Elle s’appelait Colombia

Il y a des destinations qu’on n’avait pas prévu. Celles dont l’idée se glisse quand un ami rentre chez lui sur le même continent. L’hiver à Montréal qui se fait un peu trop long. Une date butoire de déménagement. Comme je n’ai jamais su faire les choses à moitié, j’y suis allée pour un sourire. Je crois qu’avec ma vie, on pourrait en écrire des livres.

Bogotà, introduction à la Colombie

Baragouinage

Mes billets sont pris. Un coup de tête. C’est comme ça qu’on appelle les décisions de dernière minute qui se prennent 3 jours avant le départ. Quelques textos échangés… la Colombie va-t-elle tenir ses promesses ?

Mon envol prend une heure de retard. Peut-être qu’il vaudrait mieux que je reste. Je n’ai officiellement plus d’appart. Va-t-on partir ? Les questions se bousculent dans ma tête, avec la certitude que quoi qu’il arrive je rebondirais sur mes pattes telle une déesse féline à poil noir. Les messages grésillant dans les hauts-parleurs me semblent incompréhensibles. Je n’ai pas pratiqué mon espagnol depuis les bancs du lycée. Je regarde les passagers interloqués : ce n’est pas mon niveau rouillé. On roule. Les ailes se déploient. Je me dis que j’aurais du rester à Montréal.

Après une nuit sans sommeil, je découvre Bogotà sous les nuages. Ce n’était pas prévu dans mon plan initial. Finalement ça tombe bien ! À peine arrivée, j’ai une visio qui m’attend. Sur les conseils de mon hôte, je prends un Uber à quelques pas de l’aéroport. Difficile de se retrouver dans les méandres des sorties. Avec un peu de patience, j’arrive au nord de Chapinero.

Je baragouine mes premiers mots au portier. Puis, il ouvre la porte.
Il est l’heure de faire une sieste et de me préparer : l’ambassade de France de Vancouver m’attend.

L’entretien passé, je respire. Un peu…
Je suis toujours chez ce grand brun aux yeux pas bleus.

Temps maussade

La pluie se déverse dans les rues de Bogotà. Pourtant je suis encore sur mon petit nuage.

Après une matinée au ralenti, j’ai pris la route de Monserrate. « Ne monte pas à pied », m’a-t-il dit. Pourquoi l’avoir écouté ? Soit-dit en pensant j’ai aussi pris le téléphérique à la descente de peur de glisser sur les pavés mouillés. La cage vitrée s’élève rapidement. Bogota s’étend sous mes yeux, bordé de montagnes verdoyantes, à 3 152 mètres d’altitude. Au sommet, je m’abrite au cœur de la basilique, construite en 1925, le temps de laisser passer l’averse. Les couleurs changent et les nuages accentuent l’horizon. Je déambule rapidement à travers les boutiques de souvenirs, à l’image d’un Lourdes religieux. J’ai hâte, hâte d’explorer le centre.

De là où m’a laissé le taxi, je continue à pied. L’envie de déambuler au hasard. J. m’a dit de faire attention. Je n’ai pas les codes. Alors j’écoute les conseils de l’habitant du coin. Mon instinct, lui, pense qu’il exagère.

De Monserrate, je passe près de l’université et je me retrouve à suivre des petits chemins de parcs en parcs. Le soleil est de la partie, éclairant gaiement les grafittis. Les nuages grossissent, alors je m’arrête au musée del Oro, réputé pour être magnifique. Puis de la place Bolivar, je tire au sud jusqu’au musée Santa Clara.

Coup de cœur pour Botero

La veille, j’avais pris l’après-midi pour humer l’air de la capitale colombienne. Sans pression, je m’étais avancé vers le musée Botero, gratuit, sans savoir ce qui m’y attendait. Je ne connaissais pas cet artiste colombien à la fois peintre et sculpteur. Né en 1932, Fernando Botero s’inspire de l’art précolombien et populaire qu’en 1957, après s’être cherché pendant ses études et ses séjours en Europe. Sa Nature Morte à la mandoline marque un tournant dans son style affirmant des formes rondes et décuplées, qui le rendra célèbre. C’est cela qui m’a particulièrement touché chez l’artiste. On se retrouve devant un chat bien plus gros que d’ordinaire, des personnages aux expressions stoïques mais grassouillets, une Joconde plus ronde que l’originale. Pas d’appel à la grossophobie, mais à une mise en perspective différente. Un moment plein de bonne humeur, suivi par le déluge ralentissant l’arrivée de mon taxi retour.

Je ne savais pas encore que je passerais mes soirées en solitaire et partirais frustrée de Bogota. Pas un brin de salsa au Galeria Café Libro recommandé par mon chauffeur du jour, ni de marche dans le quartier Quinta Camacho. Pas de dimanche à bruncher au cœur d’Usaquen que l’on devait rejoindre à vélo, les grandes artères étant fermées aux voitures chaque fin de semaine. C’est finalement à travers les fenêtres de mon taxi que je verrais les bogotanais profiter de ces moments en famille, pour ralentir, prendre possession de la ville et se créer des souvenirs.

Au nord, sous un ciel de caraïbes

Mon arrivée à Carthagène se fait en douceur, quoi que la ville a revêtu ses teintes tropicales. De 14 à 35 degrés, le coup de barre a sonné. J. vient me chercher à l’aéroport… peut-être pour se rattraper des derniers jours. Il m’emmène au cœur de Bocagrande où je suis censée passer la semaine. On est loin du charme de la ville portuaire que j’avais imaginé parmi les grands bâtiments élancés.

Je chille sous le ventilateur, assommé par la météo lourde de ce mois de juin. La mama débarque un jour plus tôt. Je venais à peine d’apprendre son arrivée. Je retarde la rencontre. Qui pourrait faire une bonne impression sans aligner deux mots d’espagnol ? Sauvée par le gong, le diner du soir au restaurant me laisse sans voix.

