Updated on décembre 29, 2024
Traverser les Pyrénées à pied : le GR10, d’Est en Ouest de Banyuls à Hendaye
Je n’aurais jamais pensé être capable un jour de traverser les Pyrénées à pied, seule et en autonomie, sur le GR10. Pourtant c’est au cours d’un trek dans les Écrins, il me semble, que ce projet est né. Dans un coin de ma tête, je me suis dit : « finalement pourquoi pas ! Tu pourrais prendre ton sac à dos, ta tente et ton réchaud que tu n’as pas encore, pour voir jusqu’où tes pieds te mèneraient ».
C’est que finalement j’en avais fait des kilomètres en Nouvelle-Zélande et en Australie. La Tasmanie a été ma terre de treks pendant 2 beaux étés. Je bossais dans les vignes la semaine et le week-end je partais avec mon pote de rando dans les parcs nationaux accessibles en quelques heures. De retour en France, je me suis retrouvée lyonnaise et les Alpes sont alors devenues mon terrain de jeu. Pourtant au fond de moi, les Pyrénées appelaient ma quête de sauvage et j’avais le sentiment qu’y retourner, après y avoir fait quelques randonnées enfant, me permettrait d’y retrouver des ressources inespérées.
- Comment se prépare-t-on à traverser les Pyrénées sur le GR10 ?
- Traverser les Pyrénées Orientales, de Banyuls à Mérens-les-Vals sur le GR10
- Traverser les Pyrénées-Ariégeoises sur le GR10, de Mérens-les-Vals à Fos sur le GR10
- J1-2 / De Mérens-les-Vals au refuge du Rulhe
- J3 / Du refuge du Rulhe à la cabane de Clarans
- J4 / De la cabane de Clarans à Siguer
- J5 / De Siguer à Goulier, puis Bassiès
- J6 / Du refuge de Bassiès à Aulus-les-Bains
- J7 / D’Aulus-les-Bains au Cirque de Cassiérans
- J8 / Du cirque de Cassiérans à Saint-Lizier
- J9 / De Saint-Lizier à la cabane d’Aula
- J10 / De la cabane d’Aula à Esbintz
- J11 / De Esbintz au Pla de Lau
- J12 / Du Pla de Lau à la cabane d’Arech
- J13 / De la cabane de l’Arech aux mines de Bentaillou
- J14 / Des mines de Bentaillou à Fos
- Traverser les Pyrénées-Centrales sur le GR10, de Fos à la corniche des Alhas
- J15 / De Fos à Bagnères de Luchon
- J16 / De Superbagnères à Espingo
- J17 / Du refuge d’Espingo à Loudenvieille
- J18/ De Loudenvielle au lac de l’Oule
- J19 / Du Lac de l’Oule à la cabane d’Aygues Cluses
- J20 / De la cabane d’Aygues-Cluses à Luz St-Sauveur
- J21 / De Luz St-Sauveur au pont St-Savin
- J22 / Du pont de St-Savin au refuge de Baysselance
- J23 / De Baysselance à Cauterets, par le col d’Araillé
- J24 / De Cauterets à Arrens-Marsous
- J25 / De Arrens-Marsous au lac d’Anglas
- J26 / Du lac d’Anglas à Gabas
- Traverser les Pyrénées-Occidentales sur le GR10, de la corniche des Alhas à Hendaye
- J27 / De Gabas à Etsaut
- J28 / De Etsaut à la cabane d’Ardinet
- J29 / De la cabane d’Aribet à Ste-Engrâce
- J30 / De Ste-Engrâce à Logibar
- J31 / De Logibar à Iraty-Cize
- J32 / D’Iraty-Cise à St-Jean-Pied-de-Port
- J33 / De St-Jean-Pied-de-Port à St-Etienne-de-Baigorry
- J34 – J35 / St-Etienne-de-Baigorry à Bidarray
- J36 / De Bidarray au col des 3 fontaines
- J37 / Du col des 3 fontaines à Hendaye
- La fin d’une aventure : celle de la traversée des Pyrénées sur le GR10
- Le GR10, finalement c’est quoi ?
Comment se prépare-t-on à traverser les Pyrénées sur le GR10 ?
Alors j’ai laissé ce projet dans un coin de ma tête, puis à mon retour de Côte d’Ivoire, pour mieux atterrir, je me suis dit que c’était le timing idéal pour partir. Que nenni ! Les seules randonnées que j’avais pu faire étaient bien trop humides et chaleureuses pour que je sois physiquement au niveau. J’avais tout de même passé des années à enquêter sur le matériel qu’il me faudrait pour une telle traversée et dès que mes achats furent prêts, je pris le bus pour Hendaye.
Vous l’aurez compris : ce fut l’histoire d’un faux départ. Mon sac de voyage n’était clairement pas adapté à la randonnée et mes 2kgs d’amandes furent de trop. Orage, première expérience de bivouac en solo, j’ai opté pour la solution de repli pour mieux repartir.
Une semaine plus tard, je repartais avec mon sac de 30L pensant qu’il allégerait mon dos et me permettrait de m’offrir une traversée en douceur, mais cette fois au départ de Banyuls ! Le faux départ m’avait laissé un goût amer et je n’avais clairement pas envie de remarcher sur mes pas inachevés. Un covoiturage de Toulouse à Banyuls plus tard, j’étais à nouveau sur le GR10 un brin plus confiante… sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu.
Traverser les Pyrénées Orientales, de Banyuls à Mérens-les-Vals sur le GR10
Je me souviens de cette belle montée sous la chaleur écrasante d’un après-midi d’août. Mes 3L d’eau furent compté lorsque je décidais d’opter pour une nuit en bivouac au Col des Terres. La montée jusqu’au Pic de Sailfort et l’absence d’eau furent fatidique à mon talon d’Achille. Mais je n’ai pas voulu lâcher. Non pas après avoir grimpé le Canigou, ce sommet si mythique pour les catalans et qui ferait partie de mon aventure pyrénéenne.
Ce fut donc à Mérens-les-Vals que je finissais mon aventure de GRdiste. À regret de ne pas pouvoir le faire d’une seule traite, je savais que le GR10 me rappellerait à lui ultérieurement. Et bizarrement ce fut à l’étranger que cela se produisit. Au cœur de Madagascar, j’avais décidé qu’il était temps de quitter mon travail et de reprendre ce projet qui m’avait filé du fil à retordre jusque-là. C’était donc de Mérens-les-Vals que je débutais ma traversée des Pyrénées Ariégeoises, à deux pour le week-end, puis seule avec moi-même.
Traverser les Pyrénées-Ariégeoises sur le GR10, de Mérens-les-Vals à Fos sur le GR10
J1-2 / De Mérens-les-Vals au refuge du Rulhe
Après avoir dormi dans un virage menant vers les cascades, G. qui m’accompagne sur ce week-end du 15 août et moi-même, prenons la route pour le GR10. Mon sac me semble bien trop lourd avec les kilos de nourriture que j’ai emporté avec moi. Le doute m’envahit dans la montée. Ne serais-je pas entrain de faire la même erreur que la dernière fois ? Emporter avec moi un poids conséquent de nourriture pour me rassurer, alors que tous les 2-3 jours il est possible de se ravitailler dans la vallée ?
Je finis par me donner raison. Il paraît qu’en Ariège, il y a peu de ravitaillement… les prochains jours finiront par me donner tort.
Il parait qu’on emporte ses peurs dans son sac.
Après la petite grimpette matinale, nous finissons par déjeuner juste avant l’étang de Comte, les pieds dans l’eau, regardant au loin les nuages menaçant. Nous prenons ensuite le chemin zigzaguant jusqu’à ce que G. décide de s’arrêter pour la journée au bord du ruisseau, sa cheville lui faisant très mal. Après un petit bain de pied, je lui propose de monter la tente… il est à peine 13h passé.



Quelle belle idée ! Dès 13h30, il se met à pleuvoir jusqu’à l’éclaircie de 17h. Nous dinerons bien plus tard en speed pour échapper au nouvel orage. Résultat : 13h de sieste pour repartir à 9h le lendemain et monter doucement vers le refuge du Rulhe que nous atteindrons vers 14h.
J3 / Du refuge du Rulhe à la cabane de Clarans
Je me réveille un peu avant 7h pour regarder la brume au loin et engloutir un petit-déjeuner. C’est le grand jour pour moi : celui de mon départ officiel en solitaire sur le GR10. Un mélange d’excitation mais aussi d’angoisse se conjuguent magnifiquement, tandis que vers 8h je quitte G. qui repart, cheville en vrac, vers Mérens-les-Vals.
Le chemin monte doucement et pourtant, je perds rapidement les balises du GR. Il faut que j’apprenne à me faire confiance à nouveau. Hier mon intuition et l’écoute de mon environnement nous ont évité une belle douche, aujourd’hui seule, je dois canaliser mon énergie pour aller dans la bonne direction.
Je tourne une demi-heure jusqu’à me rendre compte que la trace IGN n’est plus exacte. Je rejoins le panneau en hauteur et me détache de mon téléphone portable. Je marcherai ensuite gaiement jusqu’aux crêtes me menant au plateau de Beille. Vers 12h30, je me pose sur la petite table qui semble avoir été déposée là sur le point le plus haut. 30 min plus tard, j’échapperai au vent en me remettant en marche.



Beille, c’est long et le chemin est inintéressant.
Je finis par arriver à la station, à passer à côté des chiens de traineaux qui ont l’air d’avoir trop chaud, pour rejoindre la cabane d’Artignan.
C’est alors que Daniel sort sa tête et me propose un café. Je comprendrais alors que je me trouve devant la cabane vue dans l’émission Échappée Belle, retapée par « Antoine » alias Jacob Karhu. Je vous avoue que je l’imaginais plus coupée du monde cette cabane, loin de tout et surtout d’une station de ski. Mais Antoine en a fait un petit coin de paradis ! Daniel me raconte quelques anecdotes de cette aventure mais aussi de ceux croisés sur le GR10 au fil de ses allers-retours à venir entretenir les lieux.
Une heure plus tard, je reprends le GR10, qui descend alors dans la forêt pour arriver sur la jasse et passer un petit moment à chercher la cabane de Clarans à la boussole. Petite toilette à la micro-rivière, puis c’est la pluie qui prendra le relai vers 18h.
Un couple, dont j’ai oublié le nom, me rejoint et nous passons la soirée à papoter, échangeant sur la vie, les aventures à pieds et de par le monde, les tournants professionnels et nos lectures, jusqu’aux premiers ronflements de la gente masculine. La moustiquaire sur ma tête ne m’aidera malheureusement pas à m’endormir rapidement.
J4 / De la cabane de Clarans à Siguer
Je quitte la cabane au petit matin et croise un autre couple dans ma direction. Ça grimpe rapidement dans la forêt, puis arrivée au col de Sirmont, je redescends quelques instants pour remonter à nouveau jusqu’à la cabane de Balledreyt.



Je décide de pousser jusqu’au Courtal Marti, qui s’avère être une micro cabane entourée de vaches et de chevaux. Je salue le vacher puis continue à grimper pour trouver un « abri » en pierre au col du Sasc. 30 min de pause plus tard et je repars à cause du vent. Le ciel se fait menaçant.
Je recroise dans la montée de Montcamp le couple du matin. Charlotte et Thomas arrivent au bon moment et partagent le passage en crête sous les grondements et le vent violant.
C’est toujours lorsque tu en auras besoin, que quelqu’un surgira sur ton chemin.
Le couple qui semblait distant ce matin, s’ouvre gentiment après cet épisode de stress sous l’orage. La descente pour Siguer nous parait interminable alors on en profite pour échanger sur le chemin. Petit arrêt à Gestier au cœur de la fête du village pour une boisson sucrée puis c’est l’accueil randonneur, mis gracieusement à notre disposition à Siguer qui prendra le relais.
J5 / De Siguer à Goulier, puis Bassiès
La matinée semble dure. C’est ce qu’on appelle un jour sans. Le ciel est couvert et n’aide pas le moral. De Siguer à Goulier, ça monte puis ça descend en forêt. Le tonnerre gronde au loin, après le col de Gamel. J’hésite à continuer plus longuement. J’avais prévu de couper au vu du temps pour rejoindre directement Bassiès par un PR.
Goulier m’offre une petite placette toute mignonne pour poser mes fesses le temps d’un sandwich, mais la pluie s’en mêle. Ça crachote alors je tente d’avancer un peu.
De Goulier à Olbier, me voilà à Auzat à chercher mon chemin quand je croise Eymeric et Damien qui partent sur Marc, pour rejoindre l’Espagne.
Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.
Paul Eluard
On prend le même chemin et en discutant, ils finissent par quitter leur idée de GR11 pour bifurquer avec moi jusqu’aux étangs. On croise alors Céline et Magali, et c’est parti pour une sacrée grimpette sous la pluie.



