Posted on mars 20, 2021
Poème du soir
Une journée banale ou presque.
J’ai enfin prévu de me lever à 7h du matin.
Pourtant nous sommes samedi, un jour de week-end.
Mais j’ai besoin de partir prendre l’air.
L’ eau m’est monté à la tête.
Ou peut-être la bouteille de vin entamée de la veille.
Oserais-je écrire que j’ai bu un verre toute seule ?
Seule face à une série qui parle d’âme sœur ?
La journée fut douce et ensoleillée.
J’ai repris la randonnée un brin enflammée.
Je m’étais dit que les 15 km et les 600m de dénivelé,
seraient sans doute un bien paitre trophée.
Se surestimer ? Pour gagner en expérience ou en maturité ?
L’ envie seulement de s’aimer pour ce que l’on est.
Jamais se comparer, toujours avancer.
Et pourtant dans le regard de l’autre, on se voit blessé.
Le vin blanc me monte à la tête.
Peut-être que c’est comme ça que vivent les artistes.
Seules dans cette dualité animale,
Celle qui vous donne des ailes et vous les reprennent.
De haut en bas, comme sur les chemins.
Montant et descendant comme les notes de cœur,
qui s’enflamment puis se font une raison.
Le verre est presque vide.
Faudrait-il à nouveau le remplir ?
Ou le laisser au repos en solitaire,
jusqu’au Printemps prochain ?
Faut-il encore que cicatrisent ces états d’âmes incertains ?
Je referme la bouteille et me rêve au printemps 2019.
C’était la fin d’une année tumultueuse.
Mais j’étais vivante et insoumise.
Encore libre de rêver à danser, aimer et chanter.
Aujourd’hui je suis une âme sèche,
qui ne trouve plus la richesse au cœur des montagnes,
qui trouve la solitude fade,
comme cette bouteille qu’elle vient de refermer,
pour de meilleurs lendemains.

Updated on décembre 29, 2024
Escale à Sao-Tomé-et-Principe
Lorsque j’ai demandé mon visa pour l’Angola, il fallait que je puisse prouver que j’allais quittais le pays à une date précise. Je ne me voyais pas acheter un « faux » billet d’avion comme certains sites le proposent, mais je n’avais pas envie non plus de quitter le pays par voix aérienne. J’avais vu un reportage sur Sao-Tomé un jour qui se targuait d’avoir le meilleur chocolat du monde. L’idée fit son chemin et je m’étais renseignée afin de savoir s’il était possible de rejoindre cet archipel, planté au cœur du Golfe de Guinée, en bateau. La réponse semblait négative au vue de la trajectoire des containeurs qui partaient du nord au sud et les embarcations qui pouvaient être sujettes à piraterie. Le climat international commençait à devenir flou sur les chaines nationales européennes et je mettais mes responsabilités écologiques de côté pour m’envoler de l’Angola jusqu’à Sao-Tomé.
Des débuts chaotiques
Je me souviens avoir pris un taxi de nuit pour l’aéroport de Luanda. J’étais triste de quitter ce pays où je me sentais comme chez moi, sans pour autant en maitriser la langue. Le vol fut rapide, le passage à la frontière également et le visa gratuit pour une quinzaine de jours fut tamponnée rapidement. On ne m’a même pas demandé la preuve d’un vol retour… si j’avais su, je ne me serais pas précipité la veille du départ pour le réserver (spoiler: il ne me sera jamais remboursé). J’arrivais donc tard le soir, vers minuit. Il était dimanche ou peut-être lundi. J’avais contacté le seul couchsurfer du pays, qui m’avait proposé de me récupérer de nuit. A peine sortie de l’aéroport, trois personnes me firent signe de la main. Je m’approchais et rencontrais F. l’italien, sa copine française et un ami à eux français également. Ils m’accueillaient chaleureusement et le couple m’embarqua à une demi-heure de là dans leur nouvelle maison.
J’avais quitté la chaleur supportable de l’Angola, pour me retrouver dans l’humidité Sao-Toméenne. Mon esprit vagabonda une année et quelques mois en arrière, lorsque je faisais mes premiers pas en Côte d’Ivoire de nuit sous une chaleur étouffante. Sur la petite île, ça aurait pu être la fièvre, la tête embrouillée depuis que mon hôte luandaise était tombée malade. Je m’endormis rapidement, bien trop faible pour penser à quoi que ce soit.
Le lendemain, je me prépare un petit-déj tandis que mes hôtes sont déjà au travail. La française vient me voir et me demande mon programme de la journée. Je suis tellement fatiguée par ce rhume qui se présage que je lui dis que je prévois de faire quelques courses et de partir humer l’ambiance de la capitale. Elle m’accompagne, mais je la sens mécontente et stressée. On fait nos emplettes, je change mes sous dans la rue et je décide de rentrer avec elle. Premier jour à Sao-Tomé et j’ai le sentiment d’être un boulet pour mes hôtes. Je leur propose de cuisiner un truc, ils refusent gentiment. L’italien doit passer à l’hôpital faire un test de paludisme car il a de la fièvre depuis quelques jours et se sent patraque. J’en profite pour me poser derrière l’ordinateur pour faire les recherches que je n’ai pas pris le temps de faire plus tôt, espérant retrouver ma forme olympique. Ils rentrent alors avec un masque sur le visage. F. n’a pas le paludisme et sous-entend qu’il a peut-être la COVID. Nos contacts ont été limités. Ils veulent que je parte. Je leur demande si je peux rester au moins ce soir, le temps de me retourner.
Le surlendemain je pars au centre ville, après avoir contacté leur ami français pour le rencontrer. Je suis crevée, je n’ai pas la force de trouver une solution d’urgence pour ces prochains jours. J’ai juste envie de dormir, de boire du thé et de rester enfermée devant un ventilateur toute la journée. Le français est sympa, il me rappelle ce militaire rencontré un soir de festival à Montpellier. Il me propose de passer chez lui pour le déjeuner, afin que je rencontre les enfants qu’il accueille à la journée. Je me laisse guider, profite de ce moment sans penser à la suite. Le français me dit qu’au pire il peut me prêter une chambre le temps que je me décide et je lui propose un coup de main pour son site Internet en échange. Le deal est scellé pour le lendemain.
Le soir je déménagerais en urgence dans un hôtel du coin, après un au-revoir furtif auprès de mes couchsurfers. La culpabilité m’envahit. Etais-je si peu sympathique pour qu’ils réagissent de cette façon ? Est-ce le stress de la saison qui jouait en ma défaveur ? L’ambiance électrique d’une fièvre inconnue, le début d’une pandémie qui profilait son aura ? Je ne le saurais pas.
Sao-Tomé et la route du nord
Avant d’emménager chez le français, je laisse mes affaires à la réception pour partir en excursion avec une agence locale. C’est une amie angolaise qui m’avait passé le numéro du guide. D. parle anglais et nous nous retrouvons à l’hôtel où il me récupère pour partir sur la route du nord.
