
Updated on décembre 29, 2024
Traverser les Pyrénées à pied : le GR10, d’Est en Ouest de Banyuls à Hendaye
Je n’aurais jamais pensé être capable un jour de traverser les Pyrénées à pied, seule et en autonomie, sur le GR10. Pourtant c’est au cours d’un trek dans les Écrins, il me semble, que ce projet est né. Dans un coin de ma tête, je me suis dit : « finalement pourquoi pas ! Tu pourrais prendre ton sac à dos, ta tente et ton réchaud que tu n’as pas encore, pour voir jusqu’où tes pieds te mèneraient ».
C’est que finalement j’en avais fait des kilomètres en Nouvelle-Zélande et en Australie. La Tasmanie a été ma terre de treks pendant 2 beaux étés. Je bossais dans les vignes la semaine et le week-end je partais avec mon pote de rando dans les parcs nationaux accessibles en quelques heures. De retour en France, je me suis retrouvée lyonnaise et les Alpes sont alors devenues mon terrain de jeu. Pourtant au fond de moi, les Pyrénées appelaient ma quête de sauvage et j’avais le sentiment qu’y retourner, après y avoir fait quelques randonnées enfant, me permettrait d’y retrouver des ressources inespérées.
- Comment se prépare-t-on à traverser les Pyrénées sur le GR10 ?
- Traverser les Pyrénées Orientales, de Banyuls à Mérens-les-Vals sur le GR10
- Traverser les Pyrénées-Ariégeoises sur le GR10, de Mérens-les-Vals à Fos sur le GR10
- J1-2 / De Mérens-les-Vals au refuge du Rulhe
- J3 / Du refuge du Rulhe à la cabane de Clarans
- J4 / De la cabane de Clarans à Siguer
- J5 / De Siguer à Goulier, puis Bassiès
- J6 / Du refuge de Bassiès à Aulus-les-Bains
- J7 / D’Aulus-les-Bains au Cirque de Cassiérans
- J8 / Du cirque de Cassiérans à Saint-Lizier
- J9 / De Saint-Lizier à la cabane d’Aula
- J10 / De la cabane d’Aula à Esbintz
- J11 / De Esbintz au Pla de Lau
- J12 / Du Pla de Lau à la cabane d’Arech
- J13 / De la cabane de l’Arech aux mines de Bentaillou
- J14 / Des mines de Bentaillou à Fos
- Traverser les Pyrénées-Centrales sur le GR10, de Fos à la corniche des Alhas
- J15 / De Fos à Bagnères de Luchon
- J16 / De Superbagnères à Espingo
- J17 / Du refuge d’Espingo à Loudenvieille
- J18/ De Loudenvielle au lac de l’Oule
- J19 / Du Lac de l’Oule à la cabane d’Aygues Cluses
- J20 / De la cabane d’Aygues-Cluses à Luz St-Sauveur
- J21 / De Luz St-Sauveur au pont St-Savin
- J22 / Du pont de St-Savin au refuge de Baysselance
- J23 / De Baysselance à Cauterets, par le col d’Araillé
- J24 / De Cauterets à Arrens-Marsous
- J25 / De Arrens-Marsous au lac d’Anglas
- J26 / Du lac d’Anglas à Gabas
- Traverser les Pyrénées-Occidentales sur le GR10, de la corniche des Alhas à Hendaye
- J27 / De Gabas à Etsaut
- J28 / De Etsaut à la cabane d’Ardinet
- J29 / De la cabane d’Aribet à Ste-Engrâce
- J30 / De Ste-Engrâce à Logibar
- J31 / De Logibar à Iraty-Cize
- J32 / D’Iraty-Cise à St-Jean-Pied-de-Port
- J33 / De St-Jean-Pied-de-Port à St-Etienne-de-Baigorry
- J34 – J35 / St-Etienne-de-Baigorry à Bidarray
- J36 / De Bidarray au col des 3 fontaines
- J37 / Du col des 3 fontaines à Hendaye
- La fin d’une aventure : celle de la traversée des Pyrénées sur le GR10
- Le GR10, finalement c’est quoi ?
Comment se prépare-t-on à traverser les Pyrénées sur le GR10 ?
Alors j’ai laissé ce projet dans un coin de ma tête, puis à mon retour de Côte d’Ivoire, pour mieux atterrir, je me suis dit que c’était le timing idéal pour partir. Que nenni ! Les seules randonnées que j’avais pu faire étaient bien trop humides et chaleureuses pour que je sois physiquement au niveau. J’avais tout de même passé des années à enquêter sur le matériel qu’il me faudrait pour une telle traversée et dès que mes achats furent prêts, je pris le bus pour Hendaye.
Vous l’aurez compris : ce fut l’histoire d’un faux départ. Mon sac de voyage n’était clairement pas adapté à la randonnée et mes 2kgs d’amandes furent de trop. Orage, première expérience de bivouac en solo, j’ai opté pour la solution de repli pour mieux repartir.
Une semaine plus tard, je repartais avec mon sac de 30L pensant qu’il allégerait mon dos et me permettrait de m’offrir une traversée en douceur, mais cette fois au départ de Banyuls ! Le faux départ m’avait laissé un goût amer et je n’avais clairement pas envie de remarcher sur mes pas inachevés. Un covoiturage de Toulouse à Banyuls plus tard, j’étais à nouveau sur le GR10 un brin plus confiante… sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu.
Traverser les Pyrénées Orientales, de Banyuls à Mérens-les-Vals sur le GR10
Je me souviens de cette belle montée sous la chaleur écrasante d’un après-midi d’août. Mes 3L d’eau furent compté lorsque je décidais d’opter pour une nuit en bivouac au Col des Terres. La montée jusqu’au Pic de Sailfort et l’absence d’eau furent fatidique à mon talon d’Achille. Mais je n’ai pas voulu lâcher. Non pas après avoir grimpé le Canigou, ce sommet si mythique pour les catalans et qui ferait partie de mon aventure pyrénéenne.
Ce fut donc à Mérens-les-Vals que je finissais mon aventure de GRdiste. À regret de ne pas pouvoir le faire d’une seule traite, je savais que le GR10 me rappellerait à lui ultérieurement. Et bizarrement ce fut à l’étranger que cela se produisit. Au cœur de Madagascar, j’avais décidé qu’il était temps de quitter mon travail et de reprendre ce projet qui m’avait filé du fil à retordre jusque-là. C’était donc de Mérens-les-Vals que je débutais ma traversée des Pyrénées Ariégeoises, à deux pour le week-end, puis seule avec moi-même.
Traverser les Pyrénées-Ariégeoises sur le GR10, de Mérens-les-Vals à Fos sur le GR10
J1-2 / De Mérens-les-Vals au refuge du Rulhe
Après avoir dormi dans un virage menant vers les cascades, G. qui m’accompagne sur ce week-end du 15 août et moi-même, prenons la route pour le GR10. Mon sac me semble bien trop lourd avec les kilos de nourriture que j’ai emporté avec moi. Le doute m’envahit dans la montée. Ne serais-je pas entrain de faire la même erreur que la dernière fois ? Emporter avec moi un poids conséquent de nourriture pour me rassurer, alors que tous les 2-3 jours il est possible de se ravitailler dans la vallée ?
Je finis par me donner raison. Il paraît qu’en Ariège, il y a peu de ravitaillement… les prochains jours finiront par me donner tort.
Il parait qu’on emporte ses peurs dans son sac.
Après la petite grimpette matinale, nous finissons par déjeuner juste avant l’étang de Comte, les pieds dans l’eau, regardant au loin les nuages menaçant. Nous prenons ensuite le chemin zigzaguant jusqu’à ce que G. décide de s’arrêter pour la journée au bord du ruisseau, sa cheville lui faisant très mal. Après un petit bain de pied, je lui propose de monter la tente… il est à peine 13h passé.



Quelle belle idée ! Dès 13h30, il se met à pleuvoir jusqu’à l’éclaircie de 17h. Nous dinerons bien plus tard en speed pour échapper au nouvel orage. Résultat : 13h de sieste pour repartir à 9h le lendemain et monter doucement vers le refuge du Rulhe que nous atteindrons vers 14h.
J3 / Du refuge du Rulhe à la cabane de Clarans
Je me réveille un peu avant 7h pour regarder la brume au loin et engloutir un petit-déjeuner. C’est le grand jour pour moi : celui de mon départ officiel en solitaire sur le GR10. Un mélange d’excitation mais aussi d’angoisse se conjuguent magnifiquement, tandis que vers 8h je quitte G. qui repart, cheville en vrac, vers Mérens-les-Vals.
Le chemin monte doucement et pourtant, je perds rapidement les balises du GR. Il faut que j’apprenne à me faire confiance à nouveau. Hier mon intuition et l’écoute de mon environnement nous ont évité une belle douche, aujourd’hui seule, je dois canaliser mon énergie pour aller dans la bonne direction.
Je tourne une demi-heure jusqu’à me rendre compte que la trace IGN n’est plus exacte. Je rejoins le panneau en hauteur et me détache de mon téléphone portable. Je marcherai ensuite gaiement jusqu’aux crêtes me menant au plateau de Beille. Vers 12h30, je me pose sur la petite table qui semble avoir été déposée là sur le point le plus haut. 30 min plus tard, j’échapperai au vent en me remettant en marche.



Beille, c’est long et le chemin est inintéressant.
Je finis par arriver à la station, à passer à côté des chiens de traineaux qui ont l’air d’avoir trop chaud, pour rejoindre la cabane d’Artignan.
C’est alors que Daniel sort sa tête et me propose un café. Je comprendrais alors que je me trouve devant la cabane vue dans l’émission Échappée Belle, retapée par « Antoine » alias Jacob Karhu. Je vous avoue que je l’imaginais plus coupée du monde cette cabane, loin de tout et surtout d’une station de ski. Mais Antoine en a fait un petit coin de paradis ! Daniel me raconte quelques anecdotes de cette aventure mais aussi de ceux croisés sur le GR10 au fil de ses allers-retours à venir entretenir les lieux.
Une heure plus tard, je reprends le GR10, qui descend alors dans la forêt pour arriver sur la jasse et passer un petit moment à chercher la cabane de Clarans à la boussole. Petite toilette à la micro-rivière, puis c’est la pluie qui prendra le relai vers 18h.
Un couple, dont j’ai oublié le nom, me rejoint et nous passons la soirée à papoter, échangeant sur la vie, les aventures à pieds et de par le monde, les tournants professionnels et nos lectures, jusqu’aux premiers ronflements de la gente masculine. La moustiquaire sur ma tête ne m’aidera malheureusement pas à m’endormir rapidement.
J4 / De la cabane de Clarans à Siguer
Je quitte la cabane au petit matin et croise un autre couple dans ma direction. Ça grimpe rapidement dans la forêt, puis arrivée au col de Sirmont, je redescends quelques instants pour remonter à nouveau jusqu’à la cabane de Balledreyt.