Partie à 7h30 ce matin, j’arrive vers 19h au refuge un brin humide. Heureusement toute la chaleur du monde avait décidé de se joindre à ma table, de discussions en points communs, je savais qu’il n’y avait pas de hasard. Repas en douce compagnie avant de rejoindre ma tente sous la pluie.
J6 / Du refuge de Bassiès à Aulus-les-Bains
Ma journée qui s’annonçait courte prend des heures de rallonge. Nous partons à 5 pour le port de Saleix, où nous laissons les filles prendre à droite tandis que nous suivons le GR. La pluie fait rage et nous peinons à trouver un lieu pour le casse-croûte, jusqu’à une installation posée au bord de la route. On se réchauffe et la pluie finit par passer. La descente jusqu’à Aulus-les-Bains se fait douce et c’est presque à la fin du chemin que je recroise Thomas et Charlotte, les deux artistes de la veille. Camping à Aulus puis repas guinguette. Oups, il est déjà minuit !
J7 / D’Aulus-les-Bains au Cirque de Cassiérans
Il est 20h. Je suis posée au cœur du cirque de Cassiérans, une heure avant le col d’Escots, pour profiter d’un bivouac au bord du ruisseau. Je me pose… seule. Eymeric et Damien sont finalement partis du côté espagnol au niveau du Cap de Rich. C’est d’ailleurs là que je les ai attendu après être montée tranquillement à la cascade d’Ars, tandis qu’eux se baignaient. Un ariégeois m’a tenu compagnie pour le repas, me racontant comment l’Ariège changeaient au fil du temps, des paysans aux étrangers (hollandais), à l’arrivée des écolos. Il me parle du HRP, des Pico de Europa et de comment il était possible dans le temps de travailler à Toulouse et d’habiter en Ariège avec l’essence peu chère. Il m’explique aussi que le sentier sur lequel les 2 compères doivent s’engager pour rallier l’Espagne, était emprunté chaque année en signe de pèlerinage, en souvenir du temps où les franquistes devaient quitter l’Espagne.
Malheureusement ces sentiers sauvages et magnifiques risquent de se perdre car les gens ne veulent plus partir en alpage, ou monter avec les bêtes.
L’ariégeois
Au moment de son départ, les 2 basques débarquent pour que je puisse leur dire au revoir. Je continue donc le chemin seule, pestant intérieurement contre les sentiers ariégeois qui montent raides et descendent… raides. Peut-être une façon de faire le deuil des belles rencontres de ces derniers jours.



J8 / Du cirque de Cassiérans à Saint-Lizier
J’arrive à Saint-Lizier vers 13h et décide de me poser au camping l’après-midi. Quand on est une femme en randonnée, on doit en plus gérer la fatigue liée à nos hormones et ce n’est pas toujours cool. Le chemin nous apprend aussi à nous écouter et même si l’envie de continuer se fait forte, je préfère prendre ce temps pour récupérer.
J9 / De Saint-Lizier à la cabane d’Aula
Le départ de Saint-Lizier se fait morose. 8h du camping, je grimpe doucement vers le col de la Serre du Cot. Je croise une mère et son fiston dans la forêt, qui me raconte que le gite d’étape de Rouze offre le repas 4 étoiles du coin. Un autre groupe me confirme que la descente sera raide. Finalement à Rouze vers 11h, il sera un peu tôt pour la pause, que je ferai à Couflens. De Couflens, je remonte rapidement à Angouls puis Faup où il semble faire bon vivre le dimanche. De Faup, je zigzague jusqu’au col de Pause, où je croise une multitude de gens, me rassurant quant à l’éventuel orage auquel j’espérais échapper.



Après avoir discuté avec une « médiatrice », également guide de montagne, je recharge mon eau avant de monter à l’étang d’Arreau, où je me fais prendre en photo par un espagnol.
De l’étang, je monte encore vers la brume avant d’entamer la redescente vers la cabane d’Aula, où trois gars y sont déjà. Je rejoins le couple et la fille qui bivouaquent pour échapper surement aux ronflements, mais non à la pluie.
La cabane d’Aula semble un repère à Gipaète Barbu. La lumière du soir était faible, je n’ai donc pas pu en observer la couleur, mais de grands rapaces étaient regroupés vers les montagnes et semblaient lâcher des choses du haut de leur altitude.
J10 / De la cabane d’Aula à Esbintz
La matinée est humide. Je sors de ma tente alors que les gouttes de pluie m’offrent encore leur son répétitif mais apaisant. Je la plierai d’ailleurs mouillée comme souvent. Je descends à travers la forêt en passant par la cascade d’Arcouzan et une cabane où les vaches m’attendent. Heureusement que je trouve un spot convivial à Couflens de Betmajou au bord de l’eau, car l’arrivée à Esbintz se fera elle aussi sur la route. Je crois qu’après les belles rencontres des premiers jours, la solitude me pèse.
J11 / De Esbintz au Pla de Lau
Je suis partie un peu tard ce matin, comme si le confort me sortait de mon cycle naturel. J’ai rapidement rejoint la cabane de Tariolle, où j’espérais dormir la veille puis le col de la Core. Après une montée parmi les fougères hautes, un petit stand semblait éclairé parmi le brouillard adjacent… pour mieux dévoiler la foule et les voitures. Heureusement, peu sont ceux qui montent et je continue d’un bon rythme jusqu’à l’étang d’Ayes indiqué à 2h20 de là. Objectif : y être pour la pause déj.
Vers 12h30, je glisse les pieds dans l’eau et profite d’une pause au soleil. La trempette me tente mais j’ai peu de temps si je veux atteindre le pla de Lau annoncé à 10h de marche du col. Puis il y a du monde à l’étang, alors je préfère m’éloigner de la foule pour rejoindre le col de Laziès.



La vue est superbe et j’ai le sentiment que le mental est au top, la tête dans les sommets et les pieds sur les crêtes. Je me régale jusqu’au cap des Lauses où s’amorce la descente. Longue hésitation à rejoindre le côté espagnol pour gravir le Valier. Mais n’étant plus sûre de la météo, je préfère rejoindre le pla de Lau pour installer mon bivouac après 1 longue descente. 1h pour choisir un spot et une douche rafraichissante plus tard, c’est au bord du torrent avec les bruits de la chouette au loin que je poserai ma plume jusqu’au lendemain.
J12 / Du Pla de Lau à la cabane d’Arech
Il est 17h, j’arrive à la cabane d’Arech. Il y a de l’eau. Je m’arrête donc pour passer la nuit en espérant que les brebis ne fassent pas de même. J’en ai plein les pattes avec les 1400 mètres de dénivelé positif. Il y a eu la montée jusqu’à la cabane du clot du lac avec un « médiateur » bien sympathique, puis celle depuis la passerelle sur l’Orle, où je pensais que ce serait ma seule source d’eau jusqu’à Eylie. Je dors très peu souvent en cabane… on verra si le berger décide de pointer le bout de son nez.
J13 / De la cabane de l’Arech aux mines de Bentaillou
On est bien dans cette petite cabane. Tellement bien que j’ai du mal à sortir de mon sac de couchage, malgré les aboiements des chiens une heure plus tôt. Finalement les brebis sont descendues et le berger aussi hier soir. Pas de discussion malgré mon bonsoir plein d’enthousiasme.
Je finis tant bien que mal par me lever pour rejoindre Eylie. 12h. Il me reste encore 3h avant l’orage, je me décide alors à rejoindre les anciennes mines de Bentaillou. C’était sans compter un autre troupeau que je tente de laisser passer sur le seul chemin praticable. Impossible… elles bifurquent dans le vide tandis que les patous me surveillent de loin. Je commence à avoir froid. Le brouillard se lève et les brebis prennent leur temps. Je finirai par rejoindre les anciennes mines, où une vieille maison ONF me servira d’abri. Le refuge non gardé est bien fermé et le réseau ne passe pas pour que je puisse appeler le numéro indiqué sur la porte. La bergère semble bien au chaud dans sa cabane. Je me contente d’une maison glauque, en compagnie des araignées, bien trop heureuse d’avoir un toit assez solide sur ma tête pendant cette longue après-midi et nuit d’orage… jusqu’à l’éclaircie du lendemain.



J14 / Des mines de Bentaillou à Fos
Je quitte les mines complètement dégagées. La brume a disparu, du moins pour quelques temps. Les pauses photos sont nombreuses devant ces montagnes escarpées, qui semblent taillées grossièrement par la main de l’homme. Je finis par rejoindre le refuge où je croise un irlandais, dépité d’avoir passé la nuit au col sous l’orage mais bien trop content d’être en vie et de parler anglais à quelqu’un. Il m’annonce qu’il a croisé 11 patous la veille juste avant la cabane d’Uls, que je dois rejoindre. Des onze, je n’en verrai que trois et j’attendrai patiemment que le troupeau veuille bien descendre de la colline.



Passé les bocages et les magnifiques couleurs qui semblent automnales, la descente s’amorce en direct de Melles. Je croise deux gars qui vont dans le même sens que moi, mais qui semblent peu enclin à partager la route. La route d’ailleurs, je la rejoins rapidement et elle me mènera jusqu’à Fos et son ancien camping avec douche chaude en prime.
Une petite bière et quelques emplettes sur la terrasse de l’hôtel le Gentilhomme plus tard, les deux jeunes finiront par m’inviter à leur table. C’est au cœur de Fos que nous parlerons de parcs nationaux africains, de famille et de la difficulté à être un chercheur, autour d’une conversation courte mais passionnante.
Traverser les Pyrénées-Centrales sur le GR10, de Fos à la corniche des Alhas
J15 / De Fos à Bagnères de Luchon
Je pars de Fos un peu tard pour m’engager dans la forêt. Pendant 1h c’est un combat avec des lipoptènes du cerf (que je prenais pour des tiques « volantes ») que je mènerai jusqu’à ce que la forêt se refroidisse. La montée est raide jusqu’à la cabane d’Artigue et grâce à l’énergie retrouvée après un échange avec un autre randonneur, je continuerai jusqu’à la cabane des Courraux pour manger. Il me reste encore une trotte mais le GR10 ne passe plus par l’étang de St-Béat et j’ai le sentiment de bien grimper.
C’est à la montée juste avant le Col d’Esclot que je croise Annie légèrement perdue sur sa boucle du jour. On marchera ensemble jusqu’au Pic de Bacanère offrant une vue à 360°, puis on se retrouvera à la cabane de Saunère où je pensais passer la nuit.



Il y a foule à la cabane, alors j’accepte la proposition d’Annie, de continuer jusqu’à Artigue où elle a laissé sa voiture. Arrivée à Luchon, je prendrai la pluie dès la montée de tente. Une pizza finira par me réconforter avant d’étendre mon linge au cœur de la nuit.
J16 / De Superbagnères à Espingo
Matinée courses à Luchon, où je suis un peu dépitée de retrouver la société de consommation. J’en avais pourtant rêvé de cette arrivée à Bagnères-de-Luchon. Je m’étais imaginé y rester 2 jours pour profiter des thermes et célébrer comme il se devait ma traversée des Pyrénées-Ariégeoises. Mais à peine arrivée à Luchon, j’ai voulu en partir. L’effet d’une ville sur une randonneuse n’est pas toujours bénéfique. J’y ai trouvé la pluie, le gris des bâtiments, malgré la douce compagnie d’Annie. Alors une fois mes courses finies, je me devais de repartir au plus vite au cœur des montagnes, qui me semblaient alors un environnement plus accueillant.
Après un déjeuner avec Annie, celle-ci m’accompagne jusqu’à Superbagnères, la journée étant déjà bien entamée. Je réussis à la convaincre de partager quelques pas encore avec moi, et nous voilà embarquées sur la montée du col de Coume de Bourg. Annie me quitte, tandis que les nuages s’obscurcissent.
C’est moins pire qu’un quai de gare !
Annie
Ce message lancé au loin me prit aux tripes. Moi aussi j’étais triste de quitter cette dame qui avait l’âge de ma mère et m’avait apporté tant en si peu de jours. Mais aussitôt seule, la nature reprit le dessus sur mes émotions et je n’avais pas d’autres choix que d’avancer.