Nous roulons jusqu’à Ponta Fernao Dias pour ensuite rejoindre Morro Peixe par les petites routes de sable. De Morro Peixe, nous rejoignons Lagoa Azul pour nous baigner. L’île de Sao-Tomé offre à cet endroit un bout de terre enclavé qui dessine un lagon naturel de ses eaux turquoise. D. me dit de faire attention aux oursins. Il m’avoue avoir oublié le masque et le tuba pour me faire profiter des fonds marins. Je plongerais dans les eaux délicieuses pour nager un instant, puis sortirais pour gouter la bière locale et discuter avec les artisans. Je leur explique dans mon « portugnol » hésitant que leurs œuvres sont magnifiques, mais que je prévois de remonter la Côte Ouest africaine, afin de rejoindre la Côte d’Ivoire avec un petit sac pour seul compagnon. Déçus, ils décident de m’offrir un souvenir de Sao-Tomé pour que je n’oublie pas mon voyage dans leur doux pays. Comment le pourrais-je avec un peuple si généreux ?
Séchés, nous filons jusqu’à Neves, où il est temps de goûter la spécialité du coin: le crabe du restaurant Le Santola. L’endroit ne paie pas de mine pour un occidental et pourtant, d’expérience, je sais que c’est dans ce genre de lieu que l’on trouve la meilleure cuisine. Nous montons à l’étage de cette belle maison colorée pour nous installer sur l’une des tables vides. Les crabes nous sont servis avec de petits morceaux de pain aillés, accompagnés de marteaux en bois légers pour accéder à la chair de la pêche du jour. D. m’explique comment faire et m’impressionne par sa dextérité. Il a déjà fini son crabe que je suis à peine entrain de commencer le mien. Il rigole gentiment et attend que je finisse.
Après cette pause exquise, nous continuons sur la route qui mène à Santa Catarina. D. me montre le monument marquant la découverte de Sao Tomé puis m’initie à la Roça de Diago Vaz, avant de rejoindre le tunnel, où notre balade s’arrête. Nous n’irons pas jusqu’au bout de la route, ni marcher vers la Cascade de Ponta Figo. Cette journée fut une belle introduction à la petite île, mais je reste sur ma faim. Il est temps de rejoindre mon nouveau colocataire et de récupérer un moment.
Que faire à Sao-Tomé, la capitale ?
Entre temps, mon vol reliant Sao-Tomé à Abidjan s’est vu annulé (le Ghana ayant fermé ses frontières). Je prends contact avec la Consule sur place pour avoir écho des directives françaises. Quelques heures plus tôt les messages affluaient me disant de rentrer au plus vite (Macron ayant fait son fameux discours relatif au 1er confinement). Dans un pays où le mot d’ordre est « leve, leve » (doucement doucement), le stress de mes amis français finit par me gagner. Essayant de faire la part des choses, je pars en matinée explorer la capitale à pied, afin de prendre le temps de contempler, de souffler, de profiter de l’océan et des embruns salés. Je décide de rejoindre le musée de la ville en passant par la cathédrale et l’espace Cacau, où je découvre une exposition d’art magnifique et des panneaux explicatifs sur l’histoire du Cacao.
Marcher me fait du bien et j’avance pensive vers le musée national, mêlé au Fort de Sao Sebastiao (St Sébastien). Un gamin m’interpelle. Il me parle avec un grand sourire. J’ai le cœur lourd. Je lui dis que je veux visiter le musée. Il me demande d’où je viens et ce que je fais ici. Je ne parle pas portugais, il connait quelques mots de français. Il mène la conversation avec fluidité et son énergie positive débordante me requinque. Je finis par le suivre au cœur du musée, où il m’explique à demi-mot ce qui s’y trouve. A la fin je dois me décharger de 50 dobras pour régler ma visite. Il me présente alors à une jeune femme qui est – je le comprendrais quelques minutes plus tard – la guide officielle. Je n’ai plus le temps pour la suivre et revisiter les différentes salles du musée. Je dois rentrer rejoindre le français qui m’attend pour le repas du midi avec les enfants, dont il s’occupe. Le gamin s’avère être plus âgé que je ne le pensais. Il me dira à nouveau qu’il peut m’emmener dans le sud. On échangera nos numéros pour convenir d’un itinéraire, si jamais je décidais de rester.
Je passerais l’après-midi à jouer aux échecs avec les gosses accueillis par le français. Je me fais battre à pleine couture et en profite pour peaufiner mon portugais. Mon nouveau vol conseillé très fortement par la Consule, pris pour rentrer en France, se verra annulé. Je ne sais combien de temps je vais rester à Sao- Tomé.
Sao-Tomé et la route du sud
Je décide alors de recontacter ce jeune homme rencontré au musée, M. On a tout prévu: l’itinéraire, la moto, le casque et le coût de ces deux jours vers le sud. Le français insiste pour rencontrer M. et me confirme alors que je peux partir en toute confiance. Nous quittons la capitale pour la route longeant la Côte Est, jusqu’à la pointe méridionale de l’île paradisiaque.
1er jour: de Sao Tomé à Porto Alegre
Nous faisons notre premier stop au cœur de la roça Agua Ize, puis au niveau du Boca do Inferno ou « bouche de l’enfer ». Nous continuons plus au sud pour rejoindre Sao Joao dos Angolares et sa magnifique vue sur les hauteurs (il parait qu’on y mange bien). Enfin c’est au tour de la cascade de Pesqueira, avant de rejoindre Malanza pour un bon repas. Nous y rencontrons Suzanne qui nous cuisine de fabuleux poissons braisés avec du bon pain de fruit, puis nous lui promettons de revenir le lendemain. Nous passons l’après-midi à rouler de plages en plages, de Praia Cabana, à Praia Ilhame jusqu’à Praia Piscina où nous nous baignons. L’ eau est fraiche et la mer agitée. Je suis rincée par ces heures de route en moto, il est temps de rejoindre mon hébergement du soir sur la plage de Jalé, où se trouve l’écolodge au même nom. Celui-ci est complet, mais ils ont une tente à me prêter, qu’ils planteront à côté de celle accueillant les bénévoles de l’association Marapa qui s’occupent de la protection des tortues de mer sur place. M. repartira à Porto Alegre pour la nuit et me certifiera qu’aucune sortie d’observation n’est organisé ce soir-là. Le lendemain j’apprendrais que les bébés tortues avaient finalement été relâchés dans la nuit.
2ème jour: l’île de Rolas
Un nouveau jour s’offre à nous et nous avions prévu de rejoindre l’île de Rolas. Accessible depuis l’écolodge de Jalé (pour 375 dobras en 2020) ou depuis l’écolodge de Praia Inhame (pour 250 dobras si vous êtes clients ou 300 dobras si vous venez de l’extérieur et êtes moins de 4 personnes), M. m’emmène à Porto Alegre pour aller directement négocier avec les pêcheurs. Ces derniers nous embarqueront pour 250 dobras. La traversée est splendide. M. décide de sauter du bateau en plein océan pour le simple plaisir de nager dans cette eau limpide. J’ai alors l’image du bonheur a l’état pur: celle d’un jeune homme tout sourire qui profite de la nature, riant seul aux éclats face à mon visage ébahi. On le laisse nager un peu avant qu’il ne remonte dans le bateau. Nous finissons par arriver et le conducteur nous accompagne le temps de notre montée vers le « centre du monde« . Après avoir bu quelques noix de coco fraiches, j’admire la carte faite de mosaïque à mes pieds. M. m’explique que le méridien de Greenwich et la ligne de l’équateur se retrouvent ici. Le symbole est beau et la vue sublime, je m’y sens bien. M. me fait rebrousser chemin au cœur de la forêt et m’entraine vers la plage. L’ autre jeune rejoint son bateau et nous promet de venir nous chercher dans quelques heures. Nous sommes presque seul sur la Paia Café où un couple se fait servir son déjeuner. Il ne manque que le masque et le tuba pour profiter de ce lieu splendide. Je suis beaucoup moins sensible aux plages qu’aux montagnes et pourtant l’île de Rolas me dévoile l’une des plus belles plages intimistes que j’ai pu découvrir jusque ici.