Découverte de Carthagène

Pour mon premier jour officiel dans la vibrante Carthagène, une visite guidée « gratuite » teintée d’humour comme je les aime, m’emmène à travers la vieille ville jusqu’au quartier de Gestemani. Il fait chaud aujourd’hui encore. Les couleurs ravivent mon cœur teinté d’illusions et j’erre de la Torre del Reloj, à la place de Bolivar avant de traverser le parc Centenario pour rejoindre la place de la Trinidad.

Grand port de l’empire colonial espagnol dès 1550, Carthagène est une étape privilégiée entre la métropole, le Mexique et le Pérou. C’est d’ailleurs de la ville que partent les conquistadors en quête de l’Eldorado… Véritable porte d’entrée des Andes et lieu stratégique, elle attise la convoitise anglaise et française. Dès 1586, les Espagnols profitent des défenses naturelles qu’offrent les nombreux chenaux de la baie pour édifier une enceinte autour du port. Classé depuis 1984 au patrimoine mondial de l’UNESCO, l’imposant Castillo San Felipe de Barajas rappelle inlassablement l’histoire de la ville, signant la défaite des anglais et la fin des ambitions britanniques en Amérique du Sud. Surnommée depuis l’Héroïque, Carthagène des Indes a été la première province à s’auto-déclarer indépendante de l’Espagne le 11 novembre 1811, ouvrant la voie à tout le continent.

Le soir, c’est le bord de mer qui m’accueille avant de rejoindre la mama pour un diner dans une pizzeria

Direction Santa Marta

J. doit participer à un congrès de 3 jours et m’annonce un week-end anniversaire à Bogota, où je ne suis pas conviée. Il est temps de prendre la route pour Santa Marta et jouir d’une certaine liberté.
Déposée au bus le matin, je sieste sur les cinq heures de route qui m’attendent. C’est sans compter sur mon voisin de siège, un américano-mexicain, qui a la conversation facile. On parle des heures de tout et de rien et je me retrouve à ré-apprécier le voyage, à lâcher prise sur mes derniers jours et à profiter des dernières heures du jour pour le suivre. À peine arrivés à Santa Marta, on grimpe dans un taxi pour Taganga.

On s’offre les meilleurs jus du monde. Mon compagnon de route barbote dans l’eau alors que le soleil se couche. Je suis sur mes gardes quant à ceux qui m’entourent. Deux américaines nous rejoignent et on passe la fin de journée sur la plage, face à ce petit village de bord de mer. Elles nous encouragent à prendre le bus local et des souvenirs joyeux de Côte d’Ivoire remontent à la surface. L’air qui s’engouffre par les fenêtres inexistantes permettent d’apprécier la température chaude de ce mois de Juin. À Santa Marta, on tarde à se retrouver pour le diner du soir… du poisson frais, des patacones (banane plantain)… Je dois les abandonner alors que la soirée défile. Mon réveil sonne tôt le lendemain.

Un trek pas comme les autres

Vous pensiez que j’étais seulement venue pour une belle rencontre ? Vigilante, je m’étais noté ce trek au cœur de la jungle colombienne. Peut-être une excuse… Une échappée en solitaire pour me préserver. Un joli pied-de-nez à celle que j’étais à mon arrivée. La preuve intangible que j’ai la tête sur les épaules et les pieds bien ancrés. Qui sait…

Parcourant des terres indigènes, cette randonnée de 3 à 4 jours est seulement accessible via des tours-opérateurs. Le prix est élevé. Il est temps de se lancer. L’agence choisie me donne rendez-vous dans son bureau à deux pas de mon auberge de jeunesse. J’y suis passée la veille pour tout régler. Et bien, ce matin, on n’est pas pressé. J’attends le départ, vu qu’ils organisent le transport jusqu’au parc. Les gens montent en cours de route pour nous laisser quelques minutes plus tard. À la fin nous ne sommes plus que 5 et le chauffeur.

Une bien belle aventure nous attend. Humide et pleine de piquant !

Minca et tourista

Après 4 jours de trek, on s’attendrait à ce que je me repose. Réveillé automatiquement à 6h (à croire que les sorties en nature me transforment toujours en lève-tôt), je me dis qu’il serait dommage de trainer dans un hamac toute la journée. Me voilà dans le bus local pour Minca. Une heure de trajet plus tard, à la vue de la météo, je tente de rejoindre la cascade Oido del mundo, malgré les gros nuages foncés au loin. Ce n’est pas une petite pluie qui va atteindre ma motivation aujourd’hui, même avec l’ensemble de mes affaires sur le dos. À croire que les 60 km avalés ces derniers jours n’ont pas suffit à me faire appuyer sur pause.

Une cascade et une glace

À l’arrivée, je me surprends à tenir une conversation en espagnol avec ceux qui veulent me faire payer l’entrée. Apparemment ce n’est plus gratuit depuis le mois d’Avril. Ils ne lâchent pas le morceaux et je finis par sortir le porte-monnaie malgré mon incroyable adaptation soudaine. 5 min de descente pour rejoindre la belle cascade qui m’invite à la baignade. L’eau me nettoie de ma marche mais je ne reste pas très longtemps. Je dois encore rejoindre mon auberge avant la nuit que j’ai choisi en hauteur pour ses fabuleux coucher de soleil.

De retour au village, je tente une glace délicieuse avant de m’élancer sur la montée des marches. Arrivée en haut, la vue est belle et l’ambiance cosy à la Casa Loma. Je m’abandonne sous la douche froide, m’installant ensuite sur les sièges confortables. Le coucher de soleil ne viendra pas et mon burger vegan du soir a un goût à me faire vomir mes entrailles. Je me dis que c’est surement l’espèce de pavé au pois chiche qui sort de l’ordinaire… malheureusement le réveil et mon ventre gargouillant me donneront tord. Je suis ravie de quitter cette auberge où je n’ai fermé l’œil que très tard, bataillant avec une jeune anglaise pour la lumière et son sac. À mon réveil matinal, tout ce qui m’inquiète ce sont les 5h de bus qui m’attendent pour un retour à Carthagène, sans toilettes…

Détour à Carthagène

Je retrouve les buildings sans âme de Bocagrande et l’ambiance chill de la maisonnée. La sœur est partie me laissant sa chambre, J. bosse dans la sienne et la mama s’accommode de ses telenovas et ses heures de conversations au téléphone.