L’orage me fait accélérer et semble arriver de part et d’autre des vallées. Les lumières sont splendides et les montagnes encore plus fières, tandis que je les guette nerveusement, happée par le stress. Au niveau de la Hourquette des Hounts Secs, j’aperçois le lac d’Oo et son auberge. L’orage semble avoir dansé au dessus de ma tête pour s’en éloigner aussi soudainement que l’arrivée de la pluie, qui m’accueille gentiment à la bifurcation pour le lac d’Espingo. Après une nuit d’orage, je décide d’opter pour l’option dortoir au refuge, alors que le ciel au dehors se dégage splendidement.
J17 / Du refuge d’Espingo à Loudenvieille
Du refuge d’Espingo, je descends en 2h aux Granges d’Astau, pour remonter sur 1000 m de dénivelé positifs vers le couret d’Esquierry. Je connais déjà le coin pour y avoir randonné l’été passée et je suis attristée par la petitesse du torrent à côté de la cabane d’Ourtiga, où j’avais bivouaqué. La pluie m’a suivi lors de la montée jusqu’au col puis n’est plus en cette après-midi. La descente vers Loudenvielle s’annonce longue avec mes pieds en compote, mais je finis par arriver avant le gros orage du soir, au camping.



J18/ De Loudenvielle au lac de l’Oule
Je quitte Loudenvielle, la tente mouillée. Je n’aurais même pas pris le temps d’aller voir le lac de plus près, ni même goûté à la tarte aux myrtilles aperçue la veille.
Je monte doucement vers le Couret de Latuhe, où je croise mon 2ème serpent. Le cœur n’y est pas, je serais bien restée à Loudenvielle pour me reposer une vraie journée… mais l’idée n’a fait son apparition qu’en chemin. Je marche lentement et finis par arriver à Bourisp vers 12h30. Je trouve l’endroit parfait pour la pause et m’autorise un bain de pied dans les eaux glacées.
Vers 13h30, je me motive pour une longue étape. De Vieille-Aure, je passe par le chemin des mines bétonné sous un soleil de plomb et finis par apprécier l’ombre que veulent bien m’offrir les arbres sur le sentier qui zigzague. Je prends de altitude et 4h30 plus tard, je finis tant bien que mal par arriver au col de Portet, où je prendrai seulement une photo avant de repartir. La route est encore longue jusqu’au Lac de l’Oule, où je souhaite passer la nuit.



Je croise deux gars qui font le tour du Néouvielle et j’emprunte le chemin menant vers le GR10C. Il faut ensuite redescendre et ce sera au pas de course que je trouverai l’aire de bivouac. Je salue mon voisin et monte ma tente mouillée du fort orage de la veille. Le temps de me faire à manger, il fera déjà nuit.
J19 / Du Lac de l’Oule à la cabane d’Aygues Cluses
Le lac de l’Oule offre des reflets parfaits de bon matin. Tellement parfaits que j’en oublie la bifurcation menant au col d’Estoudou ! Ça monte parmi les paysages familiers du Néouvielle et le col ne manque pas de m’offrir un beau spectacle. J’échange quelques minutes avec un monsieur ici pour 3 jours, puis j’entame la descente vers le lac d’Aumar, le ciel sombre derrière moi. La pluie finit par me rattraper au lac et le manque d’abri me fait poursuivre ma route jusqu’au col de Madamète, annoncé à 1h30 de là.



Mes pieds jonglent parmi les roches mouillées et le col se rapproche, tandis que l’orage tourne au dessus de ma tête depuis Aumar. Le Néouvielle, que j’ai pu grimper l’été dernier, est recouvert. Je ne m’attarde que très peu jusqu’à franchir le col et redescendre vers le lac de Madamète. Je profite d’une éclaircie pour un lunch express à 14h, agrémenté de myrtilles sauvages. 30 minutes plus tard, je serai à la cabane d’Aygues-Cluses en compagnie de Mathis et Aurélien, qui nous propose une tisane à la verveine. Encore une belle soirée en bonne compagnie, cette fois-ci entre 4 murs froids.
J20 / De la cabane d’Aygues-Cluses à Luz St-Sauveur
Je me régale toute la matinée en suivant le ruisseau. L’endroit est magique jusqu’à Pountou et mon âme d’enfant se réveille. Mais à partir de Tournaboup ce n’est plus pareil. Les stations de ski, c’est toujours aussi moche et je dois longer la route quelques temps. Je rejoins Barèges en 45 min mais il reste encore une trotte jusqu’à Luz Saint-Sauveur. À Luz, je finis par planter ma tente en dehors de la ville dans un camping familial. Quelques courses plus tard, il sera temps de m’envelopper dans mon sac de couchage.



J21 / De Luz St-Sauveur au pont St-Savin
Grosse journée au départ de Luz et beaucoup de route. Je finis péniblement par arriver aux granges de Saugué que je trouve fermées. Heureusement que la vue sur la Brèche de Roland égaye ma descente jusqu’aux Granges de Holle. 20 min avant de les atteindre, je trouve un spot de bivouac au bord du torrent et finis par poser ma tente là, à 2 pas du pont de St-Savin.



J22 / Du pont de St-Savin au refuge de Baysselance
Je rejoins les granges de Holle de bon matin que je trouve sous la brume. Il est déjà 9h et les campeurs semblent à peine sortir de leurs tentes. Je monte doucement dans la vallée d’Ossoue, un peu à l’aveugle, croisant quelques brebis sur le chemin. D’ailleurs, l’une d’entre elle, curieuse, est venue me lécher la main. Je continue jusqu’à ce que la brume se lève, me laissant complètement ébahie devant le spectacle que la nature m’offre.



De cabanes en cabanes, je finis par atteindre le barrage d’Ossoue vers 13h. Une petite pause s’impose avant d’entamer la montée jusqu’au refuge de Baysselance. Je suis le ruisseau des oulettes qui semblent peiner en cette fin d’été, double quelques personnes dans la montée et suis les lacets qui serpentent vers le refuge, que je connais déjà. Celui-ci est encore complet ce soir, mais je me glisserai sur une table pour le repas du soir, entre trois espagnols venus gravir le Vignemale, des papis en faisant le tour et deux jeunes filles se retrouvant pour le week-end entre Bordeaux et Perpignan. Le plus haut refuge gardé des Pyrénées m’offre à chaque fois une belle ambiance.
J23 / De Baysselance à Cauterets, par le col d’Araillé
Je me fais réveiller par le vent vers 6h du mat et je sais que mon seul poids permet de maintenir ma tente au sol, au vu du terrain sableux trouvé la veille. J’ai du mal à sortir de mon sac de couchage et pourtant une longue journée m’attend. Au lieu de descendre par le lac de Gaube, chemin parcouru par deux fois lors de mon ascension du Petit Vignemale, je décide de passer par le col d’Araillé.
Un gros pierrier m’attend et je finis péniblement mais fièrement par arriver au refuge d’Estom, où je ne suis pas hyper bien accueillie. Une omelette plus tard et je repartirai rapidement via la Vallée du Lutour, qui me semble remplie de touristes ingrats et malpolis. Peut-être qu’il me tarde juste d’arriver à Cauterets… La vallée est belle mais je me rends compte que je l’ai déjà parcouru il y a plus de 10 ans déjà.



J’arrive à Cauterets et indécise, je m’offrirai un bout de nuit dans le gîte le Beau Soleil. L’accueil est super, avec une cuisine à disposition, mais je serai réveillée de bon matin par un groupe de personnes sourdes, ne pouvant pas entendre leurs pas lourds et intenses dans les escaliers.
J24 / De Cauterets à Arrens-Marsous
De Cauterets, ça grimpe bien pour rejoindre le lac d’Ilhéou, mais heureusement que la route bétonnée est vite derrière moi. Je me retrouve à suivre les brebis à partir de la cascade du même nom, qui ont pour destination la petite cabane avant le refuge. Pour ma part je continue jusqu’au lac, où j’avais prévu de déjeuner, mais le vent me contraint à pousser jusqu’au col, que l’on peut rejoindre en téléphérique depuis Cauterets. Ça grimpe sec et la faim me tiraille.



Je finis par m’arrêter à la cabane d’Arras, où un jeune chien de berger m’invite à lui lancer le bâton. Repas cheveux au vent, puis je finis par atteindre le col avant de redescendre sur Estaing. Les nuages obscurcissent le ciel et je prends une grosse averse, heureusement courte. Le temps de croiser une mère et ses deux enfants adultes faisant le chemin inverse, je serai au lac d’Estaing vers 15h30. De là, je me rends compte qu’il me faut marcher 3h sur le bord de la route pour rejoindre Arrens-Marsous.
La première bifurcation au cœur de la nature semble inaccessible à cause de chutes de pierre. Je finis par lever le pouce, rêvant d’une lessive et d’une bonne douche. Un couple de retraités originaire de Belfort, en vacances dans le coin, me dépose à Arrens, les hasards de la route m’ayant permis de suivre le GR10 à vitesse grand V. S’en suivra une petite bière en bonne compagnie.
J25 / De Arrens-Marsous au lac d’Anglas
D’Arrens jusqu’au col de Saucède, le chemin est le même que celui du Tour du Val d’Azun, emprunté en automne dernier. Pas de surprise pour moi et l’envie de planter ma tente comme la veille me taraude.
Du col de Saucède, je décide de prendre la route afin de marcher à niveau quelques temps. Je retrouve la bifurcation vers le col de Tortes qui est annoncé à 1h30. Je craque pour une pause déjeuner sachant que la montée avec le ventre plein sera plus dure.



Et ce fut le cas… Le chemin me semble interminable et la descente vers Gourette peu intéressante. Malgré mon manque d’entrain du jour, je décide de pousser jusqu’au lac d’Anglas, Gourette ne m’offrant rien de saisissant pour passer la nuit. Il est 15h et j’ai encore 700 m de dénivelé positif qui m’attendent. Je croise une foule de retraités qui m’encouragent. Les deux groupes qui s’arrêtent pour discuter me redonnent la dose de motivation nécessaire pour grimper.
Je finis par planter ma tente sur une pelouse resplendissante au bord du lac.
J26 / Du lac d’Anglas à Gabas
Je quitte le lac d’Anglas après une nuit réveillée par le vent. Je monte jusqu’à la Hourquette d’Arre qui m’offre une vue magnifique et la vision de 2 bouquetins. La descente du col est moins sympa avec un terrain glissant et un vent tellement fort que j’ai eu l’impression de sauter en parachute une seconde fois. Puis la descente s’adoucit et offre un chemin plat mais long jusqu’aux cabanes de Cézy, que je ne verrai guère car hors GR10. La descente reprend et la corniche des Alhas ne présente rien de percutant, mais marque le passage vers les Pyrénées Occidentales.



Arrivée à Gabas, je n’ai plus de jambes pour continuer jusqu’au lac d’Ayous, où je rêvais de bivouaquer depuis ma dernière escapade là-bas. Je prendrai le spot de bivouac pourri que m’offrira le village, sans vous cacher ma frustration ni ma déception.
Traverser les Pyrénées-Occidentales sur le GR10, de la corniche des Alhas à Hendaye
J27 / De Gabas à Etsaut
De Gabas, je longe la route menant à Bious-Artigue et y croise quelques vaches. Du lac, la route devient chemin et après 1 crêpe à la crème de marron, je croise un ancien du PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) et son chien d’avalanche « réformé » comme il s’amuse à l’appeler. Essayant de me rassurer, il me raconte que dans toute sa carrière, il n’a vu que 3 personnes foudroyées et me raconte les sommets parcourus d’antan.