Je décide de pousser jusqu’au Courtal Marti, qui s’avère être une micro cabane entourée de vaches et de chevaux. Je salue le vacher puis continue à grimper pour trouver un « abri » en pierre au col du Sasc. 30 min de pause plus tard et je repars à cause du vent. Le ciel se fait menaçant.
Je recroise dans la montée de Montcamp le couple du matin. Charlotte et Thomas arrivent au bon moment et partagent le passage en crête sous les grondements et le vent violant.
C’est toujours lorsque tu en auras besoin, que quelqu’un surgira sur ton chemin.
Le couple qui semblait distant ce matin, s’ouvre gentiment après cet épisode de stress sous l’orage. La descente pour Siguer nous parait interminable alors on en profite pour échanger sur le chemin. Petit arrêt à Gestier au cœur de la fête du village pour une boisson sucrée puis c’est l’accueil randonneur, mis gracieusement à notre disposition à Siguer qui prendra le relais.
J5 / De Siguer à Goulier, puis Bassiès
La matinée semble dure. C’est ce qu’on appelle un jour sans. Le ciel est couvert et n’aide pas le moral. De Siguer à Goulier, ça monte puis ça descend en forêt. Le tonnerre gronde au loin, après le col de Gamel. J’hésite à continuer plus longuement. J’avais prévu de couper au vu du temps pour rejoindre directement Bassiès par un PR.
Goulier m’offre une petite placette toute mignonne pour poser mes fesses le temps d’un sandwich, mais la pluie s’en mêle. Ça crachote alors je tente d’avancer un peu.
De Goulier à Olbier, me voilà à Auzat à chercher mon chemin quand je croise Eymeric et Damien qui partent sur Marc, pour rejoindre l’Espagne.
Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.
Paul Eluard
On prend le même chemin et en discutant, ils finissent par quitter leur idée de GR11 pour bifurquer avec moi jusqu’aux étangs. On croise alors Céline et Magali, et c’est parti pour une sacrée grimpette sous la pluie.



Partie à 7h30 ce matin, j’arrive vers 19h au refuge un brin humide. Heureusement toute la chaleur du monde avait décidé de se joindre à ma table, de discussions en points communs, je savais qu’il n’y avait pas de hasard. Repas en douce compagnie avant de rejoindre ma tente sous la pluie.
J6 / Du refuge de Bassiès à Aulus-les-Bains
Ma journée qui s’annonçait courte prend des heures de rallonge. Nous partons à 5 pour le port de Saleix, où nous laissons les filles prendre à droite tandis que nous suivons le GR. La pluie fait rage et nous peinons à trouver un lieu pour le casse-croûte, jusqu’à une installation posée au bord de la route. On se réchauffe et la pluie finit par passer. La descente jusqu’à Aulus-les-Bains se fait douce et c’est presque à la fin du chemin que je recroise Thomas et Charlotte, les deux artistes de la veille. Camping à Aulus puis repas guinguette. Oups, il est déjà minuit !
J7 / D’Aulus-les-Bains au Cirque de Cassiérans
Il est 20h. Je suis posée au cœur du cirque de Cassiérans, une heure avant le col d’Escots, pour profiter d’un bivouac au bord du ruisseau. Je me pose… seule. Eymeric et Damien sont finalement partis du côté espagnol au niveau du Cap de Rich. C’est d’ailleurs là que je les ai attendu après être montée tranquillement à la cascade d’Ars, tandis qu’eux se baignaient. Un ariégeois m’a tenu compagnie pour le repas, me racontant comment l’Ariège changeaient au fil du temps, des paysans aux étrangers (hollandais), à l’arrivée des écolos. Il me parle du HRP, des Pico de Europa et de comment il était possible dans le temps de travailler à Toulouse et d’habiter en Ariège avec l’essence peu chère. Il m’explique aussi que le sentier sur lequel les 2 compères doivent s’engager pour rallier l’Espagne, était emprunté chaque année en signe de pèlerinage, en souvenir du temps où les franquistes devaient quitter l’Espagne.
Malheureusement ces sentiers sauvages et magnifiques risquent de se perdre car les gens ne veulent plus partir en alpage, ou monter avec les bêtes.
L’ariégeois
Au moment de son départ, les 2 basques débarquent pour que je puisse leur dire au revoir. Je continue donc le chemin seule, pestant intérieurement contre les sentiers ariégeois qui montent raides et descendent… raides. Peut-être une façon de faire le deuil des belles rencontres de ces derniers jours.



J8 / Du cirque de Cassiérans à Saint-Lizier
J’arrive à Saint-Lizier vers 13h et décide de me poser au camping l’après-midi. Quand on est une femme en randonnée, on doit en plus gérer la fatigue liée à nos hormones et ce n’est pas toujours cool. Le chemin nous apprend aussi à nous écouter et même si l’envie de continuer se fait forte, je préfère prendre ce temps pour récupérer.
J9 / De Saint-Lizier à la cabane d’Aula
Le départ de Saint-Lizier se fait morose. 8h du camping, je grimpe doucement vers le col de la Serre du Cot. Je croise une mère et son fiston dans la forêt, qui me raconte que le gite d’étape de Rouze offre le repas 4 étoiles du coin. Un autre groupe me confirme que la descente sera raide. Finalement à Rouze vers 11h, il sera un peu tôt pour la pause, que je ferai à Couflens. De Couflens, je remonte rapidement à Angouls puis Faup où il semble faire bon vivre le dimanche. De Faup, je zigzague jusqu’au col de Pause, où je croise une multitude de gens, me rassurant quant à l’éventuel orage auquel j’espérais échapper.



Après avoir discuté avec une « médiatrice », également guide de montagne, je recharge mon eau avant de monter à l’étang d’Arreau, où je me fais prendre en photo par un espagnol.
De l’étang, je monte encore vers la brume avant d’entamer la redescente vers la cabane d’Aula, où trois gars y sont déjà. Je rejoins le couple et la fille qui bivouaquent pour échapper surement aux ronflements, mais non à la pluie.
La cabane d’Aula semble un repère à Gipaète Barbu. La lumière du soir était faible, je n’ai donc pas pu en observer la couleur, mais de grands rapaces étaient regroupés vers les montagnes et semblaient lâcher des choses du haut de leur altitude.
J10 / De la cabane d’Aula à Esbintz
La matinée est humide. Je sors de ma tente alors que les gouttes de pluie m’offrent encore leur son répétitif mais apaisant. Je la plierai d’ailleurs mouillée comme souvent. Je descends à travers la forêt en passant par la cascade d’Arcouzan et une cabane où les vaches m’attendent. Heureusement que je trouve un spot convivial à Couflens de Betmajou au bord de l’eau, car l’arrivée à Esbintz se fera elle aussi sur la route. Je crois qu’après les belles rencontres des premiers jours, la solitude me pèse.
J11 / De Esbintz au Pla de Lau
Je suis partie un peu tard ce matin, comme si le confort me sortait de mon cycle naturel. J’ai rapidement rejoint la cabane de Tariolle, où j’espérais dormir la veille puis le col de la Core. Après une montée parmi les fougères hautes, un petit stand semblait éclairé parmi le brouillard adjacent… pour mieux dévoiler la foule et les voitures. Heureusement, peu sont ceux qui montent et je continue d’un bon rythme jusqu’à l’étang d’Ayes indiqué à 2h20 de là. Objectif : y être pour la pause déj.
Vers 12h30, je glisse les pieds dans l’eau et profite d’une pause au soleil. La trempette me tente mais j’ai peu de temps si je veux atteindre le pla de Lau annoncé à 10h de marche du col. Puis il y a du monde à l’étang, alors je préfère m’éloigner de la foule pour rejoindre le col de Laziès.



La vue est superbe et j’ai le sentiment que le mental est au top, la tête dans les sommets et les pieds sur les crêtes. Je me régale jusqu’au cap des Lauses où s’amorce la descente. Longue hésitation à rejoindre le côté espagnol pour gravir le Valier. Mais n’étant plus sûre de la météo, je préfère rejoindre le pla de Lau pour installer mon bivouac après 1 longue descente. 1h pour choisir un spot et une douche rafraichissante plus tard, c’est au bord du torrent avec les bruits de la chouette au loin que je poserai ma plume jusqu’au lendemain.
J12 / Du Pla de Lau à la cabane d’Arech
Il est 17h, j’arrive à la cabane d’Arech. Il y a de l’eau. Je m’arrête donc pour passer la nuit en espérant que les brebis ne fassent pas de même. J’en ai plein les pattes avec les 1400 mètres de dénivelé positif. Il y a eu la montée jusqu’à la cabane du clot du lac avec un « médiateur » bien sympathique, puis celle depuis la passerelle sur l’Orle, où je pensais que ce serait ma seule source d’eau jusqu’à Eylie. Je dors très peu souvent en cabane… on verra si le berger décide de pointer le bout de son nez.
J13 / De la cabane de l’Arech aux mines de Bentaillou
On est bien dans cette petite cabane. Tellement bien que j’ai du mal à sortir de mon sac de couchage, malgré les aboiements des chiens une heure plus tôt. Finalement les brebis sont descendues et le berger aussi hier soir. Pas de discussion malgré mon bonsoir plein d’enthousiasme.
Je finis tant bien que mal par me lever pour rejoindre Eylie. 12h. Il me reste encore 3h avant l’orage, je me décide alors à rejoindre les anciennes mines de Bentaillou. C’était sans compter un autre troupeau que je tente de laisser passer sur le seul chemin praticable. Impossible… elles bifurquent dans le vide tandis que les patous me surveillent de loin. Je commence à avoir froid. Le brouillard se lève et les brebis prennent leur temps. Je finirai par rejoindre les anciennes mines, où une vieille maison ONF me servira d’abri. Le refuge non gardé est bien fermé et le réseau ne passe pas pour que je puisse appeler le numéro indiqué sur la porte. La bergère semble bien au chaud dans sa cabane. Je me contente d’une maison glauque, en compagnie des araignées, bien trop heureuse d’avoir un toit assez solide sur ma tête pendant cette longue après-midi et nuit d’orage… jusqu’à l’éclaircie du lendemain.



J14 / Des mines de Bentaillou à Fos
Je quitte les mines complètement dégagées. La brume a disparu, du moins pour quelques temps. Les pauses photos sont nombreuses devant ces montagnes escarpées, qui semblent taillées grossièrement par la main de l’homme. Je finis par rejoindre le refuge où je croise un irlandais, dépité d’avoir passé la nuit au col sous l’orage mais bien trop content d’être en vie et de parler anglais à quelqu’un. Il m’annonce qu’il a croisé 11 patous la veille juste avant la cabane d’Uls, que je dois rejoindre. Des onze, je n’en verrai que trois et j’attendrai patiemment que le troupeau veuille bien descendre de la colline.



Passé les bocages et les magnifiques couleurs qui semblent automnales, la descente s’amorce en direct de Melles. Je croise deux gars qui vont dans le même sens que moi, mais qui semblent peu enclin à partager la route. La route d’ailleurs, je la rejoins rapidement et elle me mènera jusqu’à Fos et son ancien camping avec douche chaude en prime.
Une petite bière et quelques emplettes sur la terrasse de l’hôtel le Gentilhomme plus tard, les deux jeunes finiront par m’inviter à leur table. C’est au cœur de Fos que nous parlerons de parcs nationaux africains, de famille et de la difficulté à être un chercheur, autour d’une conversation courte mais passionnante.
Traverser les Pyrénées-Centrales sur le GR10, de Fos à la corniche des Alhas
J15 / De Fos à Bagnères de Luchon
Je pars de Fos un peu tard pour m’engager dans la forêt. Pendant 1h c’est un combat avec des lipoptènes du cerf (que je prenais pour des tiques « volantes ») que je mènerai jusqu’à ce que la forêt se refroidisse. La montée est raide jusqu’à la cabane d’Artigue et grâce à l’énergie retrouvée après un échange avec un autre randonneur, je continuerai jusqu’à la cabane des Courraux pour manger. Il me reste encore une trotte mais le GR10 ne passe plus par l’étang de St-Béat et j’ai le sentiment de bien grimper.
C’est à la montée juste avant le Col d’Esclot que je croise Annie légèrement perdue sur sa boucle du jour. On marchera ensemble jusqu’au Pic de Bacanère offrant une vue à 360°, puis on se retrouvera à la cabane de Saunère où je pensais passer la nuit.