Je visite le château San Felipe de Barajas à la fraiche, me ramenant bizarrement au Ghana. Peut-être parce qu’il a été construit par quelques un des 600 000 esclaves d’Afrique, qui furent envoyés dans les plantations et les mines d’or et d’argent de cette région du nord. Du 16ème au 18ème siècle, Carthagène est une plaque tournante de la traite négrière. Si Palenque de San Basilio, à deux heures de route de là, attire aujourd’hui les touristes, c’est parce qu’il fut l’une des terres d’accueil des esclaves fugitifs et témoin en 1713 de la première communauté noire libre des Amériques.

Café et amitié

Je décide de longer la mer pour rentrer… au bord de la route principale, parfumée des pots d’échappement. Mes compagnons de la Ciudad Perdida sont dans les parages et on se retrouve pour un café bien corsé, heureux de sentir à nouveau bon. Ils m’avouent avoir enfermé leurs affaires de trek dans la valise qu’ils n’ouvriront plus jusqu’à leur retour en Suisse. De mon côté, j’ai tout passé à la machine… même mon sac. J. a dû s’accommoder de mes odeurs de chaussures, ce qui ne l’a pas empêché de m’accompagner sur mes deux dernières soirées carthagènoises. Pas de salsa, mais un roof top sympa avec une piña colada à tomber par terre, une autre ambiance dans un bar extérieur et une fin de soirée à la colombienne, en mode karaoké et enterrement de jeunes filles. Nos rires sont là… pas aussi fluides que nos premières fois.

La météo n’est pas au beau fixe depuis mon retour. Mon idée d’exploration des îles du Rosaire est littéralement tombé à l’eau. Au fond ce voyage en Colombie ne suit aucune logique, en dehors de vouloir passer du temps avec J. Me voilà donc, à nouveau, en route pour Santa Marta.

Retour à Santa Marta

Si je devais absolument finir mon voyage ici, c’est à cause du Parc national de Tayrona. Fermé deux semaines en juin (mais aussi en février et octobre) pour laisser souffler la nature et respecter les rituels spirituels des peuples autochtones, j’avais fait en sorte de me garder deux jours d’ouverture pour le découvrir.

Une rencontre couchsurfing me fait passer la nuit à l’auberge/hôtel de Bohemia Beach. L’hasard fait bien les choses et j’en profite pour ralentir. Le gérant, français, me dit confiant : « tu vas avoir la queue aux portes du parc et ce ne sera pas agréable ». Ce n’est pas le premier à ne pas me recommander Tayrona, affirmant qu’il y a bien d’autres merveilles naturelles à proximité sans aller payer ce parc naturel surpeuplé. Il me conseille néanmoins de me faire déposer à Calabazo pour rejoindre Cabo San Juan via l’ouest.

Fatiguée et peu prête à faire les 4-5h de marche recommandée avec mon sac de voyage, je pars en taxi-moto à l’aube pour arriver à l’ouverture, à l’entrée la plus connue : El Zaino. Quelques européens ont eu la même idée, mais ça semble moins pire qu’annoncé. La niaque absente, je décide de n’y passer que la journée. Je rejoins Arrecifes, tentant de doubler un maximum de touristes en tong, arrive à la Piscina et continue jusqu’à ma destination finale : Cabo San Juan. J’y aperçois le camping où la plupart des visiteurs y passent la nuit. Les hamacs sont entassés en rangs serrés et les tentes respectent leur emplacement au millimètre près.

Échappée belle à Tayrona

Terre sacrée pour les descendants direct des Taironas, je suis bien trop heureuse que le parc ferme régulièrement pour tenter de réparer ce que le tourisme de masse inflige. Depuis 2019, les zones de Chengue, Los Naranjos, Pueblito Chairama et la zone orientale de Bahia Conchas sont d’ailleurs totalement interdites aux visiteurs, afin de préserver les sites spirituels du grand public.

Dégoulinante de sueur, je plonge directement dans les eaux agitées de Cabo San Juan. À peine le temps d’enfiler mon short que la foule arrive… Je remets mon sac sur les épaules pour rebrousser chemin… en solitaire. Une pause s’impose du côté de la Piscina, où seulement quelques âmes ont eu envie de ralentir. Je me délecte de ma dernière limonade de coco et je tombe amoureuse une nouvelle fois de la Colombie.

Parc naturel national protégé depuis 1960, il abrite des espèces diverses et variées et j’ai la chance de me délecter des cris des singes hurleurs alors seule sur le chemin du retour vers El Zaïno. Un bus plus tard, me voilà à Santa Marta, parcourant ses rues animées et ses petits cafés où il fait bon se pauser.

Il y aurait tant à dire sur ce voyage en Colombie. Survolé, coloré, émotionnellement instable. Mais une seule envie : y revenir au plus vite !

La Ciudad Perdida : 4 jours de trek dans la jungle colombienne

La Ciudad Perdida m’avait été évoqué quelques semaines avant de partir sur mon voyage en Colombie. Un ami me parlait de ce trek mythique à la rencontre des populations locales, au cœur d’une jungle fournie au nord-est du pays. « Le Machu Picchu du coin » m’avait-il dit. Alors que je n’aime pas comparer les merveilles d’un lieu à l’autre, sa description avait éveillé ma curiosité. Après quelques recherches, j’avais signé pour 4 jours de randonnée au départ de Santa Marta.

Jour 1 : Premiers pas dans la Sierra Nevada de Santa Marta

Au départ de Santa Marta

J’émerge à 4h du matin alors que mon réveil sonne 3h plus tard… La joie des auberges de jeunesse ! Le jour s’est déjà levé sur Santa Marta lorsque mes yeux s’ouvrent pour la deuxième fois.
Petit-déjeuner. Chaleur matinale. Le yaourt servi sur le granola ne passe pas. L’appréhension ou la chaleur trop intense ? Une bouteille d’eau fraiche achetée et je me retrouve dans les bureaux de Wiwa Tours, attendant patiemment ceux qui seront mes compagnons de route.