Le chemin monte et je découvre le Pic du Midi d’Ossau en saison estivale, ainsi que le refuge d’Ayous au loin que j’avais vu sous la neige. Le sentier bifurque à droite pour monter au col du même nom qui m’offre une vue incroyable. Pause déj. avant de redescendre sur un chemin vallonné jusqu’à la cabane de la Baigt de St-Cours, dans laquelle je me serais bien vue dormir quelques jours. Heureusement elle est réservée au berger en période d’estive (jusqu’au 15 septembre) et je continue donc ma route jusqu’au fameux Chemin de la Mature.
Et là, c’est le drame ! Avec des cailloux qui font vaciller les chevilles, j’ai beau faire attention, la mienne y passe sous un soleil de plomb. Je finirai la route en boitant jusqu’au gîte d’Etsaut, dépitée et clairement mal lunée pour la soirée.
J28 / De Etsaut à la cabane d’Ardinet
Je quitte Etsaut vers 8h, grâce au réveil matinal de mes colocataires d’un soir, pour entamer une douce montée jusqu’au col de Barrancq. Ma cheville semble tenir le coup. Au col, il n’est que 10h30. Je continue donc ma route vers Lescun que je rejoins vers 13h30. Je refais le plein à l’épicerie et depuis hier, je n’arrête pas de me dire que la fin de la saison rend les commerçants peu aimables.



Après avoir mangé sur les escaliers de la mairie, je reprends mon sac pour le refuge de Labérouat. Espérant atteindre la cabane d’Ardinet pour la nuit, je croise une dame béarnaise à qui je demande si cette cabane est bien ouverte. Elle m’explique qu’habituellement c’est son neveu le berger qui l’occupe, mais ce dernier est descendu la veille dans la vallée. On fait un bout de chemin ensemble et elle me raconte que petite elle allait ravitailler son père berger à cheval et redescendait le fromage. Son fils a quitté son boulot dans le social pour suivre les traces de son grand-père, à sa grande déception. « Vous imaginez à plus de 45 ans ? Mais il me dit être plus heureux que jamais ».
La dame fait demi-tour, puis j’aperçois la cabane à la sortie de la forêt quelques pas plus tard. Pas le temps de la visiter, je me précipite comme une enfant sur la pelouse plate et verte, qui m’offre un spot de bivouac splendide pour la nuit. Je profite du petit torrent qui coule un peu plus loin pour remplir mon camelbag et faire mon brin de toilette du soir, avant de prendre le temps d’admirer la vue splendide à 360° sur les Orgues de Camplong.
J29 / De la cabane d’Aribet à Ste-Engrâce
J’exploite mon spot favori de bivouac jusqu’au bout puis je rejoins la cabane du Cap de Baitch, où se trouve un berger, pour bifurquer à droite. Ça grimpe tranquillement dans un paysage surprenant jusqu’au Pas d’Azun. Au Pas de l’Osque, pas de difficulté majeure, excepté le temps que je trouve long jusqu’à la Pierre-St-Martin. La station est moche mais je profite d’une pause au refuge Jeandel pour mieux repartir jusqu’au col. Du col, ça redescend jusqu’à St-Engrâce où je rejoins le gite en face de l’église pour planter ma tente.



J30 / De Ste-Engrâce à Logibar
Beaucoup de bitume en cette chaude journée. Heureusement que le petit cayolar ouvert me donne du baume au cœur pour une pause déjeuner. Il me rappelle la joie des cabanes ouvertes ariégeoises. Je sors reboostée de mes rêveries, pour atteindre le col d’Anhaou Kurutché. De là, c’est à nouveau de la route goudronnée puis ça redescend doucement en plein cagnard. Je manquerai d’eau à la passerelle d’Holtzarté et bivouaquerai au bord du torrent, sur un spot détenu par le gîte, qui a bien voulu me rembourser la chambre que je venais de prendre (après m’avoir accueilli de la plus désagréable des façons). Soirée en compagnie de GRdistes marchant dans l’autre sens.
J31 / De Logibar à Iraty-Cize
Je pars de Logibar de bon matin dans l’optique d’une belle étape mais d’une nouvelle journée chaude. À peine les quelques mètres de dénivelé avalé, le vent se met à souffler. Un vent d’ouest, preneur de tête mais aussi d’équilibre. Je lutte pour avancer sur les sommets ronds du Pays-Basque, jusqu’au col d’Ugatzé. Je verse quelques larmes de peur, et c’est toujours dans ces moments-là que d’autres randonneurs croisent ma route. D’abord ceux qui viennent de la forêt et m’inspireront un détour à l’abri du vent. Ceux qui me surprennent entrain de lutter dans un nouveau col (où j’aurais fait faire un saut de 2 mètres à une vache prise de peur). Ceux qui m’encouragent et me conseillent de mettre des cailloux dans mes poches pour passer le col du Pic des Escaliers.
C’est dommage, l’étape est belle mais je suis trop concentrée à essayer de rester en vie sur le sentier. Je réussis à faire une pause déj. juste avant ce col d’ailleurs, et une fois passé, les cols d’Iraizabaleta et Bagargiak arrivent vite et semblent moins agités. Petite glace au lait de brebis aux Chalets d’Iraty, le temps d’échanger avec un voyageur à vélo venu faire la traversée des Pyrénées avec sa copine. Je rejoindrai l’aire de bivouac mise à disposition par la commune d’Iraty, bien trop contente d’être encore en vie.
J32 / D’Iraty-Cise à St-Jean-Pied-de-Port
Dès que je pars, à 8h, le vent se lève à nouveau. J’appréhende déjà une nouvelle journée folle, à lutter contre un vent d’ouest pour grimper au sommet d’Okabe. Les paysages semblent lunaires, brossées par le souffle de la nature en continu. Pas d’arbres, seulement des herbes jaunies par le soleil. Le vent semble moins m’atteindre que la veille, avec les pieds un peu plus ancrés dans la terre. Et pourtant, passé le sommet et le site des cromlechs aux arc-en-ciels et chevaux galopants, je me retrouve à douter au col d’Irau. Dois-je prendre le risque de rejoindre les bordes d’Intzarazki dans des conditions météorologiques si violentes ? Ne serait-il pas temps de quitter le GR10 pour rentrer chez moi et me mettre à l’abri ? Je suis restée là 10 bonnes grosses minutes à lutter pour rester debout, tandis qu’une basque me regardait à l’abri de sa voiture, sans même me demander si tout allait bien…
Sur le GR10 en solitaire, on ne peut compter que sur soi-même. On aura beau se conter des histoires, on se retrouve seul face au vent, aux orages, à la nature dans toute sa splendeur. Seuls face à ses décisions.
Je prends mon courage à deux mains et repars. Le fait de rejoindre un chemin plus large me calme et je finis par arriver à Estrençuby pour la pause déjeuner, croisant de nouveau les cavaliers sortis de nulle part au niveau des bordes d’Intzarazki.



Le panneau annonce encore 4h de marche pour rallier St-Jean-Pied-de-Port que je rejoindrai vers 17h. La sensation de me retrouver au cœur de Disneyland Paris, à peine passer la porte Saint-Jacques est grande. Les touristes sont là, mélangés à ceux qui marchent sur le chemin de Compostelle. L’atmosphère montagnarde est loin et j’ai tout d’un coup du mal à trouver ma place. C’est une balade à l’heure du diner qui me réconcilie avec une ville pleine de charme, à la croisée des chemins.
J33 / De St-Jean-Pied-de-Port à St-Etienne-de-Baigorry
Journée tranquille aujourd’hui, annoncée à 6h de marche. Départ vers 8h30 après une nuit agitée, je profite de la montée jusqu’au Pic de Munhoa pour prendre mon temps. Le vent est encore présent mais son degré d’intensité a diminué.
Pause déjeuner cheveux emmêlés tout de même, avant de redescendre jusqu’à St-Etienne-de-Baïgorry, où je passerai la soirée au camping municipal en compagnie de Julien et Philippe.
J34 – J35 / St-Etienne-de-Baigorry à Bidarray
Je suis restée un jour de plus à St-Etienne, pensant éviter l’orage sur les crêtes d’Iparla, qui n’aura jamais lieu. Finalement il pleut ce matin. Je finis par partir à 9h avec ma tente mouillée sur le dos. Le temps est exactement celui que je craignais pour faire les crêtes : humide et brumeux.
J’avance un peu à l’aveugle jusqu’au col d’Harrieta. Parfois la brume laisse place à de douces couleurs automnales. J’ai suivi le couple à cheval toute la matinée. Ce sont bien les cavaliers rencontrés 3 jours plus tôt sous un vent de fou. Dans leur avancé, ils se retrouvent en sens inverse par erreur. C’était peut-être pour les guider que j’ai pris une journée de pause… eux qui viennent tout droit du Canigou, lieu où j’avais décidé de quitter le chemin quelques années plus tôt.



Vers 12h, le temps semble se dégager et j’avance jusqu’au Pic d’Iparla pour ensuite descendre vers Bidarray, où je passerai une soirée sympa en compagnie d’Arthur et Félix, qui font aussi le GR10 mais cette fois-ci dans mon sens.
J36 / De Bidarray au col des 3 fontaines
Je pars tôt de Bidarray dans l’espoir de rejoindre Sare en fin de journée. J’avance vite, espérant peut-être rattraper Félix et Arthur, partis 40 min avant moi ce matin. Je rejoins le col des Veaux, puis celui des 3 croix, où je décide de manger.
Dans ma descente pour Ainhoa, je discute avec deux bordelais venus pour le week-end. De Ainhoa, j’arrive à Sare en plein mariage et me motive à continuer jusqu’au Col des 3 fontaines pour passer une belle dernière soirée. À 19h, je découvre mon spot de bivouac du soir, magnifiquement choisi par Arthur et Félix, qui m’auront convaincu malgré la fatigue de pousser jusque-là. C’est exactement là que je voulais passer ma dernière nuit sur le GR10 : face à l’océan. Tout y est : des vaches meuglant de jour comme de nuit, un feu réchauffant mon âme en perdition avec le bleu du large, un nouveau gâteau basque à partager et des randonneurs qui ne savent vraiment pas ce qu’ils m’offrent en cette douce soirée.