Il y a foule à la cabane, alors j’accepte la proposition d’Annie, de continuer jusqu’à Artigue où elle a laissé sa voiture. Arrivée à Luchon, je prendrai la pluie dès la montée de tente. Une pizza finira par me réconforter avant d’étendre mon linge au cœur de la nuit.
J16 / De Superbagnères à Espingo
Matinée courses à Luchon, où je suis un peu dépitée de retrouver la société de consommation. J’en avais pourtant rêvé de cette arrivée à Bagnères-de-Luchon. Je m’étais imaginé y rester 2 jours pour profiter des thermes et célébrer comme il se devait ma traversée des Pyrénées-Ariégeoises. Mais à peine arrivée à Luchon, j’ai voulu en partir. L’effet d’une ville sur une randonneuse n’est pas toujours bénéfique. J’y ai trouvé la pluie, le gris des bâtiments, malgré la douce compagnie d’Annie. Alors une fois mes courses finies, je me devais de repartir au plus vite au cœur des montagnes, qui me semblaient alors un environnement plus accueillant.
Après un déjeuner avec Annie, celle-ci m’accompagne jusqu’à Superbagnères, la journée étant déjà bien entamée. Je réussis à la convaincre de partager quelques pas encore avec moi, et nous voilà embarquées sur la montée du col de Coume de Bourg. Annie me quitte, tandis que les nuages s’obscurcissent.
C’est moins pire qu’un quai de gare !
Annie
Ce message lancé au loin me prit aux tripes. Moi aussi j’étais triste de quitter cette dame qui avait l’âge de ma mère et m’avait apporté tant en si peu de jours. Mais aussitôt seule, la nature reprit le dessus sur mes émotions et je n’avais pas d’autres choix que d’avancer.



L’orage me fait accélérer et semble arriver de part et d’autre des vallées. Les lumières sont splendides et les montagnes encore plus fières, tandis que je les guette nerveusement, happée par le stress. Au niveau de la Hourquette des Hounts Secs, j’aperçois le lac d’Oo et son auberge. L’orage semble avoir dansé au dessus de ma tête pour s’en éloigner aussi soudainement que l’arrivée de la pluie, qui m’accueille gentiment à la bifurcation pour le lac d’Espingo. Après une nuit d’orage, je décide d’opter pour l’option dortoir au refuge, alors que le ciel au dehors se dégage splendidement.
J17 / Du refuge d’Espingo à Loudenvieille
Du refuge d’Espingo, je descends en 2h aux Granges d’Astau, pour remonter sur 1000 m de dénivelé positifs vers le couret d’Esquierry. Je connais déjà le coin pour y avoir randonné l’été passée et je suis attristée par la petitesse du torrent à côté de la cabane d’Ourtiga, où j’avais bivouaqué. La pluie m’a suivi lors de la montée jusqu’au col puis n’est plus en cette après-midi. La descente vers Loudenvielle s’annonce longue avec mes pieds en compote, mais je finis par arriver avant le gros orage du soir, au camping.



J18/ De Loudenvielle au lac de l’Oule
Je quitte Loudenvielle, la tente mouillée. Je n’aurais même pas pris le temps d’aller voir le lac de plus près, ni même goûté à la tarte aux myrtilles aperçue la veille.
Je monte doucement vers le Couret de Latuhe, où je croise mon 2ème serpent. Le cœur n’y est pas, je serais bien restée à Loudenvielle pour me reposer une vraie journée… mais l’idée n’a fait son apparition qu’en chemin. Je marche lentement et finis par arriver à Bourisp vers 12h30. Je trouve l’endroit parfait pour la pause et m’autorise un bain de pied dans les eaux glacées.
Vers 13h30, je me motive pour une longue étape. De Vieille-Aure, je passe par le chemin des mines bétonné sous un soleil de plomb et finis par apprécier l’ombre que veulent bien m’offrir les arbres sur le sentier qui zigzague. Je prends de altitude et 4h30 plus tard, je finis tant bien que mal par arriver au col de Portet, où je prendrai seulement une photo avant de repartir. La route est encore longue jusqu’au Lac de l’Oule, où je souhaite passer la nuit.



Je croise deux gars qui font le tour du Néouvielle et j’emprunte le chemin menant vers le GR10C. Il faut ensuite redescendre et ce sera au pas de course que je trouverai l’aire de bivouac. Je salue mon voisin et monte ma tente mouillée du fort orage de la veille. Le temps de me faire à manger, il fera déjà nuit.
J19 / Du Lac de l’Oule à la cabane d’Aygues Cluses
Le lac de l’Oule offre des reflets parfaits de bon matin. Tellement parfaits que j’en oublie la bifurcation menant au col d’Estoudou ! Ça monte parmi les paysages familiers du Néouvielle et le col ne manque pas de m’offrir un beau spectacle. J’échange quelques minutes avec un monsieur ici pour 3 jours, puis j’entame la descente vers le lac d’Aumar, le ciel sombre derrière moi. La pluie finit par me rattraper au lac et le manque d’abri me fait poursuivre ma route jusqu’au col de Madamète, annoncé à 1h30 de là.



Mes pieds jonglent parmi les roches mouillées et le col se rapproche, tandis que l’orage tourne au dessus de ma tête depuis Aumar. Le Néouvielle, que j’ai pu grimper l’été dernier, est recouvert. Je ne m’attarde que très peu jusqu’à franchir le col et redescendre vers le lac de Madamète. Je profite d’une éclaircie pour un lunch express à 14h, agrémenté de myrtilles sauvages. 30 minutes plus tard, je serai à la cabane d’Aygues-Cluses en compagnie de Mathis et Aurélien, qui nous propose une tisane à la verveine. Encore une belle soirée en bonne compagnie, cette fois-ci entre 4 murs froids.
J20 / De la cabane d’Aygues-Cluses à Luz St-Sauveur
Je me régale toute la matinée en suivant le ruisseau. L’endroit est magique jusqu’à Pountou et mon âme d’enfant se réveille. Mais à partir de Tournaboup ce n’est plus pareil. Les stations de ski, c’est toujours aussi moche et je dois longer la route quelques temps. Je rejoins Barèges en 45 min mais il reste encore une trotte jusqu’à Luz Saint-Sauveur. À Luz, je finis par planter ma tente en dehors de la ville dans un camping familial. Quelques courses plus tard, il sera temps de m’envelopper dans mon sac de couchage.



J21 / De Luz St-Sauveur au pont St-Savin
Grosse journée au départ de Luz et beaucoup de route. Je finis péniblement par arriver aux granges de Saugué que je trouve fermées. Heureusement que la vue sur la Brèche de Roland égaye ma descente jusqu’aux Granges de Holle. 20 min avant de les atteindre, je trouve un spot de bivouac au bord du torrent et finis par poser ma tente là, à 2 pas du pont de St-Savin.



J22 / Du pont de St-Savin au refuge de Baysselance
Je rejoins les granges de Holle de bon matin que je trouve sous la brume. Il est déjà 9h et les campeurs semblent à peine sortir de leurs tentes. Je monte doucement dans la vallée d’Ossoue, un peu à l’aveugle, croisant quelques brebis sur le chemin. D’ailleurs, l’une d’entre elle, curieuse, est venue me lécher la main. Je continue jusqu’à ce que la brume se lève, me laissant complètement ébahie devant le spectacle que la nature m’offre.



De cabanes en cabanes, je finis par atteindre le barrage d’Ossoue vers 13h. Une petite pause s’impose avant d’entamer la montée jusqu’au refuge de Baysselance. Je suis le ruisseau des oulettes qui semblent peiner en cette fin d’été, double quelques personnes dans la montée et suis les lacets qui serpentent vers le refuge, que je connais déjà. Celui-ci est encore complet ce soir, mais je me glisserai sur une table pour le repas du soir, entre trois espagnols venus gravir le Vignemale, des papis en faisant le tour et deux jeunes filles se retrouvant pour le week-end entre Bordeaux et Perpignan. Le plus haut refuge gardé des Pyrénées m’offre à chaque fois une belle ambiance.
J23 / De Baysselance à Cauterets, par le col d’Araillé
Je me fais réveiller par le vent vers 6h du mat et je sais que mon seul poids permet de maintenir ma tente au sol, au vu du terrain sableux trouvé la veille. J’ai du mal à sortir de mon sac de couchage et pourtant une longue journée m’attend. Au lieu de descendre par le lac de Gaube, chemin parcouru par deux fois lors de mon ascension du Petit Vignemale, je décide de passer par le col d’Araillé.
Un gros pierrier m’attend et je finis péniblement mais fièrement par arriver au refuge d’Estom, où je ne suis pas hyper bien accueillie. Une omelette plus tard et je repartirai rapidement via la Vallée du Lutour, qui me semble remplie de touristes ingrats et malpolis. Peut-être qu’il me tarde juste d’arriver à Cauterets… La vallée est belle mais je me rends compte que je l’ai déjà parcouru il y a plus de 10 ans déjà.



J’arrive à Cauterets et indécise, je m’offrirai un bout de nuit dans le gîte le Beau Soleil. L’accueil est super, avec une cuisine à disposition, mais je serai réveillée de bon matin par un groupe de personnes sourdes, ne pouvant pas entendre leurs pas lourds et intenses dans les escaliers.
J24 / De Cauterets à Arrens-Marsous
De Cauterets, ça grimpe bien pour rejoindre le lac d’Ilhéou, mais heureusement que la route bétonnée est vite derrière moi. Je me retrouve à suivre les brebis à partir de la cascade du même nom, qui ont pour destination la petite cabane avant le refuge. Pour ma part je continue jusqu’au lac, où j’avais prévu de déjeuner, mais le vent me contraint à pousser jusqu’au col, que l’on peut rejoindre en téléphérique depuis Cauterets. Ça grimpe sec et la faim me tiraille.



Je finis par m’arrêter à la cabane d’Arras, où un jeune chien de berger m’invite à lui lancer le bâton. Repas cheveux au vent, puis je finis par atteindre le col avant de redescendre sur Estaing. Les nuages obscurcissent le ciel et je prends une grosse averse, heureusement courte. Le temps de croiser une mère et ses deux enfants adultes faisant le chemin inverse, je serai au lac d’Estaing vers 15h30. De là, je me rends compte qu’il me faut marcher 3h sur le bord de la route pour rejoindre Arrens-Marsous.
La première bifurcation au cœur de la nature semble inaccessible à cause de chutes de pierre. Je finis par lever le pouce, rêvant d’une lessive et d’une bonne douche. Un couple de retraités originaire de Belfort, en vacances dans le coin, me dépose à Arrens, les hasards de la route m’ayant permis de suivre le GR10 à vitesse grand V. S’en suivra une petite bière en bonne compagnie.
J25 / De Arrens-Marsous au lac d’Anglas
D’Arrens jusqu’au col de Saucède, le chemin est le même que celui du Tour du Val d’Azun, emprunté en automne dernier. Pas de surprise pour moi et l’envie de planter ma tente comme la veille me taraude.
Du col de Saucède, je décide de prendre la route afin de marcher à niveau quelques temps. Je retrouve la bifurcation vers le col de Tortes qui est annoncé à 1h30. Je craque pour une pause déjeuner sachant que la montée avec le ventre plein sera plus dure.



Et ce fut le cas… Le chemin me semble interminable et la descente vers Gourette peu intéressante. Malgré mon manque d’entrain du jour, je décide de pousser jusqu’au lac d’Anglas, Gourette ne m’offrant rien de saisissant pour passer la nuit. Il est 15h et j’ai encore 700 m de dénivelé positif qui m’attendent. Je croise une foule de retraités qui m’encouragent. Les deux groupes qui s’arrêtent pour discuter me redonnent la dose de motivation nécessaire pour grimper.
Je finis par planter ma tente sur une pelouse resplendissante au bord du lac.
J26 / Du lac d’Anglas à Gabas
Je quitte le lac d’Anglas après une nuit réveillée par le vent. Je monte jusqu’à la Hourquette d’Arre qui m’offre une vue magnifique et la vision de 2 bouquetins. La descente du col est moins sympa avec un terrain glissant et un vent tellement fort que j’ai eu l’impression de sauter en parachute une seconde fois. Puis la descente s’adoucit et offre un chemin plat mais long jusqu’aux cabanes de Cézy, que je ne verrai guère car hors GR10. La descente reprend et la corniche des Alhas ne présente rien de percutant, mais marque le passage vers les Pyrénées Occidentales.