Deux polonais débarquent. Vais-je tenir la chandelle de ce couple que je ne connais pas ? Nous partons pour 2h de route en direction de Palomina. Un peu d’attente sur l’autoroute, de nouveaux passagers, un bracelet rose autour du poignet et nous voilà, empruntant la route cabossée par les coulées aqueuses de la jungle. J’y retrouve une sensation de déjà-vu ivoirienne. Pourtant ici, tout le monde parle espagnol.

Première étape de la Ciudad Perdida

La première montée à 12h assomme. Mon corps sut à grosses gouttes et je pense alors que mes kilos engloutis lors de mon année au Canada vont fondre sur ces 4 jours. Mes peines de cœur y passeront peut-être aussi. Le terrain est facile. Moins, la chaleur qui assomme.
Heureusement à chaque pause, des boissons fraiches se disposent, la vue s’ouvre sur les reliefs contrastés par les aspérités météorologiques. Une pastèque se déguste avec plaisir et nos doigts se plongent dans un mélange de miel et cacao cru torréfié : un délice ! Petit coup de boost assuré avant de découvrir notre camp du soir, vers 15h, pour une douche froide, méritée.

Culture de la Sierra Nevada

Après le diner, agrémenté de poissons, pomedoro et riz, Carlos nous raconte que 4 peuples vivent sur le territoire de la Sierra Nevada : les Wiwas, les Arhuacos, les Kankuamos et les Kogis. Leurs positions géographiques dépendent du niveau de la mer, à l’image d’une pyramide dominé par les Kogis. Il suffirait de connaître la signification de leur nom pour savoir à quelle étage ils se trouvent.


Carlos, lui-même Wiwa, nous parle de son poporo qui lui a été attribué à son passage à l’âge adulte. Il n’y a pas vraiment d’âge précis, nous dit-il, cela dépendrait de chaque année/individu. En possession de son poporo, le jeune homme est prêt à se marier.

Plus tôt dans la journée, j’avais baragouiné quelques mots d’espagnol pour créer une connexion avec ce guide que je trouvais distant. Il était alors en train de mâcher des feuilles de coca, tout en tournant un bâtonnet autour d’une calebasse de couleur vert eau, jaune clair : son poporo.

En créant des mouvements circulaires avec le bois sacré, préalablement trempé dans une pâte blanche (venant de sédiments marins), il y dépose ses pensées. La calebasse finit par gonfler au contact du mélange de coca et de coquillages écrasés. Lorsque sa taille devient trop importante, on la laisse chez soi pour en emporter une autre, à l’image d’une méditation constante.

Je me sens mal d’avoir dérangé Carlos dans ce processus et décide de ne plus chercher ce lien qui ne viendra jamais. Vêtu de sa tenue blanche (représentant la pureté), il nous conte que ses cheveux longs sont associés aux rivières, tandis que sa langue maternelle feraient écho aux grondements du tonnerre.

Jour 2 : Au cœur de la jungle

Pas à pas au chant des cigales

Le jour se lève et le réveil n’a pas le temps de sonner. La lumière passe du orange au vert bleuté. Le petit-déjeuner s’avale rapidement et nous prenons la route à 6h.
Hier, la pluie a rendu le terrain glissant. Il va falloir s’accoutumer des pieds dans la boue. Le chemin a rétréci parmi la jungle enjouée. Le chant des cigales stridant nous accompagne tandis que nous jonglons avec les roches mouillées. Ça monte doucement puis ça redescend à mon plus grand malheur : il va falloir que je trouve un bâton.

Après 2h30 de marche, l’orée d’une pastèque fraichement coupée nous appelle avant de laisser les moustiques nous dévorer. Vite ! Nos jambes se précipitent dans la boue pour finalement se délecter de la fraicheur de la rivière, posée là telle une piscine naturelle. Nous rejoignons le campement pour le déjeuner.

Repus, nous arpentons le chemin qui s’élance dans la forêt. Les pieds zigzaguent à travers les cailloux. Ça monte, ça descend rapidement. La chaleur ralentit nos corps fatigués. Il nous reste la grosse montée. Les premiers mètres se font avec facilité. On laisse le guide à la traine, puis la cadence s’inverse. Tout à coup mon énergie se fait aspirer par l’humidité tropicale et les coups d’huile essentielle de menthe poivrée ne suffisent plus à me requinquer. Le rythme ralentit et la chanson de Curawaka (« Pacha Mama ») s’immisce délicatement dans ma tête, me donnant le dernier souffle avant l’orage.

Pas à pas sous une pluie tropicale

Un brin d’ananas dans l’une des atiendas locales et je couvre mon sac d’une poche poubelle d’un noir profond. Il nous faut affronter la pluie jusqu’au prochain camp. Je suis prête mentalement à me retrouver tremper. Ce n’est pas comme si chaque centimètre de mes vêtements étaient déjà teintés d’humidité. Nous avançons au couvert des arbres. Les gouttes passent parfois à travers le feuillage mais sont moins transperçantes qu’espérer. Le sol argileux s’épanche en légère coulée et je suis bien contente d’avoir demandé au guide un bâton pour ne pas glisser.

Tout le monde est parti devant. Carlos et les deux compagnons de route. Carlos l’interprète, lui, reste en retrait pour me laisser le temps d’adapter mes pas à la terre lisse et mouillée. Finalement, le camp se dévoile, caché au bord de la rivière. Nous sommes tous ravis d’engloutir notre diner, après notre douche quotidienne, cette fois-ci gelée.

Jour 3 : la Cité Perdue à perte de vue

Des marches par centaines

Le réveil est difficile ce matin. Quelqu’un a joué avec la lumière blanche de sa lampe torche. La nuit fut mouvementée et courte. Le départ à 6h se fait à reculons et pourtant c’est le grand jour !