J37 / Du col des 3 fontaines à Hendaye
Je quitte le col vers 9h, un peu avant Félix et Arthur. Ils finissent pas me rattraper mais m’attendent patiemment au col d’Ibardin, col que j’ai envie de quitter au plus vite. Toute la société de consommation s’y est donné rendez-vous ! Je n’en reviens pas et clairement dégoutée, je finis quand même par me dégoter un sandwich et le gentil serveur espagnol me remplit ma bouteille d’eau. Les gars sont partis, alors je continue ma route pensant les retrouver le soir.
Il me tarde d’arriver à Hendaye. Il ne me tarde pas d’arriver à Hendaye.
Mes émotions me submergent. Je ne sais plus trop où donner de la tête… alors je marche. Je finis par manquer d’eau et profite d’un bonjour sympa pour en demander. Le monsieur m’invite à rentrer dans son garage pour remplir ma gourde et me félicite presque les larmes aux yeux pour le chemin parcouru. « Vous savez je marche à la journée, mais je serais bien incapable de faire ce que vous faites ». Le voyant en habits de courses, je lui rétorque que je suis incapable de courir et il me dit qu’il n’a fait que prendre sa voiture pour ensuite monter à la Rhune, ce matin même.
Cette rencontre me fait réaliser que j’y suis presque… Hendaye finit par m’accueillir. 2 femmes et un homme attendent que j’arrive à leur portée pour me demander avec un grand sourire si c’est mon dernier jour. « Nous partons nous-même demain sur le GR10 ! ». Les larmes montent et je me retrouve devant 3 inconnus à refouler des sanglots de fierté et de tristesse, ravalant un « oui » à moitié prononcé. « Tu vas voir, tu as encore un peu de chemin, mais celui-ci est plutôt sympa ». Je les quitte pour rejoindre la Bidassoa qui me mènera jusqu’à l’océan. Les gens se promènent en cette fin de week-end, et j’avance tristement jusqu’à la fin du GR10.
La fin d’une aventure : celle de la traversée des Pyrénées sur le GR10
Puis rien. Il n’y a pas de foule escomptée pour m’encourager dans ces derniers pas. Pas de copain. Pas de famille. Pas d’amis. Pas d’épaule sur laquelle pleurer, ni de panneau devant lequel prendre un selfie et l’envoyer au monde entier. J’avais envisagé cette fin de la façon suivante : une plage déserte, moi courant vers l’océan, laissant mon sac derrière moi sur le sable, puis mes chaussures puis mes habits, plongeant délicieusement dans mon plus simple appareil, me délectant de l’eau salé sur mon corps meurtri par les kilomètres.
Rien ne se passa comme je l’avais imaginé. Je pris une glace puis avançais le plus doucement possible vers l’océan. Il était 17h mais la plage me semblait encore bondée. Je m’asseyais sur un rebord bétonné, avalant cette fin comme j’engloutissais la glace sucrée que j’avais emporté. Je me sentais seule et vide. Qu’est-ce que j’allais bien pouvoir faire maintenant que j’étais arrivée au bout de cette aventure ? Qui allait pouvoir me guider si ce n’était les balises rouge et blanche de ce célèbre GR10 qui avait bercé mes rêves pendant quelques années ? Ne devrais-je pas repartir dans l’autre sens pour aller prendre une photo à Banyuls et prolonger cet état de béatitude que nous offre la marche et les montagnes, malgré les coups durs, les chevilles abimées, les doigts cornés par nos bâtons de marche ?
Je décidais alors de troquer mes chaussures de randonnée pour un instant bref les pieds dans l’océan, avant d’entamer les 45 autres minutes de marche qui me ramènerait vers mon hôte du soir. Je m’éloignais doucement de la petite bière tant espérée avec mes camarades de ces derniers jours, pour passer la soirée à échanger avec un couchsurfer, prolongeant peut-être encore un instant ces souvenirs de voyages lointains que le GR10 me susurrait doucement lorsque tout allait bien.
Le GR10, finalement c’est quoi ?
Alors le GR10, finalement qu’est-ce que c’est à part un simple chemin de randonnée ?!
Pour tout vous avouer, je ne savais pas vraiment par quel bout le prendre cet article. Aurais-je dû vous partager mes étapes au jour le jour ? La sensation de mes pieds sur le bitume et les routes mal dessinées pour les randonneurs ? Le bonheur de gravir une raide montée pour s’offrir une vue sur la beauté des sommets ? La fierté de traverser les Pyrénées d’Est en Ouest, délaissant mes lunettes de soleil pour profiter du souffle venté sur mon visage ? Qu’aurais-je dû vous raconter ?
Mes peurs ? Celle de marcher sous l’orage, celle de manquer d’eau, celle de ne me blesser, de ne pas y arriver ? Ou ma rencontre avec des milliers de vaches, de brebis, quelques serpents, des nuages sous toutes leurs formes ? Le bruit de la pluie qui arrive ? L’odeur de sa trace lorsqu’elle s’efface pour laisser place à un doux soleil réconfortant ? La dureté des fougères cramées, cisaillant mes jambes non couvertes ? Ou bien… ces rencontres fortuites qui arrivent toujours quand on s’y attend le moins mais qu’on en a le plus grand besoin ? La richesse des discussions partagées avec de parfaits inconnus, qui se retrouvent finalement avec le même but : celui de marcher, d’avancer pour peut-être mieux se trouver ou essayer de comprendre pourquoi on en arrive là… à parcourir 922 km, agrémentés de 55 000 mètres de dénivelé positifs et négatifs.
Le GR10, ce n’est pas de savoir qui a le sac le plus léger, le nombre de kilomètres par jour avalé. Le GR10, c’est faire confiance, se laisser guider par un chemin tout tracé mais que l’on appréhende jamais vraiment sans l’avoir parcouru. Le GR10, c’est tout ça à la fois… et qu’est-ce qu’il est dur de le laisser derrière soi, une fois que la traversée des Pyrénées se finit. Heureusement il n’offre qu’une introduction à ce que les Pyrénées ont à nous offrir.
Pour préparer son GR10, je vous conseille le site de l’association, qui gère la cabane de Clarans : http://www.gr10.fr
Posted on septembre 9, 2026
Tombstone : 3 jours de trek de Grizzly Lake à Talus
Cette randonnée était sur ma bucket-list au Yukon. J’en avais vu les couleurs automnales, maintes fois contées. Fallait-il encore pouvoir réserver les permis pour aller camper. C’est à quelques jours de notre retour d’Alaska, que mon amie m’a envoyé ce message : « j’ai un spot pour Grizzly Lake, tu veux venir ? » Toujours partante pour une belle aventure, j’ai dit oui ! Nous voilà parties pour trois jours au cœur du parc territorial de Tombstone.
J1 – Du centre d’interprétation à Grizzly Lake
Après avoir passé une nuit à la fraiche sous la tente humide, le réveil sonne à 6h30. L. a fait du bruit un peu avant, me sortant d’un sommeil enfin profond. Nous reprenons la route pour Tombstone.
Nous nous garons au centre d’interprétation vers 9h, deux heures avant nos espérances. Une aubaine qui nous laisse le temps de refaire nos sacs vaillamment. La ceinture de L. lâche alors que, du point de départ de la randonnée, nous nous apprêtions à partir. Un bout de corde et nous nous engageons sur le chemin qui grimpe continuellement. En prenant la tête de l’aventure, je tâche de ralentir pour ne pas partir trop vite avec un sac peu adapté sur le dos… celui qui m’a fait faire demi-tour sur le GR10. Plus de 18 ans de route ensemble ! Il en aura vécu des choses, mais finalement très peu en montagne.



J’avance au mental, mes hanches trop étroites pour le retenir. Je me bats avec les moustiques qui laissent place à la pluie. Fine d’abord, puis plus intense entre le premier point de vue et la seconde montée. On aperçoit les Tombstones au loin. Le chemin reprend une pente descendante et on virevolte avec quelques montées. La vue est dégagée et la pluie s’apaise. Les marmottes nous offrent une allée d’honneur du haut de leurs rochers sédentaires. J’aime admirer la languette blanche sur leur front, dégoulinant jusqu’au museau. On avance, les discussions reprennent et j’oublie le poids de ce sac qui danse. Le lac Grizzly se rapproche. Il nous fait des clins d’œil à certains virages, tandis que nous flirtons avec la boue et les gros rochers.
Arrivée à l’emplacement réservé, nous posons la tente. Je glisse enfin mes pieds fatigués dans l’eau, là où les montagnes se reflètent en parfaite harmonie.
J2 – De Grizzly lake à Talus Lake
Je n’ai pas su m’endormir profondément, de peur de ronfler. Les crampes d’un premier jour de règles m’ont tenu jusqu’à 3 h du matin. À 6 h, ma coéquipière de tente souffle. Le prenant personnellement, je me suis donc levée, pour un départ retardé à 8h30. On savait ce qui nous attendait. Nous voyions le col à grimper de notre tente la veille. Aujourd’hui tout se fait au mental : un pas après l’autre jusqu’à ce qu’on ne puisse plus monter. Ensuite, c’est la descente à pic mais je sais le terrain à retenir nos pieds. On glisse telles des skieuses chevronnées. Une fois descendues, on traverse de la neige encore restante à cette période de l’année. J’imaginais que Divide lake se trouverait après. Il faut encore longer le ruisseau qui prend une couleur orangé puis turquoise à mesure qu’on approche. Le lac ensuite, où l’on s’empresse de faire sécher notre tente. 12h.



À 13h30, on reprend le chemin le sac plus léger. Nous souhaitons faire l’aller-retour jusqu’à Talus Lake. Le sentier serpente à travers les vallons, effleurant le lichen parsemé de petites fleurs blanches ou violettes. C’est dans un virage que nous apercevons à nouveau ces montagnes à pic, effilochées au cœur d’un ciel sombre. L’averse s’en mêle. Nous sommes équipées. La routine du trek a pris le relai. Les gouttes sèchent au contact du soleil et nous profitons de ces paysages, émerveillées. Quelques photos au bord du lac de Talus et il est temps de faire marche arrière pour retrouver notre tente sèche. 4h aller-retour.
De Divide Lake à la voiture
Départ vers 8h. L. à la cheville en vrac. On sait la journée longue et difficile. Nous reprenons le chemin de la veille en sens inverse. La marche d’approche jusqu’à l’endroit redouté est plus longue que ce que j’avais imaginé. On est loin d’une mise en jambe et je dois reprendre des forces à la montée. Ça grimpe. Nos pas descendent légèrement à chaque enjambée, beaucoup moins que ce qu’on m’avait annoncé. Nous atteignons le col et nous dirigeons vers Grizzly Lake en contrebas. Je dois reprendre de l’eau au petit ruisseau, nous obligeant à faire un petit détour. L. y trempe sa cheville blessée.



Nous regrimpons jusqu’à apercevoir le lac de nouveau, cette fois-ci vu d’en haut. Petite pause repas avec une belle vue. Le reste de la montée est dure, l’appétit nous ayant coupé les jambes. Nous finissons par atteindre les petits « sommets » qui nous avaient accueillis le tout premier jour, annonçant la descente de 3 km jusqu’au parking. Avant de nous y engager, le ranger du parc nous offre son plus beau sourire.
À savoir avant de partir
47 km · 2 700 m D+ cumulés · 3 jours
J1 :11,5 km · +800 m / J2 : 18,2 km · +690 m /J3 : 17,5 km · +1 225 m
Nous avons opté pour un trek de 3 jours, mais d’autres personnes le font en 4 ou 5 jours. De Grizzly Lake, vous pouvez continuer vers les Twins Lake ou profiter de la beauté du lac Talus pour y poser votre tente. La Golden hour doit y être magique !
Les permis y sont obligatoires pour camper et vous serez obligés de réserver une entrée et une sortie à Grizzly Lake pour raison de sécurité. Par le passé, certains randonneurs se sont sur-estimés, laissant peu de place à l’improvisation. C’est un lieu fragile que l’on souhaite préserver encore longtemps, d’où le système de plateforme pour poser sa tente. Ayez votre permis sur vous (sauf si vous faites l’aller-retour jusqu’à Grizzly Lake à la journée), vous pourriez croiser un ranger qui ne manquera pas de vous contrôler.
Comme toute randonnée, que ce soit à la journée ou sur plusieurs jours, n’oubliez pas vos trois couches pour rester au chaud et vous adapter à la météo. Le ranger que nous avons croisé, n’avait jamais eu de soleil sur ses dernières sorties ! En ce qui concerne l’eau, prévoyez un filtre et ne vous laissez pas berner par la couleur splendide de certains cours d’eau. L’orange vif que nous avons pu observer lors de notre randonnée, n’était autre que la preuve vivante du dégel du pergélisol, lié au changement climatique. Des minéraux sulfurés et des métaux comme le fer sont mis à nus, rendant le PH de l’eau très élevé.
Avec ou sans les couleurs automnales, Tombstone vaut le détour. Que ce soit à la journée ou lors d’un trek de trois jours, les montagnes dentelées offrent des sensations de bout du monde. Les pics de granite sombres et acérés, qui ont inspiré le nom de « pierre tombale » aux chercheurs d’or du Klondike, se dressent quel que soit le temps devant ces lacs, rappelant que la nature sauvage règne en maître sur ces contrées.
Updated on août 23, 2026
De Whitehorse à Denali : un road-trip en Alaska depuis le Yukon
Il y a quelques années encore, je n’aurais jamais pensé mettre les pieds, un jour, en Alaska. Seulement, au départ du Yukon, le nombre de kilomètres invite au voyage. De Whitehorse à Fairbanks, en passant par Valdez, Anchorage et Denali, une aventure intense nous attendait, troquant parfois la voiture pour de belles randonnées.
Départ de Whitehorse
Nous partons de Whitehorse après une journée de travail, légèrement raccourcie par des heures prises en avance. La pluie tombe drument et l’orage nous pare d’un tonnerre résonnant à travers les rues droites de la ville. L. se pose sur mon canapé le temps de remplir nos bidons d’eau et de se décider sur le sens de notre trajet. Horaire ou anti-horaire, telle est la question ! Nous épluchons les sites météo, et comme disaient mes amis du sud de la France : « à trop la regarder, on reste au bistro ». Ni une ni deux, nous commençons les heures de route sous le déluge, dans le sens prévu initial, droit vers un long week-end de pluie.
On traverse Whitehorse, pour reprendre la route vers Haines Junction qui nous a accompagnées il y a deux semaines déjà. Pas d’arrêt pour vérifier cette fois la disponibilité des Cinnamon Rolls du Village Bakery, mais la recherche hâtive d’un abri. On file jusqu’à Destruction Bay pour croiser un ami à L., puis la faim me guette alors nous continuons un peu plus loin pour trouver un abri de luxe où manger et poser ma tente au sec. La première nuit sera douce, bercée par le vrombissement des quads du coin.
Premiers pas en Alaska
Nous quittons le camp la tente au sec pour nous rapprocher de la frontière. La pluie alterne avec quelques éclaircies. Nous doublons ces camping-cars qui tirent de mini 4×4 et même si on en croise souvent sur les routes yukonnaises, je ne me ferais jamais à tant d’opulence. Les nuages jouent avec les sommets des montagnes et nous nous accordons une courte pause à Beaver Creek. Le monsieur de l’office de tourisme s’empresse de m’accueillir en m’ouvrant la porte et je me faufile vaillamment jusqu’aux toilettes, L. ayant déjà récupéré les informations. Depuis que je vis au Yukon, je ne fais plus aucun effort avec « le small talk ».
Le passage de frontière à Alcan Border arrive ensuite rapidement. Fluide, nous continuons plus d’une heure et demie pour faire le plein à Tok. Nous ne nous attardons pas car nous espérons encore atteindre Valdez le soir-même. Nous reculons nos montres d’une heure. Les kilomètres se changent en miles. Les limitations de vitesse aussi. On s’adapte rapidement mais le temps reste gris. La route a l’air belle derrière ces gros moutons blanchâtres qui tendent parfois à laisser passer le soleil.
C’est vers 19 h que nous découvrons le glacier Worthington. Quelle saveur de se dégourdir les jambes ! La balade de courte durée, nous remontons dans la voiture pour découvrir le col Thompson sous les nuages. La randonnée que j’avais prévue ne se fera pas… de toute façon il est tard. Nous ralentissons devant les cascades de Bridal Veil et Horsetail Falls, impressionnantes en ce jour de pluie. Arrivées à Valdez, nous nous rapprochons dangereusement de la brasserie, espérant capter un peu de wifi. C’est au bord du Valdez Glacier lake, à contempler les quelques icebergs que je finirais par combler ma faim, sonnant le glas d’une journée de plus de 700 km.