Arrivée à Gabas, je n’ai plus de jambes pour continuer jusqu’au lac d’Ayous, où je rêvais de bivouaquer depuis ma dernière escapade là-bas. Je prendrai le spot de bivouac pourri que m’offrira le village, sans vous cacher ma frustration ni ma déception.
Traverser les Pyrénées-Occidentales sur le GR10, de la corniche des Alhas à Hendaye
J27 / De Gabas à Etsaut
De Gabas, je longe la route menant à Bious-Artigue et y croise quelques vaches. Du lac, la route devient chemin et après 1 crêpe à la crème de marron, je croise un ancien du PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) et son chien d’avalanche « réformé » comme il s’amuse à l’appeler. Essayant de me rassurer, il me raconte que dans toute sa carrière, il n’a vu que 3 personnes foudroyées et me raconte les sommets parcourus d’antan.



Le chemin monte et je découvre le Pic du Midi d’Ossau en saison estivale, ainsi que le refuge d’Ayous au loin que j’avais vu sous la neige. Le sentier bifurque à droite pour monter au col du même nom qui m’offre une vue incroyable. Pause déj. avant de redescendre sur un chemin vallonné jusqu’à la cabane de la Baigt de St-Cours, dans laquelle je me serais bien vue dormir quelques jours. Heureusement elle est réservée au berger en période d’estive (jusqu’au 15 septembre) et je continue donc ma route jusqu’au fameux Chemin de la Mature.
Et là, c’est le drame ! Avec des cailloux qui font vaciller les chevilles, j’ai beau faire attention, la mienne y passe sous un soleil de plomb. Je finirai la route en boitant jusqu’au gîte d’Etsaut, dépitée et clairement mal lunée pour la soirée.
J28 / De Etsaut à la cabane d’Ardinet
Je quitte Etsaut vers 8h, grâce au réveil matinal de mes colocataires d’un soir, pour entamer une douce montée jusqu’au col de Barrancq. Ma cheville semble tenir le coup. Au col, il n’est que 10h30. Je continue donc ma route vers Lescun que je rejoins vers 13h30. Je refais le plein à l’épicerie et depuis hier, je n’arrête pas de me dire que la fin de la saison rend les commerçants peu aimables.



Après avoir mangé sur les escaliers de la mairie, je reprends mon sac pour le refuge de Labérouat. Espérant atteindre la cabane d’Ardinet pour la nuit, je croise une dame béarnaise à qui je demande si cette cabane est bien ouverte. Elle m’explique qu’habituellement c’est son neveu le berger qui l’occupe, mais ce dernier est descendu la veille dans la vallée. On fait un bout de chemin ensemble et elle me raconte que petite elle allait ravitailler son père berger à cheval et redescendait le fromage. Son fils a quitté son boulot dans le social pour suivre les traces de son grand-père, à sa grande déception. « Vous imaginez à plus de 45 ans ? Mais il me dit être plus heureux que jamais ».
La dame fait demi-tour, puis j’aperçois la cabane à la sortie de la forêt quelques pas plus tard. Pas le temps de la visiter, je me précipite comme une enfant sur la pelouse plate et verte, qui m’offre un spot de bivouac splendide pour la nuit. Je profite du petit torrent qui coule un peu plus loin pour remplir mon camelbag et faire mon brin de toilette du soir, avant de prendre le temps d’admirer la vue splendide à 360° sur les Orgues de Camplong.
J29 / De la cabane d’Aribet à Ste-Engrâce
J’exploite mon spot favori de bivouac jusqu’au bout puis je rejoins la cabane du Cap de Baitch, où se trouve un berger, pour bifurquer à droite. Ça grimpe tranquillement dans un paysage surprenant jusqu’au Pas d’Azun. Au Pas de l’Osque, pas de difficulté majeure, excepté le temps que je trouve long jusqu’à la Pierre-St-Martin. La station est moche mais je profite d’une pause au refuge Jeandel pour mieux repartir jusqu’au col. Du col, ça redescend jusqu’à St-Engrâce où je rejoins le gite en face de l’église pour planter ma tente.



J30 / De Ste-Engrâce à Logibar
Beaucoup de bitume en cette chaude journée. Heureusement que le petit cayolar ouvert me donne du baume au cœur pour une pause déjeuner. Il me rappelle la joie des cabanes ouvertes ariégeoises. Je sors reboostée de mes rêveries, pour atteindre le col d’Anhaou Kurutché. De là, c’est à nouveau de la route goudronnée puis ça redescend doucement en plein cagnard. Je manquerai d’eau à la passerelle d’Holtzarté et bivouaquerai au bord du torrent, sur un spot détenu par le gîte, qui a bien voulu me rembourser la chambre que je venais de prendre (après m’avoir accueilli de la plus désagréable des façons). Soirée en compagnie de GRdistes marchant dans l’autre sens.
J31 / De Logibar à Iraty-Cize
Je pars de Logibar de bon matin dans l’optique d’une belle étape mais d’une nouvelle journée chaude. À peine les quelques mètres de dénivelé avalé, le vent se met à souffler. Un vent d’ouest, preneur de tête mais aussi d’équilibre. Je lutte pour avancer sur les sommets ronds du Pays-Basque, jusqu’au col d’Ugatzé. Je verse quelques larmes de peur, et c’est toujours dans ces moments-là que d’autres randonneurs croisent ma route. D’abord ceux qui viennent de la forêt et m’inspireront un détour à l’abri du vent. Ceux qui me surprennent entrain de lutter dans un nouveau col (où j’aurais fait faire un saut de 2 mètres à une vache prise de peur). Ceux qui m’encouragent et me conseillent de mettre des cailloux dans mes poches pour passer le col du Pic des Escaliers.
C’est dommage, l’étape est belle mais je suis trop concentrée à essayer de rester en vie sur le sentier. Je réussis à faire une pause déj. juste avant ce col d’ailleurs, et une fois passé, les cols d’Iraizabaleta et Bagargiak arrivent vite et semblent moins agités. Petite glace au lait de brebis aux Chalets d’Iraty, le temps d’échanger avec un voyageur à vélo venu faire la traversée des Pyrénées avec sa copine. Je rejoindrai l’aire de bivouac mise à disposition par la commune d’Iraty, bien trop contente d’être encore en vie.
J32 / D’Iraty-Cise à St-Jean-Pied-de-Port
Dès que je pars, à 8h, le vent se lève à nouveau. J’appréhende déjà une nouvelle journée folle, à lutter contre un vent d’ouest pour grimper au sommet d’Okabe. Les paysages semblent lunaires, brossées par le souffle de la nature en continu. Pas d’arbres, seulement des herbes jaunies par le soleil. Le vent semble moins m’atteindre que la veille, avec les pieds un peu plus ancrés dans la terre. Et pourtant, passé le sommet et le site des cromlechs aux arc-en-ciels et chevaux galopants, je me retrouve à douter au col d’Irau. Dois-je prendre le risque de rejoindre les bordes d’Intzarazki dans des conditions météorologiques si violentes ? Ne serait-il pas temps de quitter le GR10 pour rentrer chez moi et me mettre à l’abri ? Je suis restée là 10 bonnes grosses minutes à lutter pour rester debout, tandis qu’une basque me regardait à l’abri de sa voiture, sans même me demander si tout allait bien…
Sur le GR10 en solitaire, on ne peut compter que sur soi-même. On aura beau se conter des histoires, on se retrouve seul face au vent, aux orages, à la nature dans toute sa splendeur. Seuls face à ses décisions.
Je prends mon courage à deux mains et repars. Le fait de rejoindre un chemin plus large me calme et je finis par arriver à Estrençuby pour la pause déjeuner, croisant de nouveau les cavaliers sortis de nulle part au niveau des bordes d’Intzarazki.



Le panneau annonce encore 4h de marche pour rallier St-Jean-Pied-de-Port que je rejoindrai vers 17h. La sensation de me retrouver au cœur de Disneyland Paris, à peine passer la porte Saint-Jacques est grande. Les touristes sont là, mélangés à ceux qui marchent sur le chemin de Compostelle. L’atmosphère montagnarde est loin et j’ai tout d’un coup du mal à trouver ma place. C’est une balade à l’heure du diner qui me réconcilie avec une ville pleine de charme, à la croisée des chemins.
J33 / De St-Jean-Pied-de-Port à St-Etienne-de-Baigorry
Journée tranquille aujourd’hui, annoncée à 6h de marche. Départ vers 8h30 après une nuit agitée, je profite de la montée jusqu’au Pic de Munhoa pour prendre mon temps. Le vent est encore présent mais son degré d’intensité a diminué.
Pause déjeuner cheveux emmêlés tout de même, avant de redescendre jusqu’à St-Etienne-de-Baïgorry, où je passerai la soirée au camping municipal en compagnie de Julien et Philippe.
J34 – J35 / St-Etienne-de-Baigorry à Bidarray
Je suis restée un jour de plus à St-Etienne, pensant éviter l’orage sur les crêtes d’Iparla, qui n’aura jamais lieu. Finalement il pleut ce matin. Je finis par partir à 9h avec ma tente mouillée sur le dos. Le temps est exactement celui que je craignais pour faire les crêtes : humide et brumeux.
J’avance un peu à l’aveugle jusqu’au col d’Harrieta. Parfois la brume laisse place à de douces couleurs automnales. J’ai suivi le couple à cheval toute la matinée. Ce sont bien les cavaliers rencontrés 3 jours plus tôt sous un vent de fou. Dans leur avancé, ils se retrouvent en sens inverse par erreur. C’était peut-être pour les guider que j’ai pris une journée de pause… eux qui viennent tout droit du Canigou, lieu où j’avais décidé de quitter le chemin quelques années plus tôt.



Vers 12h, le temps semble se dégager et j’avance jusqu’au Pic d’Iparla pour ensuite descendre vers Bidarray, où je passerai une soirée sympa en compagnie d’Arthur et Félix, qui font aussi le GR10 mais cette fois-ci dans mon sens.
J36 / De Bidarray au col des 3 fontaines
Je pars tôt de Bidarray dans l’espoir de rejoindre Sare en fin de journée. J’avance vite, espérant peut-être rattraper Félix et Arthur, partis 40 min avant moi ce matin. Je rejoins le col des Veaux, puis celui des 3 croix, où je décide de manger.
Dans ma descente pour Ainhoa, je discute avec deux bordelais venus pour le week-end. De Ainhoa, j’arrive à Sare en plein mariage et me motive à continuer jusqu’au Col des 3 fontaines pour passer une belle dernière soirée. À 19h, je découvre mon spot de bivouac du soir, magnifiquement choisi par Arthur et Félix, qui m’auront convaincu malgré la fatigue de pousser jusque-là. C’est exactement là que je voulais passer ma dernière nuit sur le GR10 : face à l’océan. Tout y est : des vaches meuglant de jour comme de nuit, un feu réchauffant mon âme en perdition avec le bleu du large, un nouveau gâteau basque à partager et des randonneurs qui ne savent vraiment pas ce qu’ils m’offrent en cette douce soirée.



