprendre deux, trois mots. Elle nous propose alors des chapatis chauds et la nouvelle sauce qu’elle vient de préparer. Je commence à me sentir mal car je suis venue les mains vides… quelques roupies déposés honteusement dans les mains de mon hôte et nous partirons.
Ce dernier cherche à m’expliquer que la seule chose appréciable, si je veux la remercier, est de l’argent. Pour moi ce n’est pas ce que j’avais envie de lui offrir en échange de ce bon moment…

Orchha, loin du Gange

Le lendemain, il est temps de quitter ma guest house, où je n’ai finalement eu que très peu de temps pour moi ou pour rencontrer le reste de la famille. Je choisis le train qui part à 12h35 de Khadjuraho pour arriver à Orchha vers 17h06. Du moins sur le papier… J’arriverai à Orchha en fin de journée avec plus ou moins 2h de retard.

A peine arrivée dans ma nouvelle guest house, je me vois offert des samosas et un bon vieux chaï. Après avoir échangé avec un voyageur brésilien, qui me parle de signe astral, le gérant de la maison me propose de m’amener voir le lever de soleil le lendemain.

Jahangir Mahal et Raja Mahal, au fort d’Orchha

Après un petit tour en moto, M. me dépose à l’entrée du fort, où je m’acquitte des droits de passage avant de me laisser déambuler à travers le Jahangir Mahal. J’ai l’impression de retomber en enfance, grimpant les petits escaliers me menant aux étages supérieurs et m’offrant des vues splendides sur la nature au loin. Subtil mélange d’art Hindoue et Mongol, le Jahangir Mahal se visite seul ou avec un guide.
Quant au Raja Mahal, situé dans le même complexe, les splendides fresques me laissent pantoise pendant un quart d’heure. Leurs finesses sont admirables et même si le temps a laissé des traces de son passage, les 10 réincarnations de Vishnou peintes au plafond illuminent de leurs histoires.
Le fort d’Orchha et ses merveilles du 17ème siècle offrent un véritable havre de paix, photogénique au soleil levant.

Chhatris, cénotaphes royaux

Le long de la rivière Betwa, affluent de la Yamuna, elle-même rivière sacrée et affluente du Gange, se trouvent les cénotaphes royaux, construits à la mémoire des rois Bundela. Une balade mélancolique me mène d’une voute à l’autre, admirant les jardins bien entretenus et l’eau briller au loin.
Le soir si vous traversez le petit pont qui mène de l’autre côté de la rive, vous aurez un spot magnifique pour prendre le soleil couchant en photo éclairant les cénotaphes royaux de sa teinte orangé. Ce soir là, pas de dégradés de couleurs, alors nous rentrions pour assister à la cérémonie hindoue au temple Ram Raja.

Où dormir ? Temple View Guest House

Il est déjà temps de quitter la vallée du Gange et ses affluents, afin de rejoindre mon ami Australien, à qui j’ai donné rendez-vous à Agra pour le début de notre voyage entre amis. Le dernier train de disponible part tôt le matin, je dois donc me lever aux aurores pour rejoindre Jansi, la gare de départ en rickshaw.

A bientôt.

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