De Valdez à Anchorage
Au petit matin, nous repassons à la brasserie pour faire un tour au marché annoncé la veille. On se retrouve devant trois mini-stands de créateurs. Nous partons donc de l’autre côté de la ville pour une randonnée que l’on nous a conseillée : Solomon Gulch Viewpoint. Le chemin suit une route de maintenance, rendant la balade peu technique et l’arrivée offre un coup d’œil sur un barrage, nous laissant perplexe.



De Valdez, nous aurions pu prendre le bateau jusqu’à Whittier mais il ne restait plus de places quelques jours avant le départ. Ne faites pas comme nous, réservez en amont ! Nous reprenons donc la route entre Valdez et Anchorage. Nous espérions que les nuages se lèvent pour pouvoir l’admirer au soleil. Que nenni ! Heureusement le Thompson pass est dégagé cette fois-ci.
Nous avons troqué un tour en kayak pour plus de 7 h de route. Les nuages défilent à mesure des kilomètres. Je tente d’en capturer la beauté à travers la fenêtre. Nous atteignons Anchorage en fin de journée. Je me dis que l’on va pouvoir se poser. Mais on continue les allers-retours pour trouver du wifi. Finalement, je propose que l’on s’arrête au bord de l’eau pour profiter d’un repas avec vue sur les montagnes. Ces dernières se cachent mais le soleil nous réchauffe à l’embouchure de Knik Arm.
D’Anchorage à Seward
En haut de flattop mountain
Après avoir « dormi » près d’une église, nous faisons un passage obligé à Walmart. Peu fière de passer au cœur de l’institution américaine à une heure aussi matinale, je dois trouver un nouveau chargeur, le mien ayant rendu l’âme suite à un coup de tente. Après avoir rapidement fait nos emplettes et téléchargé de nouvelles playlists, nous prenons la route vers le sud avec un arrêt au Chugach State Park. Nous nous acquittons des frais de parking et tandis que je récupère ma bombe à poivre dans la voiture, j’écoute éberluée cet homme expliquer à sa femme pourquoi il prend son flingue « pour se protéger des ours ». À mesure que nous nous éloignons de cette énergumène, je repense au débat ours vs homme dont les réponses féminines choquent encore certaines personnes.
Entrainées par le désir de dégourdir nos jambes, nous grimpons la Flattop mountain. Comme son nom l’indique, ce sommet est plat mais mérite quelques passages avec les mains. Nous avançons avec un bon rythme et échappons à la pluie. Un drapeau américain se dresse impunément à notre arrivée, pour le plus grand plaisir photographique de L. Nous redescendons par ce que nous pensions être un chemin afin d’éviter le passage délicat de la montée. Nous avançons en hors piste, malheureusement trompées par de faux sentiers. Mais où est-ce que la famille avec bébé, croisée au sommet, a-t-elle pu passer ?



Randonnée jusqu’au lac Portage
De retour au parking, nous reprenons la route en direction de Whittier. Après une heure et vingt minutes dans la voiture, nous arrivons, surprises, à un péage. « Pourquoi devons-nous payer ? » demande L. au guichet. Le tunnel de 4 km impose un droit de passage de 13 $. Il n’y a qu’une seule voie et nous l’empruntons sans attendre. Le temps de se garer sur le parking et nous sommes déjà engagées vers le point de vue, qui donne sur le glacier Portage. Bordé de nuages, celui-ci se jette dans le lac.
Nous avançons au cœur de la forêt nationale de Chugach, une vaste zone naturelle protégée qui s’étend à l’est de la péninsule du Kenai. La randonnée jusqu’au lac Portage nous entraine sur 7,4 km et 450 m de dénivelé. Les arbres, pour une fois, nous laissent admirer le paysage. Le soleil joue à cache-cache tandis que le glacier nous sert de point de repère. Ces bêtes de glace me ramène inexorablement au changement climatique. Je prends le temps de l’apprécier pendant que L. se trempe les pieds.
De retour à Whittier, la queue menant au tunnel s’est déjà formée. Nous ne ferons jamais le tour de cette petite bourgade, comptant plus de 200 habitants à l’année, de peur de rater le coche. Plein gaz pour Seward, nous nous engageons dans la voie à sens unique. Nous poserons la tente à quelques pas de la rivière Resurrection, après avoir observé un élan mâle imposant.
Croisière dans les Fjords du Kenai
Le piège des baleines à bosse
Au petit matin, nous laissons la voiture à Seward pour une croisière, réservée la veille. De 9h à 17h, nous embarquons pour le « choix du capitaine » au cœur du parc national des Fjords du Kenai.
L’aventure commence avec l’observation de loutres de mer, se laissant valser dos aux vagues. Les nuages prennent place sur les sommets. Le temps offre son aura mélancolique. De mon appareil photo, j’essaie de capturer à contre-jour les oiseaux volant près de l’eau. L’atmosphère est majestueuse. Soudainement, ces oiseaux se rassemblent pour se diriger, à pic, droit sur l’océan. De là, les baleines à bosse émergent gueules ouvertes, pour capturer les poissons qu’elles ont piégés grâce au « bubble netting ». En nageant en cercle et soufflant de l’air via leur évent (orifices au-dessus de leurs têtes), elles entrainent leurs proies au centre tout en formant « un filet de bulles », dont les poissons ne peuvent échapper… pour le plus grand bonheur des oiseaux, qui se servent alors au passage.
Otaries, puffins et mal de mer
Nous observons ce phénomène pendant un petit moment et je réalise enfin que je suis bien en Alaska. Les documentaires que je regardais petites, se dessinent devant moi. La navigation s’accélère. Nous avons encore plein de choses à découvrir ! Je sors prendre l’air sur le devant du bateau. Difficile de rester à l’intérieur quand la croisière se transforme en montagne russe. Je sais que pour échapper au mal de mer, il me faut sentir les effluves, cheveux au vent. Après une petite heure secouée, on aperçoit des orques puis des marsouins de Dall passant sous le bateau. Leur apparition est courte et nous reprenons des forces autour d’un bon repas. Certains ont encore les effets du mal de mer et j’engloutis goulûment les restes d’un Canada dry.
L’après-midi est d’autant plus magique, en compagnie du glacier Aialik, les formes épousées par le soleil. Décidément même avec les nuages, la météo nous le rend bien. Le lieu est magique, les icebergs reflétant la lumière. En toile de fond, cette beauté de la nature nous offre son vêlage avant de partir. Le retour est plus doux qu’à l’aller, et nous sommes plusieurs à nous être laissés emporter par les bras de Morphée. Nous recroisons quelques puffins, puis des lions de mer et des otaries.



La faim nous emmène au Chiknook, avec l’envie de déguster du saumon local. La gastronomie américaine n’est décidément pas… gastronome. Dodo à l’embranchement de Hope, car nous avons encore de la route qui nous attend.
En route vers Denali
Au petit matin, nous repassons par Anchorage et profitons du temps couvert pour nous arrêter à l’Alaska Native Heritage Museum. Nous sommes accueillies par les danses des Premières Nations, et continuons notre éducation à travers les lignes du musée. Celui-ci nous invite ensuite au dehors, à la découverte des habitations traditionnelles, puis nous nous posons dans l’amphithéâtre le temps d’écouter les histoires racontées ce jour-là.
Direction Talkeetna, dans l’espoir d’apercevoir le Denali. Nous tombons sur une petite ville remplie de boutiques à touristes, dont nous nous échappons rapidement. Le plus haut sommet d’Amérique du Nord se cache derrière les nuages. La chance nous sourit à une heure de là, au Denali Viewpoint South, où nous déposons l’auto-stoppeur pris au passage. Une petite marche autour du lac Byers, puis il faut déjà penser à trouver un spot pour la nuit.
Le parc national et réserve de Denali
Observer le mont Denali via Curry Ridge
Au petit matin, nous parcourons Curry ridge, une randonnée de 10 km et 300 m de dénivelé, parfaite pour observer le mont Denali, haut de 6190 m. On le retrouve à toutes les sauces, au détour du chemin. La météo est au beau fixe, une chance !
Nous profitons, ensuite, d’un déjeuner au Denali point North cette fois, avant de nous aventurer au cœur même du parc. Nous en prenons le pouls sur le Savage Alpine trail, un sentier de 6,8 km et 440 m de dénivelé. Pas une grosse randonnée en soi, mais le repas pèse sur l’estomac. Les vues dégagées tout le long nous laissent contempler les sommets enneigés lointains. Nous poursuivons en bord de rivière pour profiter d’une fin de journée tranquille et fraîche.
Le lendemain, le mont Healy nous appelle. La grimpette dans la forêt finit par laisser place aux rochers. Les cailloux roulent sous nos pas, L. étant loin devant moi. Mon corps ne supporte plus les kilomètres. J’aimerais prendre mon temps chaque soir. Celui de poser ma plume sur le papier, celui d’ingurgiter ma journée, de la revivre de manière douce, sans course contre la montre. J’ai la sensation d’être retournée au Ghana, avec une date limite imposée par un certificat. Ainsi, à la question, doit-on prendre le bus pour pousser jusqu’au Mile 43, repère où l’éboulement bloque la route depuis 2021, ma réponse demeure incertaine. Pourquoi pousser dans cet état ?