Nous finissons par quitter l’île pour retourner vers la ville de Sao-Tomé et retrouvons Suzanne qui nous a encore préparé un succulent repas. Cette fois accompagné de riz, son plat me tiendra pour toute la journée. 200 dobras pour 2 personnes… et une joie communicative qui n’a pas de prix. Après ce repas, ils insistent tous pour que je prenne une douche: « mais si, après la plage tu seras plus à l’aise ! ». Gênée, je finis par accepter l’offre de Suzanne, heureuse de pouvoir me faire sentir à la maison. Un seau rempli d’eau claire, du savon, le tout s’écoulant dans le trou des toilettes. Toute neuve, nous repartons vers la capitale et je promets à cette belle femme de parler d’elle. La fin de la journée arrive rapidement et nous devons reprendre la route avant que la nuit ne tombe. Nous arriverons sur la capitale bien tard et je dirais à M. que ce n’est pas un au-revoir.
Sao-Tomé et la route du centre
Les jours suivants, l’atmosphère change. Les gens commencent à me dévisager dans la rue. Jusque-là pacifiques et souriants, certains hommes m’agressent verbalement en me surnommant « coronavirus » et en me demandant où est mon masque. Un vol de rapatriement a été mis en place et tous les français non résidents sont priés d’aller s’inscrire auprès de la TAP. Je passe mes journées à stresser à chaque message du groupe whatssap que la consule vient de créer. J’ai peu de temps pour échanger avec le français et les enfants qui viennent tous les jours à la maison. Mon rhume imaginaire finit par reprendre le dessus. M. s’offre comme cette boule d’air frais quotidienne, qu’on n’avait pas demandé et qui, pourtant, devient si vitale. Il me dit de relativiser, de profiter de l’instant présent, mais comment profiter de chaque moment lorsqu’on n’a pas de date fatidique ? Vous savez celle qui permet de programmer les prochains jours, de savoir si l’on rentre ou pas ?
M. me propose de partir pour la journée découvrir le centre de l’île, vers Monte Café où son père vit. La route est courte comparée au sud. J’insiste pour faire la randonnée qui nous mènera au Lagoa Amélia, pour découvrir une infime partie du Parc naturel Ôbo (qui recouvre quand même 30% de l’île de Sao Tomé !). M. n’aime pas marcher et me certifie qu’il n’y a pas grand chose à voir. Pourtant il m’y emmènera.
Ce jour-là, les nuages s’épaississent et ne présagent rien de bon. Pourtant je suis ravie d’avoir le nez dehors, loin de la pression de la petite capitale (et de ces histoires de rapatriement). Nous marchons et la pluie commence à tomber. L’ eau traverse chaque parcelle de nos vêtements tandis que la culpabilité imprègne mes pores. « Pauvre M. j’ai insisté pour faire cette randonnée et maintenant il va être tout trempé ». Nous continuons coûte que coûte et je souris doucement en repensant au Parc national de Taï, où nous avions été surpris par la pluie et où l’eau était montée très rapidement jusqu’aux genoux. La sensation est la même dans cette ancienne colonie portugaise. Je ne vois plus où je mets les pieds. Nous finissons par arriver… puis nous reprenons le chemin en sens-inverse, trempés jusqu’à la moelle mais encore chauds de notre marche. Nous nous abritons devant le micro-supermarché du coin. Les habitants s’y sont donnés rendez-vous pour laisser passer la pluie. Les hommes que nous avions croisés qui partaient aux champs de bon matin, sont eux aussi à l’abri, attendant tranquillement que les trombes passent. Avec M. nous sommes frigorifiés. Je lui prête ma serviette et vais me changer dans l’arrière boutique. Je ne sais pas pourquoi ce jour là, je me suis dit qu’il serait utile de prendre des vêtements de rechange. Malheureusement j’ai oublié qu’il faisait frais dans les hauteurs du centre.
J’achète quelques bananes séchées pour nous faire patienter et espérer que la digestion nous réchauffe. La pluie finit par s’arrêter. Nous remontons frigorifiés sur la moto en direction du Jardin Botanique, quand nous croisons le guide qui s’occupe des visites: « j’ai fini pour aujourd’hui, il n’y a aucun touristes ». Nous bifurquons jusqu’à la Cascade de Sao Nicolau, avant de rejoindre Monte Café. C’est ici que se trouve la plus ancienne plantation de café de l’île. Il est en temps normal possible de visiter la plantation et le petit musée adjacent. Sauf qu’à un jour près, le gouvernement a annoncé la fermeture des principaux lieux touristiques. Nous ne le savions pas. La Casa Almada Negreiros, où nous devions prendre notre repas, est elle aussi close pour la journée. Nous profitons néanmoins d’une tasse de café bien chaude avant de repartir sur la capitale.
A l’aéroport de Sao-Tomé
M. me ramène à la TAP car c’est le jour où je dois acheter mon billet d’avion à 1400 €. De quoi rester des mois à Sao-Tomé… Je rentre dans l’agence et en ressort en pleurs 5 min après. Je n’ai pas envie de partir. Pourquoi le devrais-je ? Les jours se mélangent, les idées aussi. Je ne sais plus quoi faire. M. me rassure et me dit que je serais peut-être mieux auprès de ma famille. Il m’avouera plus tard qu’il aurait aimé que je reste. Je rentre à nouveau dans la boutique le cœur serré. La responsable m’annonce qu’elle n’a pas de billet pour moi. Le soulagement m’envahit. Et pourtant le lendemain, la consule décidera de m’amener à l’aéroport pour me faire monter dans ce foutu avion.
Je fais mes valises en quelques minutes, explique au français ce qui se passe. Je n’ai pas le temps de dire au-revoir aux enfants que j’ai croisé dans la maison, ni de remercier chaleureusement mon précieux guide. Je monte dans la voiture et arrive en très peu de temps à l’aéroport. En route la consule m’a trouvé un billet, il faut que je reparte sur la capitale. Son chauffeur m’embarque. Je paye et retourne à l’aéroport, complètement démunie par cette décision de dernière minute que je n’ai finalement pas prise. Tout s’enchaîne. Le français parle avec des clients. M. me fait la surprise de me rejoindre à l’aéroport, tandis que je suis entrain de batailler pour avoir un billet me ramenant du Portugal jusqu’ en France. Il ne peut contenir ses larmes… Le cœur fendu, c’est à moi de le rassurer cette fois. Et pourtant je suis déjà loin au cœur du néant. Je ne suis plus moi-même. Je viens de passer en mode automatique, celui que me permet de partir toute en légèreté, sans penser à quoi que ce soit et surtout pas à l’amertume qui va m’envahir ces prochains mois.