Nous nous glissons sur la plage pour rejoindre le sentier étroit. La lumière matinale éclaire le vert croquant des arbres. Les marches commencent à se poser ça et là. Je sais qu’il va falloir en grimper 1200. Vue la taille des pierres, je ne sais pas si le compte est bon.
Se présentent enfin celles que l’on voit sur les photos. Je pose un pied instable, puis l’autre avec l’impression de marcher comme un hobbit avec le bâton de Gandalf : des pieds trop grands pour la petitesse des marches qui semblent glisser plus intensément au fur et à mesure de mon avancée.

Après 2-3 grosses montées, nous arrivons au pied de la Cité Perdue, aussi surnommée ‘l’Enfer Vert ». Nous ne tardons pas à comprendre pourquoi, entourés d’un nuage de moustiques affamés. Difficile alors de se concentrer sur les explications du guide.

Découverte de la Ciudad Perdida

Nous grimpons au fur et à mesure libre d’errer dans la Ciudad Perdida. Nous découvrons les pierres qui ont servi de carte dans le passé, ainsi que les espaces où se dressaient autrefois les lieux accueillant les cérémonies : un pour les femmes, un pour les hommes. Les cartes ressemblent à de gros menhirs plats, dressés à la verticale et incrustés de symboles.

La Cité Perdue aurait été construite par les Tayronas en 800 après J.-C., dont les Indiens de la Sierra Nevada seraient les descendants. Abandonnée pendant la colonisation espagnole, elle aurait été « redécouverte » par les pilleurs de tombe (« guaqueros ») dans les années 1970.

Cachée dans la jungle pendant une centaine d’années, elle était connue des populations locales. Nous rencontrons d’ailleurs le Mamo qui nous attache un bracelet blanc orné de perles autour du poignet, afin de guérir les maux que les plantes ne soignent pas (à l’image de la tristesse par exemple). Il est le chef des Kogis qui ont repris domicile au cœur de la Ciudad Perdida. Carlos nous explique que les leaders spirituels masculins représentent le soleil tandis que les figures féminines, appelées Saga, font référence à la lune.

Après cette rencontre, nous descendons au cœur de la 3ème partie de la cité, où un canal irriguait les habitations jusqu’à la rivière. Les marches de l’aller se retrouvent et nous regagnons le camp de la veille pour déjeuner. L’après-midi consiste à rebrousser chemin, descendant sur le sol orangé, espérant échapper à l’orage qui grogne au loin. Par chance, ce n’est que 3h plus tard que la pluie tombe, alors que je pose les pieds sur le sol bétonné du camp.

Une douche, un lit sélectionné et j’attends patiemment l’heure de manger, pestant intérieurement contre cette touriste qui fume sur le banc d’à côté. La nuit fut chaude, assommée par l’humidité ambiante.

Jour 4 : Dernier jour de trek au cœur de la Sierra Nevada de Santa Marta

Le jour se lève et il faut revêtir une dernière fois ces vêtements qui ne sèchent plus. L’odeur est devenue une habitude. La marche, elle, nous demande un peu plus de motivation. Les muscles fatigués s’étirent à chaque foulée. On continue à rebrousser chemin, pourtant ma tête a déjà tout oublié : le terrain glissant, les montées, les descentes. L’avantage ? Redécouvrir le parcours comme une première fois.

Je ne sais donc pas combien de kilomètres il nous reste à parcourir avant d’arriver au village. Carlos troque des feuilles de coca à chaque rencontre. Les appareils photos sont cachés lorsque nous traversons les villages des Kogis et je continue à m’émerveiller de pouvoir les croiser sur leurs terres, eux qui portent un lien sacré avec la nature, tant oublié par notre monde occidentalisé. Lorsque je découvre ces trois hommes, vêtus de blanc, assis sur des chaises en plastique en train de regarder Roland Garros à la télé, au milieu de la jungle colombienne, mes idéaux de touriste s’effondrent. Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.

Les montées nous prennent au mental tandis que les descentes fragilisent nos cuisses déjà bien échauffées. Surpris de l’ascension du premier jour, on avance étonnés de « tienditas » en « tienditas » jusqu’à retrouver le premier camp pour un snack express. Je profite d’une micro-sieste sur un banc. Moi qui pensait que ce trek de 4 jours serait « facile », le comparant avec ma traversée des Pyrénées, c’était sans compter sur la fatigue que procure ce climat loin d’être tempéré.

12h30, c’est le graal ! Il faut affronter le soleil que la forêt cachait jusque-là. Les forces me manquent pour écrire ces lignes… Le village est atteint. Nos papilles s’émerveillent du poisson et de notre premier riz de coco, avant de faire état de nos piqures. Alexandra a gagné une infection. Mes jambes sont couvertes sur chaque centimètres et nous montons dans la Jeep, bien décidés à passer par une pharmacie à notre retour sur Santa Mata.

10 activités pour apprécier l’hiver à Montréal, à petit prix

Vous cherchez des idées d’activités pour survivre à l’hiver dans la ville de Montréal ? Ça tombe bien, j’en ai quelques unes pour vous ! Vous verrez, passer les mois les plus froids au Québec a toujours quelques choses de magique. Malgré, les chaussures tachées, les portes des métros lourdes à pousser, Montréal est pleine de charme quand s’en viennent les premières neiges ! L’hiver ici est une invitation à ralentir, à prendre soin de soi et à trouver des petits plaisirs hors de chez soi. Bon hivernage !

1. Patiner au parc Jean-Drapeau

Depuis l’Exposition universelle de 1967 et les Jeux Olympiques de 1976, le parc Jean-Drapeau à cheval sur le fleuve Saint-Laurent en a vu passer des évènements ! L’été, Piknic Electronic, Grand Prix de Formule 1, festival Osheaga agrémentent l’espace naturel du parc bercé par les eaux. Je garde un souvenir ému des sensations fortes de La Ronde, un parc d’attraction, partagées avec mes colocataires et de la visite de la Biosphère, décorant les cartes postales de la ville.