Du Magic Bus au Pôle Nord
On aurait pu continuer, préparer nos sacs pour s’aventurer en backcountry, mais le temps nous manque et nous ne sommes pas préparées. Alors nous reprenons la route vers Fairbanks. Cette ville fait écho à « Into the Wild », ce film dont la fin m’avait tellement déçue la toute première fois. Nous faisons un stop à Healy, pour contempler la réplique du bus utilisé dans le film, exposé à la 49th State Brewing Co.
Après un petit arrêt à Nenana, une petite bourgade pleine de charme, nous profitons des dernières heures d’ouverture du musée « University of Alaska Museum of the North ». Le Magic bus est en cours de restauration, mais quelques éléments font référence à la vie d’Alexander Supertramp. Nous errons quelques heures, avant de reprendre la route vers le Pôle Nord, pour une photo.
De la Denali highway à la Top of the World
Ce matin-là, les hurlements de loups ou de coyotes m’ont rapidement sortie de mon sac de couchage. L. m’accueille dans sa voiture pour le petit déjeuner. Nous redescendons vers le parc de Denali, pour nous aventurer sur l’autoroute du même nom. N’allez pas vous imaginer que celle-ci est entièrement goudronnée. La Denali highway se pare de graviers, plutôt praticable à notre grande surprise avec quelques parties jouant avec l’asphalte. Les paysages que j’attendais de l’Alaska se dévoilent enfin. Des étendues sauvages, les rayons jouant avec les points d’eau et les montagnes alignées de chaque côté. Nous prenons goût à parcourir ses 217 km, qui prennent rapidement fin.
Le matin du 4 juillet, nous nous retrouvons à Tok. Nous nous joignons aux voitures alignées sur le bord de route pour profiter de la parade. Les Américains fêtent le Jour de l’Indépendance à coup de bonbons envoyés par les chars qui se suivent. Nous apprenons que dans certains patelins, des voitures sont lancées dans le vide, à toute vitesse ! Il n’y a pas de doute ! Nous sommes bien en Amérique du Nord. C’est d’ailleurs de Chicken que nous nous empressons de quitter le pays. Fondée à la fin du 19ème siècle pendant la ruée vers l’or, cette localité compte encore quelques résidents à l’année. Elle devait à l’origine se nommer Ptarmigan, mais l’épellation du mot compliqué s’est transformée en poulet. Aujourd’hui, on retrouve des clins d’œil humoristiques à chaque coin de rue.
Nous empruntons les 105 km de la Top of the World Highway, qui serpente entre ciel et terre à 1200 m d’altitude en moyenne. Loin d’avoir le mal des montagnes, nous y retrouvons des airs d’Islande ou d’Écosse. Je traverserais la frontière américaine les yeux fermés, me réveillant devant l’agent canadien.
Dernier arrêt : Tombstone
De retour au Canada, nous patientons plus d’une heure devant l’embarcadère de Dawson City. Un camping-car trop long et sa remorque se retrouvent coincés à la descente du ferry. Il nous aura fallu le courage d’un néo-zélandais pour se dépêtrer de la situation, personne ne voulant prendre de risque.
Nous traversons Dawson City rapidement, l’ayant déjà découverte à l’automne dernier. Malgré toute la route que nous avons parcourue, nous sommes en avance sur notre programme. Un jour de battement pour profiter de Tombstone avant de rejoindre Whitehorse. Nous jetons notre dévolu sur la randonnée Goldensides, le mix parfait entre paysages, durée limitée et soleil dévoué.
L’Alaska fut englouti en une quinzaine de jours, comme une référence à la société de consommation américaine. Pourtant, il y aurait tant à faire, « temps » à ralentir pour s’imbiber de ces paysages que je pensais sauvages. Peut-être que mes années de voyage m’ont rendu opaque à la beauté de ces traversées. Supertramp était venu y chercher le détachement, la liberté. J’y ai vu une course contre la montre. J’y ai respiré la nature, comme on s’imprégnerait d’une culture lointaine et pourtant si proche. Heureusement, le souffle des baleines m’a coupé le mien et j’ai appris à admirer autrement, à travers un pare-brise fissuré par le temps et les insectes, encore solides dans ces contrées nordiques. Une invitation à y revenir se fige à travers les pellicules inexistantes de mon téléphone portable. Le monde se ressemblerait-il partout, à présent, où que l’on aille ?
Posted on mai 29, 2026
Les chiffres dans le monde de l’outdoor : une course à la performance ?
J’ai commencé à randonner dans mon enfance. Le but à l’époque, c’était le pique-nique. Il fallait arriver au sommet non pas pour la performance mais bien pour manger. J’aimais bien la vue aussi, souvent promesse de paysages vallonnés, jouant au loin avec les ombres.
Initiation à la randonnée
Marcher en soi, très peu pour moi… jusqu’à la Corse. Ma mère nous avait embarqué dans une mini aventure avec le frangin. Un bateau, une tente et une petite Clio. On s’était retrouvé une journée sur le GR20 à déguster du figatellu et du brocciu en compagnie d’un lézard, avec vue sur le Mont Melo et Capitello. Une question de bouffe encore, me diriez-vous. La vallée de la Restonica avait réveillé en moi des rêves de grandeur. Fallait-il encore que j’arrive à redescendre et passer la cascade humide qui m’avait donné du fil à retordre à l’aller. Arrivés au point de départ, nous avions contemplé nos mollets rougis par le soleil. Nous marquions ce jour-là d’une pierre blanche et de la promesse de parcourir le GR20 en famille, dans sa globalité. C’était l’époque où la Corse semblait encore réservée aux initiés.
La randonnée, comme agrément du voyage
Puis mon premier stage est arrivé. Mon école n’avait pas voulu signer ma convention : « tu vas t’ennuyer ». J’avais dû forcer et de toute façon, sans aucun plan B, ils n’avaient pas pu refuser. Le vent du Sahara soufflait sur cette vallée pyrénéenne qui m’avait accueillie tout un été. Entourée des gens du coin, je m’étais sentie pousser des ailes. Mes balades étaient encore timides, mais La Balaguère avait planté une graine, celle de la marche dans mon ADN. Quand il avait fallu redescendre d’un lac, en téléphérique sous l’orage, je n’avais qu’une hâte : me retrouver les pieds sur terre. Une envie de voyage avait aussi éclos. Bercée par un patron amoureux de la Mauritanie, je savais que mon aventure à pied ne faisait que commencer.
À l’autre bout du monde
Trois ans en Océanie. Mon premier trek en solitaire imaginé lors de ma première levée de pouce néo-zélandaise. Ce sont les pourtours vert – dorée du Mont Taranaki qui m’avait saluée. Mes colocataires de cabane s’étaient gentiment moqués de mon repas froid. C’était l’apprentissage du voyage léger, et la graine plantée dans les Pyrénées avait poussé, arrosée par les soirées partagées autour d’un bon chocolat chaud. Ces trois années furent formatrices. Les nuits en tente se sont accumulées. Les kilomètres aussi. À l’époque je n’avais pas conscience des dénivelés. Ma concentration se basait sur les noms des parcs nationaux et des randonnées autour d’Hobart en Tasmanie. Lorsque je prenais la route pour l’Overland Track, c’était pour quitter l’Australie avec des souvenirs positifs et mémorables, malgré la pluie, la boue et le froid.
Chez soi
Puis il y a le retour chez soi après une année en Côte d’Ivoire. Là-bas la chaleur me poussait au retranchement et j’ai troqué mes chaussures à tige haute contre des chaussures de danse. Le mouvement s’est fait autrement, avec quelques randonnées à la Dent de Man ou sur le sommet du Mont Korhogo. Le retour en France s’est poursuivi sur le chemin avec une traversée des Pyrénées orientales et pourtant là encore, je ne me suis pas sentie pousser par une envie de performance. La Covid nous a tous contraints à penser autrement. Pour ma part, dès l’ouverture des frontières départementales, je reprenais la route des Pyrénées. L’Ariège à deux heures de Toulouse était mon terrain préféré, mais quelque chose a changé. La randonnée a pris toute la place. Les week-ends se passaient dans les montagnes. Les dénivelés « trop faibles » me faisaient renoncer à quelques opportunités. Mon corps ne se reposait plus.
Deux mois au cœur des montagnes
Repartir sur le GR10 m’a permis de me réconcilier avec la marche. Ne plus chercher à conquérir. S’écouter un peu plus. Ce corps qui nous porte quotidiennement doit être chéri. Sans lui nous ne sommes rien. La course frénétique aux kilomètres, aux listes de sommet à conquérir a bizarrement diminué. La traversée des Pyrénées m’a forcée à prendre le temps : celui de replier sa tente tous les matins, celui de se poser devant une vue que l’on ne verra plus, celui de savourer son diner après une mission course. Parfois j’oubliais de faire la sieste car j’avais un objectif à la journée. Parfois il me tardait de finir l’aventure afin de me prouver que j’en étais capable. Mais jamais je n’oubliais de me masser les pieds le soir ou de m’étirer avant de me glisser dans mon sac de couchage.
Randonnée et performance : les chiffres et Strava
Après les joies du retour au quotidien des villes, je suis allée m’installer dans les Pyrénées. L’effervescence des réseaux et de ma forme physique décuplée, m’a fait reprendre la pente en accélérée. J’ai passé l’hiver sur des raquettes sans jamais m’octroyer moins de 800 m de dénivelé. Plus l’objectif était sauvage, plus il m’enthousiasmait. Bien sûr, je vérifiais toujours les risques avalancheux et mettais de côté mon envie folle de ski de rando par manque de niveau. L’été s’en est venu et je me suis laissée alpaguer par la folie des 3000, longtemps réservés aux plus expérimentés. Le Taillon, le Grand Astazou, la Grande Fache en une journée… Mon corps n’a jamais lâché, mais mon mental en voulait toujours plus. À quoi donc voulais-je me mesurer ? Le dépassement de soi est intéressant mais où met-on la limite ? Si nous étions moins exposés en ligne, déciderions-nous de prendre le même chemin ?
Ode à la lenteur
J’ai bizarrement toujours prôné la lenteur, sur ce blog ou dans mes échanges. Pourtant j’ai la sensation d’avoir vécu une vie à mille à l’heure et cette course effrénée à la randonnée a fini par me peser. Mon colocataire rigolait gentiment lorsqu’il me demandait où j’allais passer mon week-end. Il connaissait ma réponse par cœur : surement dans les montagnes en train de marcher ! Pour moi c’était pour passer du temps dans la nature… que pouvait-il y avoir de mal à ça ? Jusqu’au jour où j’ai couru tout un week-end derrière un gars ; jusqu’au jour où j’ai voulu me mettre au trail. Je me suis toujours demandée pourquoi tous ces gens courraient et ne prenaient pas le temps de regarder les paysages. Vincent Gaudin, un ancien collègue de bureau, m’avait déjà donné envie à travers ses vidéos, raison non suffisante pour me faire chausser des Hokas et me prendre la poudre d’escampette. Loin de moi l’envie de juger une pratique qui donne envie, sauf quand elle devient une course sans fond. Pourquoi toujours aller plus vite, plus loin ? Ne nous rapprocherions-nous pas de la société de consommation que nous pensions laisser derrière nous en profitant du plein air ?
Arrêt net
Depuis que je suis au Canada, je ressens moins cette pression. Peut-être parce que je randonne moins ou parce que j’ai pris du poids. Peut-être parce que le climat l’hiver incite à ralentir. Quelques randonnées au départ de Montréal. Quelques grimpettes dans les Rocheuses. Mais depuis mon premier hiver au Yukon, l’envie est moins là. Les -40°C de janvier dernier ont stoppé mon élan. Ici, on parle de sortir profiter des grands espaces. On ne mentionne plus les dénivelés ou les kilomètres. Comme si le mode de vie n’était plus à prouver. L’humain suit les saisons. Les journées à rallonge offrent de longues randonnées ou des balades après le boulot. Camper devient une sortie entre amis sans montre dernier cri. J’ai dû apprendre à être autrement. Je ne suis plus la voyageuse ou la randonneuse. Tout le monde vient des mêmes horizons. Qui sommes-nous si nous faisons tous la même chose ? Que faisons-nous si nous plantons tous une tente au même endroit ?
Updated on mai 29, 2026
Yukon, sur les traces de Jack London
Le Yukon était, pour moi, un rêve d’enfant. C’est Jack London et l’adaptation de son livre Croc-Blanc par Disney, qui m’ont mise sur sa route. Haute comme trois pommes, je rêvais déjà de grands espaces, d’une cabane en bois au bord de la rivière, parcourant les étendues blanches et sauvages avec mes chiens de traîneaux. J’ai envié « l’enfant des neiges » de Nicolas Vanier, dont la fille vivait mon rêve éveillée, de Prince George à Dawson.
Depuis, les chiens de traîneaux ne m’enchantent plus. Mais la petite Lucie, elle, a fini par me tirer par la manche de mon uniforme vert kaki. Je l’ai prise par la main et on est parties.
Sur les routes du Yukon
De Calgary à Whitehorse
Ici les pare-brises me rappellent ceux de mon enfance. Les insectes s’y écrasent incessamment, obstruant la vue. Ça n’arrive plus en France. Je dépose mon téléphone pour admirer les détails flous à travers les vitres.
Le soleil doré joue avec les ombres et parsème les arbres d’une orée scintillante. J’aimerais pouvoir arrêter la voiture pour prendre mille photos et capturer ces moments,où les heures de route finissent par valoir la peine. Il est déjà tard. 19h15. Encore quatre heures de route jusqu’à Whitehorse et des heures de sommeil à rattraper depuis Calgary.
De Carmacks, Ross River à Faro
Ces derniers jours n’ont pas été des plus joyeux. La conversation peine à naître. Les tentatives d’histoires, que je sors comme un tour de magie, tombent à plat. Les kilomètres s’avalent suite à la perte tragique de Juneau, le chien de mon hôte, une nuit à 2h30. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais mon rêve de petite fille s’est vu entaché lorsque mon regard a croisé les yeux bleus de cet husky blanc, figés par la peur face à la mort.
La montée jusqu’au Yukon n’a pas l’âme d’une ruée vers l’or, sauf peut-être lorsque je m’attarde sur ces golden hours de début d’automne.