Des mois plus tard
Je suis en colère. La colère qui fait monter les larmes aux yeux. Pourquoi suis-je partie ? Pourquoi ai-je quitté ce petit paradis pour me réfugier dans le pays qui m’a vu naître, celui qui ne m’a jamais contrôlé aux frontières alors que j’avais de la fièvre, celui qui m’a pris pour une vache à lait et qui m’a fait angoisser pendant des mois et qui aujourd’hui joue encore avec mes nerfs ?
J’ai continué à parler portugais, tous les jours avec ce guide qui était venu me voir, pleurant de toutes ses larmes à l’aéroport. Tous les jours. Mon niveau augmentait. Tous les jours je me disais que je devrais aller tester mon portugais, là où tout avait commencé ou fini: à Sao-Tomé. Je crois que je n’ai jamais réussi à me pardonner. Me pardonner d’avoir quitté ce pays, d’avoir laissé la Consule m’embarquait dans sa voiture pour me faire monter dans l’avion, de ne pas avoir tapé du point sur la table pour dire que « non j’avais raison », que « non la COVID ne toucherait pas autant le continent africain ». Mais l’influence m’a transformé en mouton. ça fait des mois que ça tourne en boucle dans ma tête. Des mois à essayer de me donner raison, de me rassurer, de me dire que j’avais fait le bon choix alors que tout mon être me disait que non. Je me suis perdue dans le yoga, je n’arrivais plus à lire, encore moins à écrire. Seul le portugais me donnait encore cette joie de vivre, celle qui me permettait de rêver à un meilleur avenir.
Alors Sao-Tomé fut pour moi une petite île difficile, celle de la fièvre, de la maladie*, celle des choix à prendre dans une période indécise, celle de l’espoir aussi… celui d’y retourner à tout moment, à chaque annonce de reconfinement. Celui de la reconnexion totale avec des racines oubliées, ces plantes qui peuvent encore soigner. Ces rêves enfouis mais peu oubliés qui permettent de tenir sur un continent stressé par ses objectifs économiques. Je me prends encore parfois à rêver de ce petit paradis, où le mot d’ordre « leve, leve » (doucement, doucement) semble prendre tout son sens.
Un jour alors je reviendrais. Je prendrais quelques jours dans le sud pour décompresser, pour regarder les vagues et me laisser embuer l’esprit de douceurs fragiles. Je prendrais des litres d’eau et ma tente, pour aller arpenter le Pico le plus haut du pays et peut-être observer Principe, haut lieu de biosphère splendide qui me fait rêver. J’y verrais peut-être ces fameux pirates dans les eaux tumultueuses du Golfe de Guinée. Je me perdrais à nouveau dans les couleurs des marchés, goûterais enfin à ce gâteau à l’avocat, irait revoir Maria rencontré un soir dans la rue des joueurs d’échecs. J’irais donner un coup de main à ce français, qui a bien voulu m’héberger dans une période difficile. Je reverrais M. et me laisserais porter par ses idées, ses envies de faire connaître son pays, ce petit coin de paradis. Et enfin, je passerais faire un coucou à ceux qui sont venus me chercher à l’aéroport le 1er soir, alors que le climat mondial semblait hésitant.
* On ne saura jamais ce qu’était ce rhume intense et passager,
et je me serais assurée des semaines après mon retour de n’avoir contaminé personne.
Musique: Calema

Updated on décembre 29, 2024
Rencontres Namibiennes: l’exemple de TOSCO
Il y a un moment que j’ai envie de donner un brin de visibilité aux belles actions que je trouve sur la route, lors de mes voyages ou via les rencontres que je fais ici ou ailleurs. Ces personnes inspirantes qui me font réfléchir, qui amènent de nouvelles idées chez moi, qui vibrent d’une énergie débordante ou enthousiaste finissent par se faire une petite place au creux de mon âme, alors pourquoi pas sur mon blog ?
- Introduction namibienne
- TOSCO, c’est quoi ?
- TOSCO, un amour pour la Namibie sauvage
- Que fait TOSCO concrètement ?
- Research – Financer la recherche en Namibie
- Living with wildlife – Cohabitation
- Awareness – Sensibiliser
- Clean Travel – Le voyage propre
- Comment sont récoltés les fonds ?
- Limiter son impact lors d’un voyage en Namibie
Introduction namibienne
En janvier 2020, je partais en Namibie pour un brin de HelpX. Au cœur de cette auberge de jeunesse où je passais quelques semaines, le copain de l’autre volontaire me racontait son boulot autour d’une bière. « Comment ça ? Tu travailles pour une organisation qui cherche à protéger les éléphants du désert et à les faire cohabiter avec les locaux ? Et en plus, tu accueilles des volontaires touristes, pour les former et les accompagner dans ton quotidien ? », m’exclamais-je. J’avais l’envie irrésistible de lui poser plein de questions mais il devait partir. Il me semble que c’est à ce moment-là, que j’entendais parler de TOSCO pour la première fois, évoqué le temps de cette courte discussion avec un partenaire de l’organisation. « Il y a ce gars, c’est un français… il a monté une asso avec laquelle on bosse. Tu pourrais le contacter. »
Chemin faisant, je finis par rejoindre la capitale Windhoek, où B. un français a l’immense gentillesse de m’accueillir quelques jours. Je lui parle de mon expérience ivoirienne et lui me parle de Félix, un compatriote qui a lancé son association il y a quelques années. « Il fait plein de choses, c’est un passionné. En ce moment il accompagne des journalistes pour un futur reportage. C’est dommage que je ne sois pas dispo, je vous aurai présenté ». B. me laisse la carte de Félix et je finis par le contacter à mon retour en France.
TOSCO, c’est quoi ?
TOSCO signifie « Tourism Supporting Conservation », littéralement le tourisme qui soutient la conservation, en anglais. Ici lorsqu’on parle de Conservation, on pense à la préservation de la nature ou de la biodiversité. En Namibie, les hommes et les animaux sauvages coexistent encore sur de larges zones. Je me souviens avoir pu observer un vieil éléphant mâle près de Swakopmund, qui avait voyagé du Damaraland à la mer pour trouver de l’eau, et s’était réfugié près du golf de la ville au cœur de la végétation. Il avait apparemment déjà fait le voyage à noël et des hommes s’assuraient qu’il ne ferait pas de dégâts matériel ou humain. Voyant deux touristes se précipiter pour prendre des photos, je me demandais ce qu’il en était en terme de respect animal.
C’est donc pour faciliter ce genre de cohabitation que TOSCO est né en 2012. Pour limiter les conflits qui peuvent surgir entre les fermiers qui voient leur bétail diminué par certains animaux sauvages et faciliter le vivre ensemble, plusieurs tour-opérateurs se sont regroupés autour de la Fondation. Ainsi les membres sont principalement des réceptifs (agences de voyage locales), qui cherchent à financer des projets vertueux pour encourager un tourisme plus durable. Sans animaux sauvages, la Namibie ne serait pas la destination touristique qu’elle est aujourd’hui, limitant ainsi le nombre de touristes. Sans tourisme, les locaux devraient trouver une autre source de revenu, diversifier leur apport économique dans des régions souvent isolées. Sans animal, ces derniers auraient peut-être plus de bétails mais pas l’apport d’un revenu supplémentaire et les écosystèmes s’en retrouveraient déséquilibrés.