En hiver, les activités ne manquent pas à Montréal. En pleine semaine, on a même la patinoire pour nous tous seuls ! Munissez-vous de vos patins et profitez d’un espace bien entretenu pour vous exercer à la glisse. Sensations garanties et accès gratuit !

2. Skier le long du fleuve à Verdun

Lorsque j’ai emménagé dans le quartier de Verdun, on m’a parlé de sa plage et de ses chemins longeant le fleuve. On m’a même raconté que l’hiver, les gens sortaient leurs skis de fond pour profiter de la piste cyclable reconverti pour l’occasion. Au total, 21,3 km sur le sentier la Riveraine !

Je suis personnellement partie du chalet Arthur-Terrien, qui prêtent des skis de fond gratuitement le week-end (cette information date de 2025, n’hésitez pas à vérifier que c’est toujours d’actualité) ! La piste était sportive après les deux tempêtes de neige de mi-février, mais quel plaisir de découvrir un sport qui procure les plaisirs de la glisse, sans la peur des pentes raides.

3. Faire du co-working dans l’un des cafés de la ville

Depuis ma traversée des Pyrénées, j’ai commencé à écrire un livre. Le premier jet fut rapide, mais la période de réécriture a pris plus de temps que prévu. Travailler de chez soi n’est pas toujours une option pour moi alors je profite de l’ambiance chaleureuse des cafés de Montréal.

Matcha late, chai, mocha… les graines venues de Colombie, de Côte d’Ivoire ou autres pays tropicaux se conjuguent aux muffins, chocolatines (car oui les québécois ont tout compris !) et croissants aux amandes. Tous les cafés n’acceptent pas les ordinateurs mais en semaine, il est plutôt rare de ne pas pouvoir le sortir. Casque sur l’oreille, ce n’est pas toujours le lieu pour sociabiliser. Cela reste motivant d’être entouré d’autres travailleurs, avec musique de fond.

The Crew Collective est peut-être le lieu le plus impressionnant pour bosser et offre des lieux de conférences fermés à celles et ceux qui auraient besoin de calme. Pour ma part, je me rends dans les cafés du coin avec un petit coup de cœur pour Lili & Oli et Café Jardin.

4. Rester chez soi et regarder la neige tomber

Quand il neige, par contre, j’aime rester chez moi et regarder la neige tomber. C’est l’une des activités gratuites l’hiver à Montréal qui redore mon âme d’enfant. Je travaille sous un plaid, lis un bouquin ou décide simplement de ne rien faire pour me laisser happer par une douce mélancolie d’antan.

La magie des hivers à Montréal, c’est cette neige qui tombe encore quand les températures approchent les zéros degrés. Regarder les flocons m’apaise automatiquement et je me surprends à aimer appuyer sur pause pour laisser infuser le moment présent. C’est sûr qu’avec le changement climatique, les journées de pluie deviennent de plus en plus nombreuses. Mais je me laisse toujours surprendre par ces jours comme suspendus dans le temps.

5. Refaire le monde et peindre sur céramique

Qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, se retrouver entre amies dans un café céramique invite tout un chacun à refaire le monde. On choisit son objet décoratif du jour et assis à sa table, on est libre d’opter les couleurs qui nous inspirent.

Pour ma part, j’ai choisi un porte encens aux allures de paresseux. Je n’ai pas peint depuis l’école et pourtant j’aime me prendre au jeu. Accompagnée par une boisson chaude et une amie rencontrée en Australie, nous refaisons le monde tout en prenant plaisir à la délicatesse de nos coups de pinceaux. Elle s’en va à la fin de la semaine et le lieu lui permet d’obtenir une cuisson rapide pour récupérer sa céramique. La mienne sera prête quelques jours plus tard.

6. Randonner au cœur du Mont-Royal

Dès que je suis arrivée à Montréal, j’ai grimpé les marches menant au belvédère du Mont-Royal. Prendre de la hauteur sur la ville m’a permis de faire le point sur les 17 ans qui séparaient mes deux visites. Le coin est rempli de touristes, et pourtant je trouve un coin tranquille pour profiter d’un bain de soleil.

L’hiver le Mont-Royal s’anime différemment et les pistes se recouvrent de neige. Ski de fond, patins, randonnées… les activités ne manquent pas lorsque les jours raccourcissent. J’aime m’y balader les lendemains de neige pour écouter celle-ci craquer sous mes pas. On a la sensation de se retrouver loin de la ville, sur cette montagne citadine.

7. Visiter un musée gratuitement

Cet hiver, l’une des activités que j’ai apprécié en redécouvrant Montréal, ce sont les musées. Gratuits tous les premiers dimanches du mois pour les habitants, j’ai pu en découvrir trois aux atmosphères différentes : le Musée McCord Stewart, le musée des Beaux-Arts et son mur de peluche ainsi que le Musée d’Art Contemporain de la ville. Le MAC, comme on le surnomme, consacrait une exposition à l’œuvre d’Alanis Obomsawin, chanteuse, conteuse, réalisatrice… Il serait difficile de décrire en un seul mot cette « artiviste » des droits autochtones et cette après-midi a regardé ses documentaires, aurait mérité des journées plus longues.

Au Musée McCord Stewart, j’ai eu un coup de cœur pour l’univers Inuit de Manasie Akpaliapik, qui utilise des os de baleine, bois de caribou ou ivoire de morse (décédés, bien sûr, à l’état sauvage) pour raconter l’histoire de son peuple. D’un côté, on se heurte à une tête de grand-mère dont les rides semblent dessiner toute la sagesse du monde. De l’autre, on découvre une tête de loup ou celle d’un hibou, dont l’esprit pour les Inuits accompagnerait les morts.