J37 / Du col des 3 fontaines à Hendaye
Je quitte le col vers 9h, un peu avant Félix et Arthur. Ils finissent pas me rattraper mais m’attendent patiemment au col d’Ibardin, col que j’ai envie de quitter au plus vite. Toute la société de consommation s’y est donné rendez-vous ! Je n’en reviens pas et clairement dégoutée, je finis quand même par me dégoter un sandwich et le gentil serveur espagnol me remplit ma bouteille d’eau. Les gars sont partis, alors je continue ma route pensant les retrouver le soir.
Il me tarde d’arriver à Hendaye. Il ne me tarde pas d’arriver à Hendaye.
Mes émotions me submergent. Je ne sais plus trop où donner de la tête… alors je marche. Je finis par manquer d’eau et profite d’un bonjour sympa pour en demander. Le monsieur m’invite à rentrer dans son garage pour remplir ma gourde et me félicite presque les larmes aux yeux pour le chemin parcouru. « Vous savez je marche à la journée, mais je serais bien incapable de faire ce que vous faites ». Le voyant en habits de courses, je lui rétorque que je suis incapable de courir et il me dit qu’il n’a fait que prendre sa voiture pour ensuite monter à la Rhune, ce matin même.
Cette rencontre me fait réaliser que j’y suis presque… Hendaye finit par m’accueillir. 2 femmes et un homme attendent que j’arrive à leur portée pour me demander avec un grand sourire si c’est mon dernier jour. « Nous partons nous-même demain sur le GR10 ! ». Les larmes montent et je me retrouve devant 3 inconnus à refouler des sanglots de fierté et de tristesse, ravalant un « oui » à moitié prononcé. « Tu vas voir, tu as encore un peu de chemin, mais celui-ci est plutôt sympa ». Je les quitte pour rejoindre la Bidassoa qui me mènera jusqu’à l’océan. Les gens se promènent en cette fin de week-end, et j’avance tristement jusqu’à la fin du GR10.
La fin d’une aventure : celle de la traversée des Pyrénées sur le GR10
Puis rien. Il n’y a pas de foule escomptée pour m’encourager dans ces derniers pas. Pas de copain. Pas de famille. Pas d’amis. Pas d’épaule sur laquelle pleurer, ni de panneau devant lequel prendre un selfie et l’envoyer au monde entier. J’avais envisagé cette fin de la façon suivante : une plage déserte, moi courant vers l’océan, laissant mon sac derrière moi sur le sable, puis mes chaussures puis mes habits, plongeant délicieusement dans mon plus simple appareil, me délectant de l’eau salé sur mon corps meurtri par les kilomètres.
Rien ne se passa comme je l’avais imaginé. Je pris une glace puis avançais le plus doucement possible vers l’océan. Il était 17h mais la plage me semblait encore bondée. Je m’asseyais sur un rebord bétonné, avalant cette fin comme j’engloutissais la glace sucrée que j’avais emporté. Je me sentais seule et vide. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir faire maintenant que j’étais arrivée au bout de cette aventure ? Qui allait pouvoir me guider si ce n’était les balises rouge et blanche de ce célèbre GR10 qui avait bercé mes rêves pendant quelques années ? Ne devrais-je pas repartir dans l’autre sens pour aller prendre une photo à Banyuls et prolonger cet état de béatitude que nous offre la marche et les montagnes, malgré les coups durs, les chevilles abimées, les doigts cornés par nos bâtons de marche ?
Je décidais alors de troquer mes chaussures de randonnée pour un instant bref les pieds dans l’océan, avant d’entamer les 45 autres minutes de marche qui me ramènerait vers mon hôte du soir. Je m’éloignais doucement de la petite bière tant espérée avec mes camarades de ces derniers jours, pour passer la soirée à échanger avec un couchsurfer, prolongeant peut-être encore un instant ces souvenirs de voyages lointains que le GR10 me susurrait doucement lorsque tout allait bien.
Le GR10, finalement c’est quoi ?
Alors le GR10, finalement qu’est-ce que c’est à part un simple chemin de randonnée ?!
Pour tout vous avouer, je ne savais pas vraiment par quel bout le prendre cet article. Aurais-je dû vous partager mes étapes au jour le jour ? La sensation de mes pieds sur le bitume et les routes mal dessinées pour les randonneurs ? Le bonheur de gravir une raide montée pour s’offrir une vue sur la beauté des sommets ? La fierté de traverser les Pyrénées d’Est en Ouest, délaissant mes lunettes de soleil pour profiter du souffle venté sur mon visage ? Qu’aurais-je dû vous raconter ?
Mes peurs ? Celle de marcher sous l’orage, celle de manquer d’eau, celle de ne me blesser, de ne pas y arriver ? Ou ma rencontre avec des milliers de vaches, de brebis, quelques serpents, des nuages sous toutes leurs formes ? Le bruit de la pluie qui arrive ? L’odeur de sa trace lorsqu’elle s’efface pour laisser place à un doux soleil réconfortant ? La dureté des fougères cramées, cisaillant mes jambes non couvertes ? Ou bien… ces rencontres fortuites qui arrivent toujours quand on s’y attend le moins mais qu’on en a le plus grand besoin ? La richesse des discussions partagées avec de parfaits inconnus, qui se retrouvent finalement avec le même but : celui de marcher, d’avancer pour peut-être mieux se trouver ou essayer de comprendre pourquoi on en arrive là… à parcourir 922 km, agrémentés de 55 000 mètres de dénivelé positifs et négatifs.
Le GR10, ce n’est pas de savoir qui a le sac le plus léger, le nombre de kilomètres par jour avalé. Le GR10, c’est faire confiance, se laisser guider par un chemin tout tracé mais que l’on appréhende jamais vraiment sans l’avoir parcouru. Le GR10, c’est tout ça à la fois… et qu’est-ce qu’il est dur de le laisser derrière soi, une fois que la traversée des Pyrénées se finit. Heureusement il n’offre qu’une introduction à ce que les Pyrénées ont à nous offrir.
Pour préparer son GR10, je vous conseille le site de l’association, qui gère la cabane de Clarans : http://www.gr10.fr

Updated on août 20, 2025
La Ciudad Perdida : 4 jours de trek dans la jungle colombienne
La Ciudad Perdida m’avait été évoqué quelques semaines avant de partir sur mon voyage en Colombie. Un ami me parlait de ce trek mythique à la rencontre des populations locales, au cœur d’une jungle fournie au nord-est du pays. « Le Machu Picchu du coin » m’avait-il dit. Alors que je n’aime pas comparer les merveilles d’un lieu à l’autre, sa description avait éveillé ma curiosité. Après quelques recherches, j’avais signé pour 4 jours de randonnée au départ de Santa Marta.
Jour 1 : Premiers pas dans la Sierra Nevada de Santa Marta
Au départ de Santa Marta
J’émerge à 4h du matin alors que mon réveil sonne 3h plus tard… La joie des auberges de jeunesse ! Le jour s’est déjà levé sur Santa Marta lorsque mes yeux s’ouvrent pour la deuxième fois.
Petit-déjeuner. Chaleur matinale. Le yaourt servi sur le granola ne passe pas. L’appréhension ou la chaleur trop intense ? Une bouteille d’eau fraiche achetée et je me retrouve dans les bureaux de Wiwa Tours, attendant patiemment ceux qui seront mes compagnons de route.
Deux polonais débarquent. Vais-je tenir la chandelle de ce couple que je ne connais pas ? Nous partons pour 2h de route en direction de Palomina. Un peu d’attente sur l’autoroute, de nouveaux passagers, un bracelet rose autour du poignet et nous voilà, empruntant la route cabossée par les coulées aqueuses de la jungle. J’y retrouve une sensation de déjà-vu ivoirienne. Pourtant ici, tout le monde parle espagnol.
Première étape de la Ciudad Perdida
La première montée à 12h assomme. Mon corps sut à grosses gouttes et je pense alors que mes kilos engloutis lors de mon année au Canada vont fondre sur ces 4 jours. Mes peines de cœur y passeront peut-être aussi. Le terrain est facile. Moins, la chaleur qui assomme.
Heureusement à chaque pause, des boissons fraiches se disposent, la vue s’ouvre sur les reliefs contrastés par les aspérités météorologiques. Une pastèque se déguste avec plaisir et nos doigts se plongent dans un mélange de miel et cacao cru torréfié : un délice ! Petit coup de boost assuré avant de découvrir notre camp du soir, vers 15h, pour une douche froide, méritée.
Culture de la Sierra Nevada
Après le diner, agrémenté de poissons, pomedoro et riz, Carlos nous raconte que 4 peuples vivent sur le territoire de la Sierra Nevada : les Wiwas, les Arhuacos, les Kankuamos et les Kogis. Leurs positions géographiques dépendent du niveau de la mer, à l’image d’une pyramide dominé par les Kogis. Il suffirait de connaître la signification de leur nom pour savoir à quelle étage ils se trouvent.



Carlos, lui-même Wiwa, nous parle de son poporo qui lui a été attribué à son passage à l’âge adulte. Il n’y a pas vraiment d’âge précis, nous dit-il, cela dépendrait de chaque année/individu. En possession de son poporo, le jeune homme est prêt à se marier.
Plus tôt dans la journée, j’avais baragouiné quelques mots d’espagnol pour créer une connexion avec ce guide que je trouvais distant. Il était alors en train de mâcher des feuilles de coca, tout en tournant un bâtonnet autour d’une calebasse de couleur vert eau, jaune clair : son poporo.
En créant des mouvements circulaires avec le bois sacré, préalablement trempé dans une pâte blanche (venant de sédiments marins), il y dépose ses pensées. La calebasse finit par gonfler au contact du mélange de coca et de coquillages écrasés. Lorsque sa taille devient trop importante, on la laisse chez soi pour en emporter une autre, à l’image d’une méditation constante.
Je me sens mal d’avoir dérangé Carlos dans ce processus et décide de ne plus chercher ce lien qui ne viendra jamais. Vêtu de sa tenue blanche (représentant la pureté), il nous conte que ses cheveux longs sont associés aux rivières, tandis que sa langue maternelle feraient écho aux grondements du tonnerre.
Jour 2 : Au cœur de la jungle
Pas à pas au chant des cigales
Le jour se lève et le réveil n’a pas le temps de sonner. La lumière passe du orange au vert bleuté. Le petit-déjeuner s’avale rapidement et nous prenons la route à 6h.
Hier, la pluie a rendu le terrain glissant. Il va falloir s’accoutumer des pieds dans la boue. Le chemin a rétréci parmi la jungle enjouée. Le chant des cigales stridant nous accompagne tandis que nous jonglons avec les roches mouillées. Ça monte doucement puis ça redescend à mon plus grand malheur : il va falloir que je trouve un bâton.