TOSCO, un amour pour la Namibie sauvage
L’image d’un cercle vertueux me vient en tête, et c’est, je pense, ce que Félix fondateur de TOSCO, a essayé de développer. Avant de vous présenter plus en détail son organisation, j’avais envie de comprendre ce qui avait poussé ce français à s’installer en Namibie. Pour ma part, mon expérience namibienne n’a pas été de tout repos, et j’avais peut-être égoïstement le désir de me prendre à rêver à nouveau. Félix y réussit fort bien.
Interview du fondateur de TOSCO, Félix Vallat
Pourrais-tu nous en dire plus sur ton parcours ? D’où te vient l’idée de TOSCO ? J’ai atterri en Namibie avec un billet simple en 2004, sans rien connaitre du pays. La curiosité m’a portée mais aussi l’envie de mettre les pieds dans l’inconnu mais sans n’être que « de passage » afin de mieux vivre les réalités du pays. Lors de ton premier voyage en Namibie, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? Les grands espaces dans lesquels se trouve aussi l’immense ciel bleu. Pourquoi as-tu eu envie de t’y installer ? Prolonger cet épanouissement et sérénité que le pays me donnait. Étancher ma soif de découverte de ce milieu brut et sauvage. Je vois que TOSCO est particulièrement présent dans le Kunene. Tu as une affinité avec ce coin de Namibie ? Pourquoi ? C’est le « Wild Wide West »… une Nature et des habitants authentiques, variété de paysages, de cultures et de faune adaptés à des conditions très difficile. C’est un retour à l’essentiel et un privilège de pouvoir l’expérimenter. Je m’y sens tout de suite dans le « vrai » et c’est ici qu’une faune vraiment sauvage hors parc national évolue et cohabite avec les communautés locales. Cela me fascine et trouvant ça admirable, TOSCO les soutient humblement. Si tu étais un livre, qui serais-tu ? Je peux dire un poème ? Les oiseaux de passage de J.Richepin m’a toujours réconforté. Qu’est-ce que tu conseillerais à quelqu’un qui souhaite œuvrer pour un tourisme durable et la conservation, comme le fait TOSCO ? De s’immerger complètement dans le contexte, d’écouter énormément et ne rien dire pendant des mois voire des années afin de mieux comprendre les réalités locales sans se faire influencer par son propre formatage. J’ai envie de partir en Namibie et d’être active lors de mon voyage. Est-il possible de rencontrer du personnel de TOSCO et de faire du volontariat auprès de la Fondation ? Nous sommes basés à Windhoek et disponible pour toute rencontre. Les rangers sont sur le terrain (Kunene) et peuvent aussi être rencontrés. Le volontariat sur place est compliqué pour des raisons administratives et légales, mieux vaut aider à distance ou venir en voyage en Namibie. Sinon il y a-t-il des agences de voyage ou d’autres partenaires avec qui partir ou avec lesquels m’engager pendant mon séjour ? Double Sens Autre chose à rajouter ? gros bisous |
Je découvre donc un fondateur, humain et accessible, qui donne immédiatement envie de s’engager. Pour avoir parcouru le Kunene que trop rapidement, c’est un coin de Namibie qui me semble encore inaccessible et je regrette presque doucement de ne pas m’y être immergée plus longtemps. Je vous invite d’ailleurs à lire ou relire mon voyage en Damaraland.
Que fait TOSCO concrètement ?
TOSCO rassemble des fonds pour ensuite les reverser via différents projets de conservation. Ces programmes varient d’années en années, en fonction des besoins et de l’argent récolté. Les donneurs sont considérés comme des membres à part entière et donnent leur avis sur les programmes choisis. La transparence quant à l’utilisation de ces fonds est à la clé du succès de l’organisation.
Quatre thèmes sont récurrents, à savoir « research, living with wildlife, awareness, clean travel ».
Research – Financer la recherche en Namibie
TOSCO sponsorise des scientifiques reconnus qui cherchent à comprendre et à protéger des espèces spécifiques et donnent des indications au gouvernement afin de mieux en assurer leur conservation. Ainsi on retrouve le Dr Philip Stander, spécialiste des Lions du Désert qui leur a consacré plus de 20 ans de sa vie. Radio-traquage, observation journalière et nocturne, c’est à travers l’association « Desert Lion Conservation » que TOSCO offre un apport financier pour perpétuer ces études.
J’ai personnellement découvert l’existence des Lions du Désert, lorsque je campais à Tora Bay sur la Skeleton Coast (la base scientifique se trouvant plus au nord). Les gérants nous ont expliqué que des lions s’étaient acclimatés aux conditions extrêmes désertiques et qu’ils avaient récemment vu une lionne et ses petits proche du camping. Il est parfois possible de les observer en fin de journée. Les lions du désert se nourriraient des hyènes ou de la faune marine et seraient capables de parcourir une longue distance dans ce milieu aride. Les étudier permet de comprendre leur incroyable résilience, de montrer leur importance en tant qu’espèce et donc d’aider à leur conservation et leur cohabitation avec les namibiens.
TOSCO a également aidé à financer des projets de recherche sur les dauphins, les guépards ou encore les éléphants du désert en 2019. Un projet sur les hyènes est actuellement en cours, afin de redorer l’image de ses animaux, de les comprendre pour encore une fois mieux les protéger.
Living with wildlife – Cohabitation
Le programme « vivre avec la faune sauvage » a été mis en place, afin d’accompagner les communautés dans leur cohabitation avec les animaux, en dehors des parcs nationaux. Il s’agit alors de trouver des solutions pour transformer ces éventuelles menaces sur les locaux en belles opportunités.
Grâce au « Lion West Management Plan », les fermiers peuvent eux-mêmes surveiller le déplacement des lions bagués (en vérité ce sont des colliers), et prévenir d’éventuelles attaques en déplaçant leur cheptel en conséquence. Dans le Kunene, des rangers et patrouilles anti-braconnage ont été formés afin de limiter les conflits « homme-animaux ». TOSCO emploie actuellement quatre rangers (Rodney, Bertus, et plus récemment Kaveisire et Katukuruka, leurs dernières recrues). En cas d’attaque animale, il arrive que l’organisation compense financièrement la perte des fermiers.
En tant que touriste en dehors des parcs nationaux, nous apprécions de pouvoir profiter de l’immensité sauvage et d’en observer la faune et la flore gratuitement. Souvent nous oublions que des gens y vivent et que la cohabitation peut être difficile (destruction des points d’eau ou des cultures par les éléphants, diminution du bétail). A la fin de la journée, le visiteur aura pu observer pléthore d’animaux sauvages dans leur habitat naturel… mais finalement qu’est-ce qui retient le fermier du coin de ne pas prendre son fusil ? Il a lui aussi envie de protéger ses terres, afin de pouvoir nourrir sa famille dans des conditions souvent extrêmes. Pour contre-balancer cet aspect, des emplois se créent (équipe anti-braconnage, rangers…), des contributions sont mises en place (via les agences de voyage par exemple, qui reversent une somme de leurs profits engendrés sur l’année), afin que le coût de la conservation ne soit pas porté seulement à bout de bras par des locaux qui en subissent les seules menaces. C’est encore une fois tout un équilibre que l’on essaye de préserver.