8. Participer à une Fresque du Climat

J’avais déjà participé à une Fresque du Climat à Toulouse, en France. J’avais bien accroché au format de découverte et au fait de se retrouver en petit groupe, entouré de gens partageant quelques valeurs communes. Alors quand une amie m’a parlé du Tiers-Lieux du Mont-Royal, je me suis inscrite à l’Atelier 2tonnes organisé cette semaine-là. J’étais surprise de voir que mon empreinte carbone était plus élevée au Québec qu’en France, dû à l’impact des services publics et étonnée de comprendre que le voyage en train n’était pas si écologique dans cette partie du monde.

Puis de fil en aiguille, j’ai découvert la Maison du Développement Durable qui organise régulièrement des soirées « complètement fresques ». On s’inscrit, se retrouve avec l’envie de partager une discussion et on repart avec des contacts, de nouvelles perspectives et un brin d’espoir pour le monde dans lequel on vit. D’autres initiatives de ce genre sont organisés un peu partout dans la ville. Il faut fouiller un petit peu pour trouver un évènement près de chez soi.

9. Profiter de l’art urbain, l’hiver, dans les rues de Montréal

Le street-art est omniprésent à Montréal. À chaque sortie, c’est comme si je redécouvrais une ruelle, un bout d’âme laissé sur le chemin. L’œil est attiré par la couleur lors d’une journée grise et les peintures sont les seules qui se distinguent clairement lors d’une tempête de neige, comme un phare au cœur d’une mer agitée.

Quand le temps est sombre et que le manque de lumière plombe le moral, admirer le street-art dans les rues de Montréal en hiver reste l’une des activités gratuites qui rebooste.

10. Sortir les crampons dans un parc régional

Le Québec compte 24 parcs nationaux, 4500 kilomètres carrés de parcs régionaux et pléthore de réserves fauniques. Il suffit donc de s’échapper de Montréal pour se retrouver rapidement en pleine nature. La plupart du temps, une voiture est nécessaire mais quelques options existent pour sortir de la ville en transport en commun. Je vous invite à lire l’article ci-dessous pour faire le plein d’idées de randonnées pour vos hivers montréalais.

7 randonnées hivernales au départ de Montréal

Installée en ville, les montagnes me semblent bien loin depuis que j’ai quitté les Rocheuses Canadiennes. Heureusement, à moins de 2h de Montréal, les randonnées hivernales ne manquent pas ! Que vous soyez en voiture ou en bus, il existe de nombreux itinéraires accessibles pour profiter de l’hiver. Crampons ou raquettes au pied, bien emmitouflée sous mes trois couches obligatoires, un bon thé chaud dans le sac, je pars affronter le froid mordant. Avec parfois des ressentis de -37°C, chaque randonnée hivernale autour de Montréal reste une bouffée d’air frais. Je vous emmène ?

Mont-Saint-Hilaire : y accéder en bus depuis Montréal

À 45 min en voiture de Montréal, le Mont-Saint-Hilaire se situe dans la réserve naturelle Gault de l’Université de McGill. Ce que j’apprécie avec cette randonnée, c’est que c’est l’une des rares à être accessible en transport en commun. Avec mes co-randonneurs du jour, nous nous sommes retrouvés à la sortie du métro de Longueuil, afin de prendre le bus 200 en direction de Saint-Hyacinthe*.

* vérifiez les correspondances, les trajets peuvent changer

Descendus au croisement Sir-Wilfrid-Laurier et Radisson, nous avons rejoint à pied la réserve naturelle pour emprunter le chemin en pointillé noir de l’accès Ozias-Leduc. Au croisement, nous avons pris à gauche sur le chemin en pointillé vert pour rejoindre le point de vue Dieppe, s’ouvrant au-delà des arbres à 371 m d’altitude. Si l’horizon est dégagé, vous pourrez apercevoir au loin les contours de Montréal sur cette randonnée hivernale.

Les 25 km de sentiers offrent des parcours multiples. Attention cependant à ceux réservés au ski de fond.

Mont Gosford : explorer les paysages hivernaux les Cantons-de-l’Est

Plus haut sommet au sud-est du Québec, le Mont Gosford et ses 1193 mètres apparaissent comme un incontournable hivernal. La neige était assez tassée pour que nous empruntions les 8,4 km avec nos crampons de randonnées. L’avantage des températures fraiches de ce dimanche-là, c’est que nous avions le chemin pour nous tous seuls.

En hiver, il faut d’abord marcher sur la route enneigée, avant de mettre le nez dans les forêts. Les arbres se couvrent progressivement de neige au fur à mesure que nous prenons de l’altitude. On oublie les mains gelées par les multiples pauses photos, le cœur réchauffé par des sensations enfantines et lointaines. Puis la neige se transforme en gel et la montagne se dénude jusqu’aux escaliers menant à la tour d’observation. De là, seule la couleur des toilettes semblent sortir de cette toile brumeuse. C’est à notre descente que le soleil transperce les nuages pour une vue sublime sur les monts parsemés de blanc.

Mont Mégantic : découvrir l’observatoire et les cabanes rustiques

Après une nuit au chaud dans l’une des cabanes rustiques de la Sépaq, nous empruntons le sentier tassé du Mont Mégantic. Aujourd’hui le soleil nous accompagne sur la montée, dessinant le contour des arbres recouverts de chantilly. Les doigts restent au chaud dans les moufles, chaque photo demandant de plus en plus d’énergie pour les réchauffer. On était prévenu : le ressenti du jour s’annonce à -37°C ! C’est sans doute pour ça que nous nous sentons, à nouveau, seuls sur les chemins. Les poils du nez se durcissent. Nos visages semblent avoir vieilli, entourés de cheveux blancs, givrés par la météo. On s’arrête de moins en moins jusqu’au sommet atteignant les 1110 m d’altitude.

Arrivés à l’observatoire, planté au milieu de la réserve internationale de ciel étoilé, le vent est si violent qu’il nous ait impossible de s’arrêter pour une pause mérité. Nous hésitons à continuer notre randonnée pour rejoindre le Mont Victoria et le Mont Saint-Joseph, mais le froid a raison de nous. Nous optons pour un aller-retour et je sors de mon sac des chauffes-mains avant de retrouver notre abri du jour. C’est sur la descente que je réalise que les cabanes et refuges du parc national du Mont-Mégantic portent le nom des constellations. Un petit feu et une sieste plus tard, il est temps de reprendre la route pour Montréal, après cette belle randonnée hivernale.