Après 2h30 de marche, l’orée d’une pastèque fraichement coupée nous appelle avant de laisser les moustiques nous dévorer. Vite ! Nos jambes se précipitent dans la boue pour finalement se délecter de la fraicheur de la rivière, posée là telle une piscine naturelle. Nous rejoignons le campement pour le déjeuner.
Repus, nous arpentons le chemin qui s’élance dans la forêt. Les pieds zigzaguent à travers les cailloux. Ça monte, ça descend rapidement. La chaleur ralentit nos corps fatigués. Il nous reste la grosse montée. Les premiers mètres se font avec facilité. On laisse le guide à la traine, puis la cadence s’inverse. Tout à coup mon énergie se fait aspirer par l’humidité tropicale et les coups d’huile essentielle de menthe poivrée ne suffisent plus à me requinquer. Le rythme ralentit et la chanson de Curawaka (« Pacha Mama ») s’immisce délicatement dans ma tête, me donnant le dernier souffle avant l’orage.
Pas à pas sous une pluie tropicale
Un brin d’ananas dans l’une des atiendas locales et je couvre mon sac d’une poche poubelle d’un noir profond. Il nous faut affronter la pluie jusqu’au prochain camp. Je suis prête mentalement à me retrouver tremper. Ce n’est pas comme si chaque centimètre de mes vêtements étaient déjà teintés d’humidité. Nous avançons au couvert des arbres. Les gouttes passent parfois à travers le feuillage mais sont moins transperçantes qu’espérer. Le sol argileux s’épanche en légère coulée et je suis bien contente d’avoir demandé au guide un bâton pour ne pas glisser.
Tout le monde est parti devant. Carlos et les deux compagnons de route. Carlos l’interprète, lui, reste en retrait pour me laisser le temps d’adapter mes pas à la terre lisse et mouillée. Finalement, le camp se dévoile, caché au bord de la rivière. Nous sommes tous ravis d’engloutir notre diner, après notre douche quotidienne, cette fois-ci gelée.
Jour 3 : la Cité Perdue à perte de vue
Des marches par centaines
Le réveil est difficile ce matin. Quelqu’un a joué avec la lumière blanche de sa lampe torche. La nuit fut mouvementée et courte. Le départ à 6h se fait à reculons et pourtant c’est le grand jour !
Nous nous glissons sur la plage pour rejoindre le sentier étroit. La lumière matinale éclaire le vert croquant des arbres. Les marches commencent à se poser ça et là. Je sais qu’il va falloir en grimper 1200. Vue la taille des pierres, je ne sais pas si le compte est bon.
Se présentent enfin celles que l’on voit sur les photos. Je pose un pied instable, puis l’autre avec l’impression de marcher comme un hobbit avec le bâton de Gandalf : des pieds trop grands pour la petitesse des marches qui semblent glisser plus intensément au fur et à mesure de mon avancée.
Après 2-3 grosses montées, nous arrivons au pied de la Cité Perdue, aussi surnommée ‘l’Enfer Vert ». Nous ne tardons pas à comprendre pourquoi, entourés d’un nuage de moustiques affamés. Difficile alors de se concentrer sur les explications du guide.
Découverte de la Ciudad Perdida
Nous grimpons au fur et à mesure libre d’errer dans la Ciudad Perdida. Nous découvrons les pierres qui ont servi de carte dans le passé, ainsi que les espaces où se dressaient autrefois les lieux accueillant les cérémonies : un pour les femmes, un pour les hommes. Les cartes ressemblent à de gros menhirs plats, dressés à la verticale et incrustés de symboles.
La Cité Perdue aurait été construite par les Tayronas en 800 après J.-C., dont les Indiens de la Sierra Nevada seraient les descendants. Abandonnée pendant la colonisation espagnole, elle aurait été « redécouverte » par les pilleurs de tombe (« guaqueros ») dans les années 1970.
Cachée dans la jungle pendant une centaine d’années, elle était connue des populations locales. Nous rencontrons d’ailleurs le Mamo qui nous attache un bracelet blanc orné de perles autour du poignet, afin de guérir les maux que les plantes ne soignent pas (à l’image de la tristesse par exemple). Il est le chef des Kogis qui ont repris domicile au cœur de la Ciudad Perdida. Carlos nous explique que les leaders spirituels masculins représentent le soleil tandis que les figures féminines, appelées Saga, font référence à la lune.


Après cette rencontre, nous descendons au cœur de la 3ème partie de la cité, où un canal irriguait les habitations jusqu’à la rivière. Les marches de l’aller se retrouvent et nous regagnons le camp de la veille pour déjeuner. L’après-midi consiste à rebrousser chemin, descendant sur le sol orangé, espérant échapper à l’orage qui grogne au loin. Par chance, ce n’est que 3h plus tard que la pluie tombe, alors que je pose les pieds sur le sol bétonné du camp.
Une douche, un lit sélectionné et j’attends patiemment l’heure de manger, pestant intérieurement contre cette touriste qui fume sur le banc d’à côté. La nuit fut chaude, assommée par l’humidité ambiante.
Jour 4 : Dernier jour de trek au cœur de la Sierra Nevada de Santa Marta
Le jour se lève et il faut revêtir une dernière fois ces vêtements qui ne sèchent plus. L’odeur est devenue une habitude. La marche, elle, nous demande un peu plus de motivation. Les muscles fatigués s’étirent à chaque foulée. On continue à rebrousser chemin, pourtant ma tête a déjà tout oublié : le terrain glissant, les montées, les descentes. L’avantage ? Redécouvrir le parcours comme une première fois.
Je ne sais donc pas combien de kilomètres il nous reste à parcourir avant d’arriver au village. Carlos troque des feuilles de coca à chaque rencontre. Les appareils photos sont cachés lorsque nous traversons les villages des Kogis et je continue à m’émerveiller de pouvoir les croiser sur leurs terres, eux qui portent un lien sacré avec la nature, tant oublié par notre monde occidentalisé. Lorsque je découvre ces trois hommes, vêtus de blanc, assis sur des chaises en plastique en train de regarder Roland Garros à la télé, au milieu de la jungle colombienne, mes idéaux de touriste s’effondrent. Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.
Les montées nous prennent au mental tandis que les descentes fragilisent nos cuisses déjà bien échauffées. Surpris de l’ascension du premier jour, on avance étonnés de « tienditas » en « tienditas » jusqu’à retrouver le premier camp pour un snack express. Je profite d’une micro-sieste sur un banc. Moi qui pensait que ce trek de 4 jours serait « facile », le comparant avec ma traversée des Pyrénées, c’était sans compter sur la fatigue que procure ce climat loin d’être tempéré.
12h30, c’est le graal ! Il faut affronter le soleil que la forêt cachait jusque-là. Les forces me manquent pour écrire ces lignes… Le village est atteint. Nos papilles s’émerveillent du poisson et de notre premier riz de coco, avant de faire état de nos piqures. Alexandra a gagné une infection. Mes jambes sont couvertes sur chaque centimètres et nous montons dans la Jeep, bien décidés à passer par une pharmacie à notre retour sur Santa Mata.

Updated on juin 29, 2025
10 activités pour apprécier l’hiver à Montréal, à petit prix
Vous cherchez des idées d’activités pour survivre à l’hiver dans la ville de Montréal ? Ça tombe bien, j’en ai quelques unes pour vous ! Vous verrez, passer les mois les plus froids au Québec a toujours quelques choses de magique. Malgré, les chaussures tachées, les portes des métros lourdes à pousser, Montréal est pleine de charme quand s’en viennent les premières neiges ! L’hiver ici est une invitation à ralentir, à prendre soin de soi et à trouver des petits plaisirs hors de chez soi. Bon hivernage !
1. Patiner au parc Jean-Drapeau
Depuis l’Exposition universelle de 1967 et les Jeux Olympiques de 1976, le parc Jean-Drapeau à cheval sur le fleuve Saint-Laurent en a vu passer des évènements ! L’été, Piknic Electronic, Grand Prix de Formule 1, festival Osheaga agrémentent l’espace naturel du parc bercé par les eaux. Je garde un souvenir ému des sensations fortes de La Ronde, un parc d’attraction, partagées avec mes colocataires et de la visite de la Biosphère, décorant les cartes postales de la ville.
En hiver, les activités ne manquent pas à Montréal. En pleine semaine, on a même la patinoire pour nous tous seuls ! Munissez-vous de vos patins et profitez d’un espace bien entretenu pour vous exercer à la glisse. Sensations garanties et accès gratuit !
2. Skier le long du fleuve à Verdun
Lorsque j’ai emménagé dans le quartier de Verdun, on m’a parlé de sa plage et de ses chemins longeant le fleuve. On m’a même raconté que l’hiver, les gens sortaient leurs skis de fond pour profiter de la piste cyclable reconverti pour l’occasion. Au total, 21,3 km sur le sentier la Riveraine !
Je suis personnellement partie du chalet Arthur-Terrien, qui prêtent des skis de fond gratuitement le week-end (cette information date de 2025, n’hésitez pas à vérifier que c’est toujours d’actualité) ! La piste était sportive après les deux tempêtes de neige de mi-février, mais quel plaisir de découvrir un sport qui procure les plaisirs de la glisse, sans la peur des pentes raides.
3. Faire du co-working dans l’un des cafés de la ville
Depuis ma traversée des Pyrénées, j’ai commencé à écrire un livre. Le premier jet fut rapide, mais la période de réécriture a pris plus de temps que prévu. Travailler de chez soi n’est pas toujours une option pour moi alors je profite de l’ambiance chaleureuse des cafés de Montréal.
Matcha late, chai, mocha… les graines venues de Colombie, de Côte d’Ivoire ou autres pays tropicaux se conjuguent aux muffins, chocolatines (car oui les québécois ont tout compris !) et croissants aux amandes. Tous les cafés n’acceptent pas les ordinateurs mais en semaine, il est plutôt rare de ne pas pouvoir le sortir. Casque sur l’oreille, ce n’est pas toujours le lieu pour sociabiliser. Cela reste motivant d’être entouré d’autres travailleurs, avec musique de fond.
The Crew Collective est peut-être le lieu le plus impressionnant pour bosser et offre des lieux de conférences fermés à celles et ceux qui auraient besoin de calme. Pour ma part, je me rends dans les cafés du coin avec un petit coup de cœur pour Lili & Oli et Café Jardin.

4. Rester chez soi et regarder la neige tomber
Quand il neige, par contre, j’aime rester chez moi et regarder la neige tomber. C’est l’une des activités gratuites l’hiver à Montréal qui redore mon âme d’enfant. Je travaille sous un plaid, lis un bouquin ou décide simplement de ne rien faire pour me laisser happer par une douce mélancolie d’antan.
La magie des hivers à Montréal, c’est cette neige qui tombe encore quand les températures approchent les zéros degrés. Regarder les flocons m’apaise automatiquement et je me surprends à aimer appuyer sur pause pour laisser infuser le moment présent. C’est sûr qu’avec le changement climatique, les journées de pluie deviennent de plus en plus nombreuses. Mais je me laisse toujours surprendre par ces jours comme suspendus dans le temps.
5. Refaire le monde et peindre sur céramique
Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, se retrouver entre amies dans un café céramique invite tout un chacun à refaire le monde. On choisit son objet décoratif du jour et assis à sa table, on est libre d’opter les couleurs qui nous inspirent.
Pour ma part, j’ai choisi un porte encens aux allures de paresseux. Je n’ai pas peint depuis l’école et pourtant j’aime me prendre au jeu. Accompagnée par une boisson chaude et une amie rencontrée en Australie, nous refaisons le monde tout en prenant plaisir à la délicatesse de nos coups de pinceaux. Elle s’en va à la fin de la semaine et le lieu lui permet d’obtenir une cuisson rapide pour récupérer sa céramique. La mienne sera prête quelques jours plus tard.
6. Randonner au cœur du Mont-Royal
Dès que je suis arrivée à Montréal, j’ai grimpé les marches menant au belvédère du Mont-Royal. Prendre de la hauteur sur la ville m’a permis de faire le point sur les 17 ans qui séparaient mes deux visites. Le coin est rempli de touristes, et pourtant je trouve un coin tranquille pour profiter d’un bain de soleil.
L’hiver le Mont-Royal s’anime différemment et les pistes se recouvrent de neige. Ski de fond, patins, randonnées… les activités ne manquent pas lorsque les jours raccourcissent. J’aime m’y balader les lendemains de neige pour écouter celle-ci craquer sous mes pas. On a la sensation de se retrouver loin de la ville, sur cette montagne citadine.
7. Visiter un musée gratuitement
Cet hiver, l’une des activités que j’ai apprécié en redécouvrant Montréal, ce sont les musées. Gratuits tous les premiers dimanches du mois pour les habitants, j’ai pu en découvrir trois aux atmosphères différentes : le Musée McCord Stewart, le musée des Beaux-Arts et son mur de peluche ainsi que le Musée d’Art Contemporain de la ville. Le MAC, comme on le surnomme, consacrait une exposition à l’œuvre d’Alanis Obomsawin, chanteuse, conteuse, réalisatrice… Il serait difficile de décrire en un seul mot cette « artiviste » des droits autochtones et cette après-midi a regardé ses documentaires, aurait mérité des journées plus longues.
Au Musée McCord Stewart, j’ai eu un coup de cœur pour l’univers Inuit de Manasie Akpaliapik, qui utilise des os de baleine, bois de caribou ou ivoire de morse (décédés, bien sûr, à l’état sauvage) pour raconter l’histoire de son peuple. D’un côté, on se heurte à une tête de grand-mère dont les rides semblent dessiner toute la sagesse du monde. De l’autre, on découvre une tête de loup ou celle d’un hibou, dont l’esprit pour les Inuits accompagnerait les morts.
8. Participer à une Fresque du Climat
J’avais déjà participé à une Fresque du Climat à Toulouse, en France. J’avais bien accroché au format de découverte et au fait de se retrouver en petit groupe, entouré de gens partageant quelques valeurs communes. Alors quand une amie m’a parlé du Tiers-Lieux du Mont-Royal, je me suis inscrite à l’Atelier 2tonnes organisé cette semaine-là. J’étais surprise de voir que mon empreinte carbone était plus élevée au Québec qu’en France, dû à l’impact des services publics et étonnée de comprendre que le voyage en train n’était pas si écologique dans cette partie du monde.
Puis de fil en aiguille, j’ai découvert la Maison du Développement Durable qui organise régulièrement des soirées « complètement fresques ». On s’inscrit, se retrouve avec l’envie de partager une discussion et on repart avec des contacts, de nouvelles perspectives et un brin d’espoir pour le monde dans lequel on vit. D’autres initiatives de ce genre sont organisés un peu partout dans la ville. Il faut fouiller un petit peu pour trouver un évènement près de chez soi.
9. Profiter de l’art urbain, l’hiver, dans les rues de Montréal