Awareness – Sensibiliser
Faire apprendre, comprendre, éduquer… c’est tout un programme ! C’est pourquoi TOSCO met en place des actions dans ce sens. A l’entrée du Namib Naukluft National Park, du Sesriem National Park et du Skeleton Coast National Park, des panneaux ont été installés à l’intention des visiteurs, afin que ces derniers puissent limiter leur impact environnemental en respectant certaines règles. Des brochures sont éditées et distribuées dans les lieux de rendez-vous touristiques (hôtel, loueurs de voitures, etc.), des évènements sont organisés avec des partenaires, afin de sensibiliser la population locale, notamment auprès des écoles. En 2019 par exemple, lors du Clean-Up day, une campagne de ramassage des déchets a été mise en place avec la participation de 45 écoles. Des workshops sont également menés afin de former les acteurs touristiques sur le comportement à adopter lorsqu’ils croisent des serpents (souvent tués par peur) ou les éléphants du désert.
Le p’tit +: Ces workshops sont ouverts à tous. Les tarifs varient cependant pour les membres et les non-membres. Alors si vous êtes sur Windhoek et libre sur 1/2 journée, n’hésitez pas à aller vous former.
Clean Travel – Le voyage propre
TOSCO en partenariat avec Eloolo Permaculture Initiative, a mis en place un programme de compensation carbone. Ces programmes sont souvent connus pour compenser les voyages aériens mais ce dernier existe afin de compenser l’utilisation des véhicules 4×4, nécessaires à un voyage en Namibie. Les arbres sont plantés chaque année pendant la semaine arboricole en Octobre et leur nombre correspond au calcul des kilomètres parcourus par les membres adhérents et au type, à la taille et à la consommation des véhicules en question. Les arbres s’enracinent au sein d’écoles ou de communautés qui pourront bénéficier de leur présence et en prendre soin, suivant les principes de permaculture. On limite ainsi la consommation d’eau et maximise leur épanouissement. 90 750 NAB ont été versés sur ce programme en 2019, avec la participation de premières agences sponsors et 363 arbres ont été plantés.
Le p’tit +: Eloolo prend soin de sa pépinière, qu’il est possible d’aller découvrir sur Windhoek, offrant une belle introduction à la flore namibienne. Pour se faire, il faudra préparer sa visite en amont avec TOSCO.
Comment sont récoltés les fonds ?
Comme je vous le disais en introduction, les fonds pour accompagner ces différents projets, sont principalement récoltés via les agences de voyage locales et tours-opérateurs qui le souhaitent. En 2019, la deuxième source de revenu était émise par la vente de marchandises (bouteilles réutilisables, casquette ou buff TOSCO, livres…). Puis arrivaient en troisième position les associations partenaires et enfin les individuels.
L’année 2020 étant passée par là, avec la fermeture des frontières, les restrictions liées aux voyages, les agences locales ont eu du mal à assumer leur propre charge et les fonds reversés auprès de TOSCO ont dégringolé. C’est pourquoi l’association a décidé de créer une cagnotte pour pouvoir assurer au moins les salaires des rangers sous la responsabilité directe de TOSCO et continuer à fournir le matériel nécessaire à leurs missions. Cette cagnotte aide aussi à compenser financièrement les fermiers qui subiraient des pertes liées à leur cohabitation avec la faune sauvage.
Il est possible néanmoins de s’investir sur le long terme auprès de TOSCO en devenant membre, via leur site Internet. Vous pourrez alors leur verser la somme souhaitée, qui sera redistribuée sur leurs différents projets.
Limiter son impact lors d’un voyage en Namibie
En tant que visiteur d’un pays, j’aime me poser les bonnes questions et en apprendre plus sur les initiatives qui font sens dans le pays que je visite. Je n’ai pas toujours l’occasion de rencontrer les personnes à l’origine de ces démarches, mais il est bon de se renseigner sur son propre impact.
Un touriste va avoir une influence sur la destination qu’il visite, quoi qu’il fasse. A chacun donc de prendre ses responsabilités et de choisir les alternatives qui s’offrent à lui. Mais alors comment limiter son impact ?
Voici quelques pistes: 1. Ne pas aller en Namibie mais s’informer, rêver à travers les articles de blog, les beaux livres et les documentaires sur le sujet. 2. J’ai fortement envie de voyager en Namibie (car cet article m’en a donné envie), mais j’évite de prendre l’avion. Dans ce cas, je prends un bateau de France et traverse le continent africain en transport en commun. 3. J’ai décidé de partir en Namibie par avion: je pars longtemps et peux compenser mon bilan carbone à travers diverses associations, qui vont planter des arbres afin de construire des puits de carbone pour contre-balancer ma consommation. Rien ne vous empêche cependant d’aller dans ce sens si vous décidez de voyager autrement. 4. Je suis en Namibie et loue mon propre 4×4: je décide de rester plus longtemps sur place pour que l’utilisation de mon véhicule de location s’étale sur plusieurs jours. Je peux à nouveau compenser mon bilan carbone, en reversant l’équivalent de ma consommation auprès d’associations. Je peux d’ailleurs rendre visite à Eloolo, afin de comprendre concrètement à quoi sert mon argent. 5. Je suis en Namibie et décide de passer par une agence. Je pars avec un groupe permettant de répartir ma « consommation carbone » sur plusieurs personnes. Je choisis mon agence de voyage avec soin, une agence qui respecte dans ses actions, l’environnement et les populations locales, en cherchant à limiter concrètement leurs impacts. C’est encore mieux si elles reversent une partie de leur profit chaque année à des programmes, qui cherchent à limiter le poids de la conservation sur les populations locales. 6. Je décide de ne pas passer par une agence et de ne pas louer de 4×4. Je limite mes déplacements aux transports en commun ou fais du stop, m’offrant un rapport différent aux autres et aux habitants. 7. Je fais le choix d’ajouter dans mon budget voyage, une part que je reverse à une organisation, à l’image de TOSCO, qui a un impact concret en Namibie, à travers des projets de conservation. 8. Mon impact est tout aussi social, à travers les rencontres que je fais sur place. Je trouve ce dernier plus difficile à limiter car chaque interaction conduit forcément à avoir un effet, que ce soit sur le visiteur ou l’interlocuteur. L’acculturation peut être positive si c’est le visiteur qui fait l’effort d’adaptation à la culture environnante. Elle peut aussi être négative lorsque c’est la population locale qui à force d’adaptation, finit par oublier ses propres racines. Je pense que c’est un élément à toujours avoir en tête. Je suis persuadée que le respect culturel et mutuel limitera cet impact négatif. |
J’espère que ce nouveau format d’article vous aura plu et inspiré. N’hésitez pas à interagir en commentaire et à laisser votre avis sur des initiatives que vous avez pu rencontrer.

Updated on décembre 29, 2024
Voyage en Angola, de Lubango à Luanda
Un voyage en Angola me faisait rêver depuis quelques mois. La Kizomba, découverte lors de mon année d’expatriation en Côte d’Ivoire, m’avait bercé pendant les moments difficiles. Je m’évadais sur ces notes qui redonnent espoir, qui insufflent l’énergie enserrée en étau dans un brouhaha permanent. Je reprenais confiance grâce à la danse et les paroles en portugais me donnaient des envies d’ailleurs. L’Angola serait ma prochaine destination, un choix de cœur et d’âme, pour réconcilier une dame avec ses désirs intérieurs.