Mont Sutton : privilégier la randonnée en semaine

Nous sommes partis tard de Montréal et nous commençons la randonnée du « round top » vers 10h à la queue leu-leu. C’est la première fois que je me retrouve sur un sentier aussi fréquenté en hiver. La météo avait sans doute joué en ma faveur sur les autres randonnées à moins de 2h de Montréal. Si j’avais su, je serais venue beaucoup plus tôt ou en semaine. Impossible de se perdre ici : les panneaux indiquent la direction tous les 10 mètres. Rapidement l’ambiance féérique prend le dessus et les photos s’ornent de manteaux rouges et jaunes lointains.

Le froid me saisit plus facilement aujourd’hui. Sûrement la fatigue ! Mes coéquipiers ont revêtu leurs vêtements de ski et la pause déjeuner se fait entourer d’une foule admirant le point de vue. Tout le monde semble frigorifié. Il ne me faut pas longtemps avant de devoir me remettre à marcher. Il me tarde d’arriver… j’ai beaucoup trop froid. Mon ventre gargouille à l’infini. Heureusement le petit café du village réussit à me réchauffer les entrailles avec sa décoration cocooning.

Mont Ham : s’aventurer au cœur de l’hiver québécois

Nous prenons la route sous un ciel grisâtre. Pourtant la météo nous avait promis un peu de soleil. Arrivés à l’entrée du parc, un feu de cheminée attire mon regard. L’indécision trône entre les raquettes et les crampons. Nous embarquons les deux options sur le sentier de « l’intrépide ». Nos premiers pas nous mènent dans un lieu assez aménagé. Les panneaux à chaque croisement nous permettent d’avancer l’esprit tranquille jusqu’au sommet. On bifurque à un moment pour espérer enlever nos raquettes du sac, mais elles y resteront jusqu’à la fin de cette randonnée hivernale puis Montréal. Le vent souffle en haut du Mont Ham. Les éléments recouverts de neige se sont transformés en givre et nous nous abritons entre deux sommets. Mes mains congelées me permettent à peine de manger. Heureusement, très vite, le soleil s’invite. Repus, nous marchons sur « la panoramique » qui porte bien son nom, descendant doucement parmi les arbres pour rejoindre le départ et ses senteurs de feu de bois.

Mont King et Mont Condor: randonner en hiver entre deux monts

Cette fois, c’est vers les Laurentides que nous prenons la route de Montréal pour une randonnée hivernale. Juste avant le parc national du Mont Tremblant se trouve le parc régional Val-David-Val-Morin, notre stop du jour. Munis de nos crampons, nous suivons le chemin réservé aux randonneurs qui serpente à travers la forêt au départ du chalet Anne-Piché.

Sur les premières minutes, nous avançons doucement derrière un groupe puis les opportunités de parcours nous séparent. La neige tassée au début s’enfonce à mesure que nous progressons vers le Mont King. Nous sommes partis après la tempête et je regrette vite de ne pas avoir pris les raquettes. Les 6 km de randonnée et le peu de dénivelé sont finalement suffisant pour profiter d’un bol d’air frais. Nous jouons les équilibristes, tournant un coup à droite, un coup à gauche. Nous devons parfois traverser les pistes de ski de fond que j’aurais bien arpenter ce jour-là. À chaque fois que mes pieds s’enfoncent, je replonge inexorablement au cœur du parc d’Abel Tasman où le sable me demandait un effort soutenu pour avancer seule face aux éléments.

Mais je ne suis pas seule aujourd’hui et après une pause pique-nique avec une vue dégagée, le chemin du retour se fait rapide. Nous nous retrouvons vite au chalet en début d’après-midi. Nous décidons alors de partir à pied vers Val-David pour nous trouver un charmant café. Le Général Café fait bien l’affaire, avec son allure de petit chalet. D’ailleurs, si vous avez froid, n’hésitez pas à goûter leur chocolat chaud épicé. Réchauffement immédiat garanti !

Mont Giant : marcher de l’autre côté de la frontière

C’est en parcourant les groupes de randonnées hivernales au départ de Montréal, que je découvre les Adirondacks. 46 sommets se présentent comme accessibles dans l’état de New York. Il faut donc traverser la frontière pour rejoindre le départ du Mont Giant. Le passage se fait rapidement et j’appréhende un peu les 918 m positifs de dénivelé que je vais devoir gravir pour atteindre les 1410 m d’altitude au sommet. Les randonnées hivernales dans les Hautes-Pyrénées m’ont pourtant bien entrainé, mais les kilos pris depuis mon expatriation et le peu de dénivelés offerts par les monts entourant Montréal me font douter.

En dehors de quelques passages abrupt gelés, la montée s’offre progressive. L’avantage de prendre de l’altitude, c’est que la vue se dégage rapidement. Les montagnes se rencontrent pour un panorama époustouflant de dégradés. Du bleu profond au gris plus clair, les contrastes offrent les profondeurs de champ qui me manquaient tant. Le cardio se réchauffe sur le Ridge Trail et les 9,5 km semblent si faciles par rapport à ce que j’anticipais. Le corps n’oublie pas et j’espère déjà revenir parcourir la Keene Valley.

Pour toutes les randonnées au Québec, il faut s’acquitter des droits d’accès. Chaque parc a sa tarification unique. Vous pourrez soit payer en ligne, soit directement auprès des agents à côté du parking au départ des randonnées. Bon plan: le programme « tout le monde dehors » vous permet d’obtenir un accès gratuit à certains parcs régionaux. Pour se faire, inscrivez-vous au plus tard la veille et présenter vos droits d’entrée aux agents du parc choisi. N’oubliez pas de bien vous couvrir (système 3 couches) et d’embarquer vos crampons et/ou raquettes selon les conditions de neige. Bonnes randonnées !