Le street-art est omniprésent à Montréal. À chaque sortie, c’est comme si je redécouvrais une ruelle, un bout d’âme laissé sur le chemin. L’œil est attiré par la couleur lors d’une journée grise et les peintures sont les seules qui se distinguent clairement lors d’une tempête de neige, comme un phare au cœur d’une mer agitée.
Quand le temps est sombre et que le manque de lumière plombe le moral, admirer le street-art dans les rues de Montréal en hiver reste l’une des activités gratuites qui rebooste.
10. Sortir les crampons dans un parc régional
Le Québec compte 24 parcs nationaux, 4500 kilomètres carrés de parcs régionaux et pléthore de réserves fauniques. Il suffit donc de s’échapper de Montréal pour se retrouver rapidement en pleine nature. La plupart du temps, une voiture est nécessaire mais quelques options existent pour sortir de la ville en transport en commun. Je vous invite à lire l’article ci-dessous pour faire le plein d’idées de randonnées pour vos hivers montréalais.

Updated on février 27, 2025
7 randonnées hivernales au départ de Montréal
Installée en ville, les montagnes me semblent bien loin depuis que j’ai quitté les Rocheuses Canadiennes. Heureusement, à moins de 2h de Montréal, les randonnées hivernales ne manquent pas ! Que vous soyez en voiture ou en bus, il existe de nombreux itinéraires accessibles pour profiter de l’hiver. Crampons ou raquettes au pied, bien emmitouflée sous mes trois couches obligatoires, un bon thé chaud dans le sac, je pars affronter le froid mordant. Avec parfois des ressentis de -37°C, chaque randonnée hivernale autour de Montréal reste une bouffée d’air frais. Je vous emmène ?
Mont-Saint-Hilaire : y accéder en bus depuis Montréal
À 45 min en voiture de Montréal, le Mont-Saint-Hilaire se situe dans la réserve naturelle Gault de l’Université de McGill. Ce que j’apprécie avec cette randonnée, c’est que c’est l’une des rares à être accessible en transport en commun. Avec mes co-randonneurs du jour, nous nous sommes retrouvés à la sortie du métro de Longueuil, afin de prendre le bus 200 en direction de Saint-Hyacinthe*.
* vérifiez les correspondances, les trajets peuvent changer
Descendus au croisement Sir-Wilfrid-Laurier et Radisson, nous avons rejoint à pied la réserve naturelle pour emprunter le chemin en pointillé noir de l’accès Ozias-Leduc. Au croisement, nous avons pris à gauche sur le chemin en pointillé vert pour rejoindre le point de vue Dieppe, s’ouvrant au-delà des arbres à 371 m d’altitude. Si l’horizon est dégagé, vous pourrez apercevoir au loin les contours de Montréal sur cette randonnée hivernale.

Les 25 km de sentiers offrent des parcours multiples. Attention cependant à ceux réservés au ski de fond.
Mont Gosford : explorer les paysages hivernaux les Cantons-de-l’Est
Plus haut sommet au sud-est du Québec, le Mont Gosford et ses 1193 mètres apparaissent comme un incontournable hivernal. La neige était assez tassée pour que nous empruntions les 8,4 km avec nos crampons de randonnées. L’avantage des températures fraiches de ce dimanche-là, c’est que nous avions le chemin pour nous tous seuls.



En hiver, il faut d’abord marcher sur la route enneigée, avant de mettre le nez dans les forêts. Les arbres se couvrent progressivement de neige au fur à mesure que nous prenons de l’altitude. On oublie les mains gelées par les multiples pauses photos, le cœur réchauffé par des sensations enfantines et lointaines. Puis la neige se transforme en gel et la montagne se dénude jusqu’aux escaliers menant à la tour d’observation. De là, seule la couleur des toilettes semblent sortir de cette toile brumeuse. C’est à notre descente que le soleil transperce les nuages pour une vue sublime sur les monts parsemés de blanc.
Mont Mégantic : découvrir l’observatoire et les cabanes rustiques
Après une nuit au chaud dans l’une des cabanes rustiques de la Sépaq, nous empruntons le sentier tassé du Mont Mégantic. Aujourd’hui le soleil nous accompagne sur la montée, dessinant le contour des arbres recouverts de chantilly. Les doigts restent au chaud dans les moufles, chaque photo demandant de plus en plus d’énergie pour les réchauffer. On était prévenu : le ressenti du jour s’annonce à -37°C ! C’est sans doute pour ça que nous nous sentons, à nouveau, seuls sur les chemins. Les poils du nez se durcissent. Nos visages semblent avoir vieilli, entourés de cheveux blancs, givrés par la météo. On s’arrête de moins en moins jusqu’au sommet atteignant les 1110 m d’altitude.



Arrivés à l’observatoire, planté au milieu de la réserve internationale de ciel étoilé, le vent est si violent qu’il nous ait impossible de s’arrêter pour une pause mérité. Nous hésitons à continuer notre randonnée pour rejoindre le Mont Victoria et le Mont Saint-Joseph, mais le froid a raison de nous. Nous optons pour un aller-retour et je sors de mon sac des chauffes-mains avant de retrouver notre abri du jour. C’est sur la descente que je réalise que les cabanes et refuges du parc national du Mont-Mégantic portent le nom des constellations. Un petit feu et une sieste plus tard, il est temps de reprendre la route pour Montréal, après cette belle randonnée hivernale.
Mont Sutton : privilégier la randonnée en semaine
Nous sommes partis tard de Montréal et nous commençons la randonnée du « round top » vers 10h à la queue leu-leu. C’est la première fois que je me retrouve sur un sentier aussi fréquenté en hiver. La météo avait sans doute joué en ma faveur sur les autres randonnées à moins de 2h de Montréal. Si j’avais su, je serais venue beaucoup plus tôt ou en semaine. Impossible de se perdre ici : les panneaux indiquent la direction tous les 10 mètres. Rapidement l’ambiance féérique prend le dessus et les photos s’ornent de manteaux rouges et jaunes lointains.



Le froid me saisit plus facilement aujourd’hui. Sûrement la fatigue ! Mes coéquipiers ont revêtu leurs vêtements de ski et la pause déjeuner se fait entourer d’une foule admirant le point de vue. Tout le monde semble frigorifié. Il ne me faut pas longtemps avant de devoir me remettre à marcher. Il me tarde d’arriver… j’ai beaucoup trop froid. Mon ventre gargouille à l’infini. Heureusement le petit café du village réussit à me réchauffer les entrailles avec sa décoration cocooning.
Mont Ham : s’aventurer au cœur de l’hiver québécois
Nous prenons la route sous un ciel grisâtre. Pourtant la météo nous avait promis un peu de soleil. Arrivés à l’entrée du parc, un feu de cheminée attire mon regard. L’indécision trône entre les raquettes et les crampons. Nous embarquons les deux options sur le sentier de « l’intrépide ». Nos premiers pas nous mènent dans un lieu assez aménagé. Les panneaux à chaque croisement nous permettent d’avancer l’esprit tranquille jusqu’au sommet. On bifurque à un moment pour espérer enlever nos raquettes du sac, mais elles y resteront jusqu’à la fin de cette randonnée hivernale puis Montréal. Le vent souffle en haut du Mont Ham. Les éléments recouverts de neige se sont transformés en givre et nous nous abritons entre deux sommets. Mes mains congelées me permettent à peine de manger. Heureusement, très vite, le soleil s’invite. Repus, nous marchons sur « la panoramique » qui porte bien son nom, descendant doucement parmi les arbres pour rejoindre le départ et ses senteurs de feu de bois.



Mont King et Mont Condor: randonner en hiver entre deux monts
Cette fois, c’est vers les Laurentides que nous prenons la route de Montréal pour une randonnée hivernale. Juste avant le parc national du Mont Tremblant se trouve le parc régional Val-David-Val-Morin, notre stop du jour. Munis de nos crampons, nous suivons le chemin réservé aux randonneurs qui serpente à travers la forêt au départ du chalet Anne-Piché.

Sur les premières minutes, nous avançons doucement derrière un groupe puis les opportunités de parcours nous séparent. La neige tassée au début s’enfonce à mesure que nous progressons vers le Mont King. Nous sommes partis après la tempête et je regrette vite de ne pas avoir pris les raquettes. Les 6 km de randonnée et le peu de dénivelé sont finalement suffisant pour profiter d’un bol d’air frais. Nous jouons les équilibristes, tournant un coup à droite, un coup à gauche. Nous devons parfois traverser les pistes de ski de fond que j’aurais bien arpenter ce jour-là. À chaque fois que mes pieds s’enfoncent, je replonge inexorablement au cœur du parc d’Abel Tasman où le sable me demandait un effort soutenu pour avancer seule face aux éléments.
Mais je ne suis pas seule aujourd’hui et après une pause pique-nique avec une vue dégagée, le chemin du retour se fait rapide. Nous nous retrouvons vite au chalet en début d’après-midi. Nous décidons alors de partir à pied vers Val-David pour nous trouver un charmant café. Le Général Café fait bien l’affaire, avec son allure de petit chalet. D’ailleurs, si vous avez froid, n’hésitez pas à goûter leur chocolat chaud épicé. Réchauffement immédiat garanti !
Mont Giant : marcher de l’autre côté de la frontière
C’est en parcourant les groupes de randonnées hivernales au départ de Montréal, que je découvre les Adirondacks. 46 sommets se présentent comme accessibles dans l’état de New York. Il faut donc traverser la frontière pour rejoindre le départ du Mont Giant. Le passage se fait rapidement et j’appréhende un peu les 918 m positifs de dénivelé que je vais devoir gravir pour atteindre les 1410 m d’altitude au sommet. Les randonnées hivernales dans les Hautes-Pyrénées m’ont pourtant bien entrainé, mais les kilos pris depuis mon expatriation et le peu de dénivelés offerts par les monts entourant Montréal me font douter.
En dehors de quelques passages abrupt gelés, la montée s’offre progressive. L’avantage de prendre de l’altitude, c’est que la vue se dégage rapidement. Les montagnes se rencontrent pour un panorama époustouflant de dégradés. Du bleu profond au gris plus clair, les contrastes offrent les profondeurs de champ qui me manquaient tant. Le cardio se réchauffe sur le Ridge Trail et les 9,5 km semblent si faciles par rapport à ce que j’anticipais. Le corps n’oublie pas et j’espère déjà revenir parcourir la Keene Valley.