- De la Namibie à l’Angola
- Visiter Lubango lors d’un voyage en Angola
- Visiter Benguela lors d’un voyage en Angola
- Une semaine à Luanda
- De Benguela à Luanda
- Que faire à Luanda ?
- Forteresse et Marginal
- Cathédrale et musée national d’Anthropologie
- Musée de l’esclavage et artisanat local
- Île de Luanda
- Où danser la Kizomba à Luanda ?
- Mercredi soir: Marginal Lounge
- Jeudi soir: Caminito
- Dimanche soir: ‘Kizomba na Rua’ sur marginal
- Mardi, vendredi ou samedi soir: Jango Valeiro
- Mercredi et autres soirées: Cha de Caxinde
- Où sortir à Luanda en dehors des soirées kizomba ?
- Malanje et les chutes de Kalandula
De la Namibie à l’Angola
C’est de la Namibie que je rejoignais l’Angola, un jour de février 2020. Je ne savais pas encore que cette année serait bizarre et que je profitais de mes derniers instants d’insouciance. Je venais de passer la frontière accompagnée d’une personne de confiance, qui m’avait laissé à l’arrêt de bus qui me mènerait à Lubango. J’avais pu échanger de l’argent à la frontière pour me permettre de vivre quelques jours et acheter une carte SIM histoire de communiquer avec mes futurs hôtes.
Marché noir en Angola
Trouver des dollars américains en Namibie avait été une longue histoire… J’avais lu que les dollars américains étaient très recherchés en Angola et avaient plus de valeurs que les dollars namibiens sur le marché noir. On m’avait aussi dit qu’il était très compliqué de retirer de l’argent directement aux distributeurs (ce que je fais habituellement dans chaque pays que je visite) et que plusieurs voyageurs avaient retrouvé leur carte bloquée ou avalée par ceux de la frontière. Songe ou réalité, je ne voulais pas prendre le risque de me retrouver sans rien, une fois arrivée en Angola. A Windhoek, j’avais passé ma matinée à courir après ces fameux dollars américains puis à Otjiwarango, un après-midi. Mon dernier espoir s’était trouvé à la frontière de Oshikango, où après maintes négociations et explications, la dame avait bien voulu me faire l’échange requis des dollars namibiens que j’avais retiré entre temps.
Pour une question de discrétion et de sécurité, j’avais décidé que j’échangerais quelques dollars américains et mes derniers dollars namibiens, auprès des rabatteurs plutôt que d’attirer l’attention en sortant d’une banque. Ce commerce informel est illégal et pourtant les kinguillas (surnom des changeurs de devises des rues) semblent encore tolérés. Ces derniers vous donneront un peu plus de Kwanzas (monnaie de l’Angola) que si vous alliez à la banque. Il existe même un taux « officiel »: www.kinguilahoje.com
Histoire d’une économie dépendante


Pourquoi ? Depuis la crise pétrolière de 2014 (l’Angola étant le 2ème producteur africain après le Nigéria), le pays a plongé dans la récession. L’économie angolaise en est très dépendante, puisque 70% des revenus de l’état proviennent de l’or noir, d’après cet article du Monde. En 2015, les investisseurs étrangers sont partis et l’inflation a considérablement augmenté (jusqu’à 30% en 2016). Alors que plus d’un tiers de la population est sous le seuil de pauvreté (« 36,6 % de la population vit avec moins de 2 USD par jour » selon la Banque Mondiale), il a fallu trouver une solution pour survivre. Les plus pauvres ont pu se tourner vers le marché noir et en 2018, l’économie parallèle semblait « concourir jusqu’à 90% de l’activité économique locale ». Pourtant le pays s’était relevé de sa dernière guerre civile fin 2012 grâce au pétrole, qui avait permis un taux de croissance économique moyen de 12% jusqu’en 2013 (dont une croissance exceptionnelle de plus 20% du PIB en 2006 !). Avec un PIB moyen par habitant de 2 809 USD en 2019, l’Angola reste un pays riche mais très inégalitaire, avec un taux de chômage atteignant les 29% début 2019.
En attendant la diversification de son économie, l’Angola se débrouille et le dollar s’échange dans la rue, amplifiant la dépréciation de la devise locale. Échanger son argent au marché noir vous permet d’acheter plus de kwanzas que vous ne le feriez à la banque mais cela joue sur la perte de valeur de la monnaie locale, face au billet vert américain que tout le monde s’arrache. En 2015, on achetait 135,2 kwanzas avec un dollar américain contre 479 kwanzas en 2019 sur le marché officiel. Les amis angolais que j’ai rencontré m’ont tous recommandé de me tourner vers ce dernier. Maintenant que vous avez toutes les cartes en main, c’est à vous de voir.
Voyage en Angola et visa
Depuis le 30 septembre 2023, les Français et 97 autres nationalités sont exemptées de visa de tourisme.
Quand je raconte que je suis partie en voyage en Angola, la plupart des gens me regarde avec des yeux ronds. « En Angola, mais il n’y a pas la guerre là-bas ? ». Non, la guerre n’est plus depuis bien longtemps. De 1961 à 1975, la guerre d’Indépendance a eu lieu, afin de s’extraire de l’influence portugaise, présente depuis le 15ème siècle. S’en est suivi une guerre civile qui a duré 27 ans de 1975 à 2002, opposant les deux principaux mouvements de libération, au lendemain de l’Indépendance proclamée du pays. Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) soutenu par le bloc de l’Est et Cuba, alors au pouvoir, s’oppose à l’UNITA soutenue par les États-Unis, l’Afrique du Sud et l’ex Zaïre (la République Démocratique du Congo), offrant une mini guerre froide sur le champ de bataille. Elle s’achèvera avec la disparition au combat du dirigeant historique de l’UNITA.


18 ans plus tard, je n’en vois pas les stigmates en tant que touriste marchant dans la capitale. Mais il faut faire un brin de recherche avant de venir au pays. Rare sont les informations en français sur le voyage en Angola. Heureusement les groupes de discussions et forum m’aiguillent sur les démarches du visa à la frontière terrestre de Santa Clara. Le visa coûte actuellement 120 USD pour une durée de 3 mois. Pour votre demande en ligne, il faudra fournir de nombreux justificatifs: hébergement, ressources financières et billet retour. Ce dernier est obligatoire… Moi qui n’aime pas avoir de date, j’ai du réserver un billet d’avion après avoir vu ma demande refusée une première fois (même en leur expliquant que je comptais passer à nouveau une frontière terrestre en transport en commun). Pareil pour l’hébergement: il faut pouvoir prouver où vous allez dormir pendant toute la durée de votre séjour. Grâce à un site de réservation en ligne connu, j’ai obtenu mes preuves, mais seulement pour un mois. A la frontière, un visa d’un mois m’a donc seulement été octroyé (au lieu des 3 indiqués) et il m’était alors impossible de revenir en Angola après mon excursion à Sao-Tomé-et-Principe (le visa étant multi-entrées). Si vous passez la frontière terrestre de Santa-Clara, il sera peut-être plus intéressant de payer votre visa en dollar namibien (car moins cher).
Plus d’infos sur l’obtention du visa pour un voyage en Angola ici.