Le silence a encore pris toute la place aujourd’hui. Quelques sujets lancés. Des faux pas politiques. Il faut, apparemment, ne pas vivre dans le passé. Mais que faire de ces années d’histoire où certains ont été oubliés ?
Je me concentre sur le paysage, impassible face aux larmes de celui qui me conduit. Que dire à un vieil homme qui vient de perdre son meilleur ami ?
La route continue et j’ingurgite le sandwich le moins transformé. Heureusement que j’ai embarqué avec moi quelques fruits. Mon visage bourgeonne déjà. Après trois jours à rouler depuis l’Alberta, je n’ai pas su dire non. La tournée est longue. Partis à 7h30 ce n’est que vers 23h que nous rentrons. Il en faut des kilomètres, pour livrer les communautés de Carmarcks, Ross River et Faro.
De Tagish à Carcross
Mon camp de base se pose enfin à Tagish. J’ai envie d’hiberner au cœur de cette cabane rustique. Le mur est tapissé de souvenirs manuscrits, de photos, de cartes postales. La vie a prise place autour du poêle, sur ces lits vêtus d’un sac de couchage. C’est un peu le bazar sur la table, alors, à chaque fois qu’il faut poser une assiette, je pousse un peu plus sans jamais ranger, car le lendemain promet une nouvelle couche.
Les jours à Tagish ont fini par défiler. Les va-et-vient entre Whitehorse et Carcross nous ont offert des haltes adéquates. L’arrivée salvatrice d’une Allemande de 18 ans m’a fait déposer les armes, après avoir porté sur mes épaules la tristesse d’un hôte face à son deuil. Je décide de poser mon fardeau au cœur du Miles Canyon que nous découvrons. J’aimerais arrêter de me sentir responsable des émotions des autres.



Puis une mexicaine nous rejoint. On s’arrête enfin devant le lac Émeraude, qui subjugue à chaque fois que nous empruntons la route menant à Whitehorse. Rien à voir avec celui qui trône au milieu du parc national de Yoho. Ici, les paysages s’harmonisent comme dans ce Disney de 1992. C’est d’ailleurs en haut des dunes du désert de Carcross, que nous contemplerons le mieux ces beautés d’un autre monde.
Kluane, parc national du Yukon
De Haines Junction à Soldier’s Summit
Ça y est ! C’est l’heure de notre premier road trip ! J’ai hâte de découvrir ce territoire qui m’a bercée d’illusions depuis si longtemps, hâte d’en fouler les sentiers, hâte de m’y plonger intensément.
Mon hôte ne randonne plus. La Mexicaine profite de sa première balade menant au Soldier’s Summit, à deux pas du centre d’information Thechàl Dhàl’, fermé à cette époque de l’année.



J’absorbe les vues que la route veut bien m’offrir. Je n’atteindrai pas Observation Mountain, cette fois, qui nécessite 19 km de marche et je me répète inlassablement : « je reviendrais », comme une promesse à ma part d’adulte. Aurai-je l’occasion de fouler à nouveau ces contrées ?
J’ai choisi de faire du HelpX par praticité et parce que, parfois, j’ai moi aussi envie de me laisser guider.
Alors je lâche prise. Je me sais déjà chanceuse d’être ici, sur ces terres lointaines fantasmées petite… Effleurer le parc de Kluane sans pouvoir s’immiscer dans ses entrailles : c’est ok… puisque les couleurs automnales se sont invités.
De Katleen Lake à Haines Junction
Après une nuit sous tente, Kings Throne veille, caché sous les nuages. J’aperçois le chemin qui mène à son sommet depuis le lac Katleen. Les couleurs ne se capturent pas. Il faut les saisir d’un simple regard.
La route continue le long du parc. S. s’arrête et nous profitons d’une éclaircie pour se dégourdir les jambes sur le sentier du Glacier Rocheux. Je n’imaginais pas un instant qu’un glacier pouvait officiellement être fait de roches. J’hume les senteurs automnales qui émergent lorsque la terre est mouillée. Les roches dégoulinent de la montagne et, pourtant, nous marchons sur une voie élaborée. La pluie nous rejoint.



On reprend la route trempée jusqu’à la cascade aux millions de dollars. Le bitume se poursuit mais la vue est bloquée par les nuages de pluie. S. décide de faire demi-tour pour rejoindre Haines. Nous nous endormons bercées par les trombes d’eau pour ouvrir les yeux, éblouis par le soleil.
Le sentier Auriol nous accompagne pour 1h ou 2h, histoire d’avoir une vue sur la ville derrière les arbres. Notre exploration du parc national de Kluane s’arrête là, mais j’ai déjà noté mes prochaines étapes.
Sur les traces de la ruée vers l’or
S’il y avait bien quelque chose que j’avais effacé de ma mémoire derrière l’adaptation de Croc-Blanc, c’était l’histoire de la ruée vers l’or. Quelle ne me fut ma surprise de redécouvrir le Yukon sous cet angle. Afin d’en apprendre un peu plus, nous avons traversé la frontière…
Une journée à Skagway
S. décide de passer la journée à Skagway. Je suis exténuée. La route qui y mène est belle. La lumière du matin invite à l’aventure, mais je grelotte sur mon siège passager. Le poste-frontière surgit au milieu des montagnes. S. semble connu comme le loup blanc. On atteint la ville en fin de matinée juste à temps pour un déjeuner au Red Onion Saloon. Construit en 1897, au tout début de la ruée vers l’or du Klondike, cette institution abreuvait les chercheurs d’or et bien plus encore. Nous montons à l’étage, où l’on nous remet un porte-jarretelles en guise de bienvenue.
Les dessous d’une institution
Nous découvrons la vie des filles de joie. Chaque prostituée avait une poupée en porcelaine à son effigie. Comme le turn-over y était important, la chevelure et la couleur des yeux étaient interchangeables. C’est au bar qu’on pouvait les voir : si la poupée était couchée, il fallait en choisir une autre ou attendre son tour (de 15 min). Réparties dans 10 petites chambres à l’étage, les femmes y gagnaient bien leur vie. Et l’or… apportait son influence. Elles furent d’ailleurs parmi les premières à obtenir le droit de vote aux États-Unis dès la fin du 19ème siècle. Aujourd’hui le Red Onion Saloon trône encore fièrement sur Broadway, entouré de boutiques de souvenirs où déambulent les croisiéristes du monde entier.



Skagway fut l’une des portes d’entrée de la ruée vers l’or. Fallait-il encore franchir le White Pass Trail avec près d’une tonne de vivres sur le dos, tout en déjouant les tours de Soapy Smith, célèbre escroc de l’époque. L’autre option, via Dyea, consistait à gravir le Chilkoot Pass, avec l’espoir pour seule boussole. La construction de la voie ferrée entre 1898 et 1900, reliant Whitehorse à Skagway, amena les aventuriers à délaisser la première option.
Mais la route est longue jusqu’à Dawson City…
Dawson City, ville fantôme ?
Les arbres virent au doré. Les matinées se font plus fraiches. Je reste suspendue à mon appareil photo, peut-être parce que mes yeux se ferment souvent sous la fatigue. La route s’étire aujourd’hui. Le silence de mon hôte ne me gène plus. Je me suis accoutumée au rythme de croisière et au rock qui embaume notre van blanc. De la mythique Alaska Highway, nous empruntons la Klondike Highway.
Dawson City a été fondée en 1896, suite à la découverte d’or à Bonanza Creek. Beaucoup y sont venus pour les pépites mais la majorité y a découvert une soif pour l’aventure. Jack London y a trouvé la matière brute de ses récits. Les conditions extrêmes et les températures hivernales ont forgé une capitale vibrante, qui accueillait en 1898 plus de 30 000 habitants. Les bars, cabarets et théâtres y ont fleuri. Et c’est au cœur du Diamond Tooth Gerties que nous nous savourons, ce soir, un spectacle en trois actes, digne du célèbre Moulin Rouge.



Aujourd’hui, la rivière Klondike est exploitée par de grandes compagnies qui pillent ses rives. Pour nous elle ne regorge d’or, non pas à cause de ses pépites. Les arbres qui s’y reflètent ont revêtu leur parure dorée. Des montagnes de quartz s’agglutinent sur les berges, déformant le paysage naturel lorsque l’on rejoint le Dredge No 4. Des petits perchoirs à oiseaux parsèment les bords de route, offrant un semblant d’équilibre fragile.
C’est la fin de la saison. Depuis 1900 et la fin de la ruée vers l’or, Dawson City revêt chaque hiver une apparence de ville fantôme. Seules les façades en bois racontent encore son histoire, parfois déformées par le permafrost et les affres du temps.
Tombstone, l’or du Yukon
Notre périple s’achève à Tombstone. La météo se contente de brume et de pluie. Les couleurs sombres d’une fin d’automne émergent sous les nuages et j’espère pour le lendemain une éclaircie.



Les sommets sont saupoudrés de neige. L’hiver arrive plus tôt dans le Grand Nord. J’enfile mon bonnet pour parcourir les plaines, espérant capturer le jaune et orange vibrant. Le soleil refuse d’être de la partie. Et sur cet échiquier géant, Dame Nature contre mes cavaliers ardents. Je dois repartir pour huit heures de route, sans avoir posé les pieds sur ces chemins de randonnées, qui murmuraient à l’oreille de la petite Lucie :
« Viens t’aventurer ici. »
Ce n’est pas l’or que je suis venue chercher au Yukon. C’est la réalisation d’un rêve qui ne m’a jamais lâchée. Tenace, un peu comme cet homme vivant dans sa cabane sans eau ni électricité. J’exagère… son générateur et ses panneaux solaires comblent les manques et l’eau se puise, non pas au puits, mais chez les pompiers d’à côté. Malgré les bruits de souris et les pleurs solitaires la nuit, la générosité de mon hôte a marqué ces trois semaines au Yukon. Avant mon départ, il venait d’adopter un nouveau compagnon… peut-être pour combler la solitude qui s’abat lorsque les volontaires ne sont plus là.
Au-delà des paysages, j’y ai surtout trouvé une communauté bienveillante et soudée, une bouffée d’air frais et une envie de ne plus jamais quitter ces contrées. C’est peut-être la première fois que tout me paraît fluide depuis mon arrivée au Canada. Il suffit peut-être de suivre ses rêves pour retrouver les chemins de la liberté.