Pour toutes les randonnées au Québec, il faut s’acquitter des droits d’accès. Chaque parc a sa tarification unique. Vous pourrez soit payer en ligne, soit directement auprès des agents à côté du parking au départ des randonnées. Bon plan: le programme « tout le monde dehors » vous permet d’obtenir un accès gratuit à certains parcs régionaux. Pour se faire, inscrivez-vous au plus tard la veille et présenter vos droits d’entrée aux agents du parc choisi. N’oubliez pas de bien vous couvrir (système 3 couches) et d’embarquer vos crampons et/ou raquettes selon les conditions de neige. Bonnes randonnées !

Updated on décembre 29, 2024
Rocheuses canadiennes : un été rythmé par les randonnées
J’ai mis du temps à les aimer ces montagnes. Nues, escarpées… j’avais du mal à en épouser leur forme. Étais-je encore mélancolique des Pyrénées ? Puis j’ai eu la chance d’y travailler tout l’été et les Rocheuses canadiennes sont devenues un terrain de jeu d’excellence. Retour en image sur ces randonnées qui ont marqué ces derniers mois.
Boucle autour du Lac Louise : un classique des Rocheuses canadiennes
C’est officiellement l’été lorsque j’emprunte le chemin qui mène du lac Louise au lac Agnès, au cœur du parc national de Banff. J’ai pourtant récupéré au passage les crampons d’une amie. Le sentier en gravier est très fréquenté mais certains morceaux sont encore recouverts par la neige. Après une bonne grimpette en doublant la foule, je m’éloigne un moment pour rejoindre « little beehive« , un petit sommet qui offre une vue sur le célèbre lac si l’on cherche un peu. J’en comprends mieux les beautés. Je continue de prendre de la hauteur pour découvrir le panorama qui se dégage du « big beehive ». Le point de vue est encore plus majestueux et la couleur irréelle du lac s’observe enfin.



Je n’ai pas encore envie de redescendre. La journée est fraiche et je décide de pousser un peu vers la plaine des six glaciers (« the plain of 6« ). J’emprunte un chemin plat en solitaire et rejoint la dernière montée, glacée. Il y a eu du passage mais les traces de pas me guident sur le pierrier. J’arrive à la maison de thé. Ils ont ouvert la veille et me proposent d’entrer. Il est déjà tard. J’en profite pour questionner la serveuse sur son métier. Dormir dans une petite cabane, coupée de tout, me vend du rêve. J’avale rapidement mon chocolat chaud et propose de redescendre quelques poubelles, avant de me perdre sur le chemin du retour, en suivant bêtement les randonneurs devant moi.
Little Lougheed : petit sommet dans les Kananaskis
Je connais déjà cette route qui mène jusqu’au départ du sommet Ha Ling. Je l’ai faite au printemps dernier alors que je venais d’arriver dans les Rocheuses. Il faut un peu de patience sur cette route non goudronnée, mais le Spray Lakes Reservoir nous invite toujours à contempler ses belles couleurs. Arrivés au départ de notre randonnée du jour, on s’engage dans la forêt. La petite rivière que l’on longe me ramène tout droit en Tasmanie sur l’Overland Track, lors d’une journée de pluie. Le sentier grimpe doucement sous les pins que l’on quitte pour du pierrier. La pente s’accentue et je laisse mon co-équipier à quelques mètres du sommet pour le gravir en solitaire. Personne à l’horizon !



Lac Elbow : deux jours dans l’arrière-pays
Le couchsurfing me permet encore de faire de belles rencontres. On se retrouve avec M. sur le parking du supermarché de Canmore. J’ai trouvé un covoiturage à la sortie du boulot au départ de Lac Louise. Le timing est parfait… car j’ai encore quelques affaires à ranger. On s’est décidé au dernier moment avec M. et ce soir, on monte le camp au camping du Lac Elbow. La route est encore longue à partir de Canmore et on finit par marcher de nuit sur le large chemin menant au lac. Il est 23h, on arrive à minuit.
On monte la tente parmi les places désertées par les autres campeurs et on s’accoutume à laisser notre nourriture dans les casiers attitrés. Ils sont loin des tentes et il ne faut rien oublier. Le dentifrice, la crème solaire… j’y glisse les produits qui pourraient attirer les ours dans ces abris de métal. Le matelas gonflé, M. me laisse son sac de couchage car je ne suis pas équipée. J’ai tout laissé en France, pensant que la vie citadine me conviendrait ici.
Lacs Tombstone et grizzli
Le réveil se fait lent et on décide de s’aventurer vers les lacs Tombstone à quelques kilomètres de là. La chaleur d’un mois de Juillet dans les Rocheuses canadiennes prend le dessus. L’avancée se fait à pas lourds et on finit par se glisser dans les eaux du premier lac. Le deuxième nous accueille pour une pause photo avant de rebrousser chemin vers notre campement.
M. me fait sourire avec son équipement. Bombe à ours à droite et couteau à gauche. On avance parmi les feuillages papotant gaiement. Alors que nous empruntons un sentier entre les arbres plutôt serrés, un grognement nous arrête net. J’aperçois la tête énorme d’un grizzli en train de nous charger ! Ma vie n’a pas le temps de défiler. J’accepte la mort, satisfaite d’avoir rempli mes années d’existence, d’expériences inédites. M. a déjà dégainé sa bombe à poivre. J’essaie désespéramment de saisir la mienne, calée sur le côté de mon sac. Je veux m’écarter du chemin mais M. a pris le seul spot disponible… alors je tourne le dos au grizzli me sauvant de peu de la bombe à ours dans les yeux. Cependant mes poumons accusent le choc et tout en rigolant de la situation, je m’étouffe pendant des minutes éternelles.
M. me raconte que le grizzli est parti avec ses petits. Après avoir repris mon souffle, nous continuons notre randonnée en parlant plus fort pour nous donner du courage. Cet échange bloque mes pensées et nous nous remettons doucement de nos émotions sur le trajet retour.



Glacier Rae et ombrage
La nuit est agitée et le réveil difficile. La chaleur s’est engouffrée dans la tente et on hésite à partir randonner. Je propose de prendre la direction du glacier Rae et à notre belle surprise, le sentier est ombragé. On grimpe doucement en suivant un cours d’eau, dont on apprécie la fraicheur salvatrice. Petite pause au lac avec le glacier en ligne de mire, et cette randonnée estivale dans les Rocheuses canadiennes prend fin.
Takkakaw, Iceline et lac Emerald : les joyaux du parc national de Yoho
Cette fois-ci, je me laisse embarquer par deux collègues : « Lucie, ça te dit un petit tour sur la Iceline en dormant une nuit à Little Yoho ? ». Difficile de ne pas parler franglais quand on vit du côte anglophone ! J’emprunte un sac de couchage, je mets deux-trois victuailles pour une nuit en cabane et c’est parti pour du covoiturage. Au départ des chutes Takkakaw que j’ai longtemps recommandé sans en avoir vu la couleur, on marche sur un sentier presque plat en direction des « Laughing falls ». Le temps est plutôt couvert.



On emprunte la vallée de la Yoho jusqu’aux chutes twins. La Whaleback nous ramène vers la rivière Little Yoho que l’on suit jusqu’à notre abri du soir. À peine arrivées, les gouttes grossissent et on doit utiliser nos trois cerveaux pour ouvrir la porte. Le lendemain, le soleil est de la partie. On s’engouffre sur la iceline, nous offrant des paysages lunaires. Lacs d’un blanc laiteux, glaciers à perte de vue… on avance sur un sol sableux. On regrette presque notre petit détour jusqu’au lac Céleste. Il faut remonter la pente après le déjeuner ! Finalement, le pas rythmé, on atteint le point culminant de la randonnée avant de la prolonger jusqu’au lac Emerald. Le cocktail d’arrivé est alors bien apprécié.
Tent Ridge : panorama d’été sur les Rocheuses Canadiennes
C’est reparti pour les Kananaskis ! C’est vraiment un coin que j’adore, loin de la foule et du tourisme de masse, avec quelques randonnées pleine de challenge. Je m’engage sur Tent Ridge avec une collègue. C’est mon premier « scramble » dans les Rocheuses Canadiennes et je n’en comprends pas encore la définition. La vue est splendide sur le lac Spray au loin. Le ciel semble rempli de fumée, bouchant un peu les beautés matinales. La crête se dessine doucement et après une bonne marche dans la forêt, je me rends compte de ce qui nous attend. On grimpe légèrement avec les mains. Le sentier étant bien dessiné, il parait plus imposant de loin. D’en haut, les épineux et la roche dénudé s’affirment, offrant des contrastes saisissants sous les nuages menaçant. On zigzague sur la boucle de crête, puis on termine la journée autour d’un diner dans ma ville préférée : Canmore.



Stanley glacier, Paints Pots et Marble Canyon : 3 courtes randonnées dans les Kootenays
Je me suis portée volontaire pour une journée à Stanley Glacier. Parks Canada propose des randonnées guidées qui nous emmènent à la découverte des « Burgess Shells » ou schistes de Burgess, de rares sites qui contiennent les meilleurs fossiles d’animaux de Cambrien au monde.
Après une courte marche en forêt, on rejoint les roches et la vue sur le glacier, où une chasse aux fossiles est lancée. Ici, tout doit être remis à sa place. On se prend rien du parc national et le guide nous raconte l’histoire de ces fossiles, vieux de plus de 500 millions d’années, témoins de l’un des premiers écosystèmes marins.



En route vers le Lac Louise, d’autres randonnées méritent le détour à l’image des Paints Pot et Marble canyon.
Circle Peak : un mix de couleurs
Circle Peak est considéré comme un autre « scramble ». J’en déduis que les randonnées qualifiées de la sorte nous amènent sur des terrains dégoulinants de cailloux ou devant de gros rochers, où l’usage des mains est souvent nécessaire.



Il est 12h quand nous atteignons le parking, situé sur la route des glaciers. On se dit qu’on pourra toujours s’arrêter en chemin à Helen Lake et voir si on décide de continuer. Je me connais… Arrivés à Helen Lake, j’en profite pour avaler un sandwich, admirant la montée qui nous attend. Le circle peak se présente droit devant nous, orangé. Le sommet parait friable et je sens que la montée ne va pas être de tout repos. Je n’ai pas de jus aujourd’hui. Pourtant on finit par atteindre ses 2993 m et les couleurs me ramènent au cœur de Gavarnie. Lacs bleus, terre presque ocre… les dégradés s’accumulent sur cette vue à 360°. J’appréhende la descente qui se déroule, finalement, tout en douceur. Arrivés au parking, il nous reste encore une heure avant la nuit.
À la fin de l’été, j’avais encore quelques randonnées inscrites à ma liste. La météo, les feux de forêt de Jasper, le manque d’équipement resté en France m’ont limité dans ma découverte de ces montagnes imposantes. J’ai fini par doucement en tomber amoureuse et j‘espère y retourner, ne serait-ce que pour les vacances.
Et vous, une envie d’aventures dans Rocheuses, en Alberta ?