Visiter Lubango lors d’un voyage en Angola
De la frontière Santa Clara à Lubango
Me voilà donc à la frontière du côté angolais, entrain d’attendre le bus qui me mènera à Lubango ma première destination. J’ai choisi de voyager avec la compagnie de bus Macon car, via leur site Internet, il est possible d’accéder aux différents horaires. Se déplacer en transport en commun en Angola est beaucoup plus facile qu’en Namibie. Il y a aussi la compagnie Angoreal que je n’ai pas testé. Si vous voyagez léger, vous pourrez toujours opter pour les mini-bus (beaucoup moins chers) qui transitent de ville en ville pas toujours confortable ou trouver une voiture. Il y a des coins particuliers de rendez-vous dans les différentes villes et si vous parlez portugais, il vous suffira de demander aux locaux, ce qui n’était pas mon cas.


Mon bus finit par arriver et me voilà à bord pour 6000 Kz en direction d’une ville dont je ne parle pas la langue. L’appréhension est là, mais mon voisin du jour en profite pour discuter. Il fait l’aller-retour entre la Namibie et l’Angola, et par chance parle donc anglais. J’essaie de grappiller quelques informations sur la ville de Lubango, mais ce dernier continue jusqu’à Luanda, la capitale. Il m’explique qu’après la crise, il a du se tourner vers le pays voisin pour son business et s’est lancé dans le commerce de voiture pour faire vivre sa famille. Il a l’air de ne pas trop mal s’en sortir, malgré le coût élevé de la vie.
Où dormir à Lubango ?
J’étais en contact avec un couchsurfeur qui ne pouvait pas m’héberger, mais devais me donner l’adresse d’un hôtel qu’il connaissait. Celui que j’avais trouvé en ligne était bien trop cher pour mon petit budget. Sauf que je n’ai plus eu de retour. Un angolais apparaissait régulièrement sur les forums de discussions relatifs à l’Angola, alors je le contactais sur le trajet qui me menait à Lubango. Il me répondit presque immédiatement me conseillant un hôtel et me proposant de m’y accompagner, le bus arrivant en pleine nuit. Maintes fois conseillé par d’autres voyageurs, je me laissais guider. Il me récupéra à la station de bus de Lubango avec sa femme, mon voisin du jour rassuré que je sois entre de bonnes mains, et me laissa à la Residencial Dumas, rue Deolinda Rodrigues (+244 92 66 86 888). J’ai déboursé 15000 kz pour deux nuits, dans un petit hôtel propre et bien situé. Le personnel ne parle pas anglais, mais a été d’une grande aide avec mon « portugnol » hésitant. Toujours serviable, avec un grand sourire, ils m’ont trouvé un taxi pour Tundavala et m’ont conseillé un petit bouiboui pour me restaurer.
Tundavala
Après avoir passé une nuit confortable, l’aventure ne faisait que commencer. J’avais lu que Tundavala valait le détour et qu’il me faudrait trouver un taxi de Lubango pour pouvoir y accéder. Je demandais un coup de main à la réception ne parlant pas portugais, et on me trouva un taxi assez rapidement. J’ai pu le négocier à 6000 kz aller-retour (compter 4000 kz en moto-taxi), sachant qu’il faut 1h de route pour y aller.


Mon nouveau chauffeur m’embarque donc sur la route menant à Tundavala. J’aperçois la statue du Christ de Lubango perchée à 2130 m d’altitude qui me projette à Rio de Janeiro, et recoupe l’histoire coloniale de ces doux pays, quittant la ville pour plonger au cœur de paysages vallonnés. La route monte doucement à bord de mon taxi roulant sur les routes qui finissent par être pavées. Les enfants marchent en petit groupe au bord, leur cartable sur le dos et parfois une chaise en plastique coloré au dessus de la tête. Ils semblent rentrer de l’école… ou y aller. Certains hèlent le taxi et le chauffeur les regarde hésitant. Je me contente d’observer à travers la vitre ce nouveau pays qui s’offre à moi, les collines majestueuses, me plongeant presque au cœur de Vattavada.
J’essaie d’échanger deux, trois mots avec mon compagnon de la matinée. A défaut de connaître le portugais malgré mes quelques leçons en ligne, je tente de me souvenir de mon espagnol, espérant qu’un mot se rapprochera de la langue locale. Un voyage en Angola se prépare, en emportant avec vous quelques phrases. Finalement c’est quand je lui dirais d’ouvrir ses portes aux enfants des bords de route, que le chauffeur de taxi finira par se dérider.


Nous finissons par arriver sur un parking et mon compagnon me dit de le suivre. Nous longeons le chemin offrant une vue plongeante sur la ville de Bibala et la plaine alentour. Le soleil est au zénith et la lumière écrasante, ne permettant pas de profiter au maximum de la profondeur de la gorge, qui semble faire office de frontière naturelle entre la province de Namib et de Huila. Il parait que les couchers de soleil y sont magnifiques. Je fais le tour et suis le chauffeur parmi les pierres. Les randonnées m’inspirent mais après quelques photos à admirer les paysages alentours, il est temps de rentrer sur Lubango.


Que voir à Lubango ?
Je vais manger un bout à la Mediateca près de l’hôtel et me retrouve coincé à ne pas pouvoir dire ce que j’aimerais qu’on me mette dans mon sandwich. Les mots « tomato » et « queso » suffiront à étancher ma faim, mais je me dis que ces prochaines semaines vont m’apparaître limitantes. Je continue ma route et décide de marcher au cœur du centre de Lubango.
Je ne sais pas à quoi m’attendre. Est-ce dangereux ? Puis-je me balader toute seule ? Je ne suis pas venue pour rester enfermer dans ma chambre d’hôtel et découvrir un pays à travers les vitres tintées d’un bus. Je m’engage donc au cœur de la ville, longeant la « rua comandante Saidi Mingas » pour rejoindre la cathédrale et son jardin. Les rues sont animées, dénotant terriblement avec mon expérience namibienne. Je suis en joie. J’observe discrètement, marche doucement et me laisse surprendre à admirer le Christ du haut de son plateau, que je ne rejoindrais pas cet après-midi là. Personne ne me dévisage, personne ne m’interpelle en me disant « eh blanca », comme on n’aurait pu le faire en Côte d’Ivoire. Mes quelques pas hésitants en Angola sonnent le début prometteur d’une belle aventure. Au fond sans rien savoir du pays, je m’attendais inconsciemment à ce qu’il soit comme ça: bienveillant, bercé par quelques rythmes anciens fusionnant avec le renouveau, un peu comme à l’image des bâtiments de Lubango, dont les teintes passées semblent vouloir évoquer une époque ancienne plus faste.


Je me prends à rêver à travers les rues de Lubango, puis rentre à l’hôtel pour me renseigner sur mon billet de bus. Je partirai le lendemain sans avoir arpenté la route de la Serra da Leba qui serpente au milieu des montagnes ou d’avoir pu randonner dans les contreforts de Tundavala. Je me dis que ce voyage en Angola est un voyage d’apprivoisement, afin de mieux revenir une prochaine fois… à vélo peut-être ou avec un moyen de locomotion à mon nom.
Visiter Benguela lors d’un voyage en Angola
En bus de Lubango à Benguela
A l’hôtel de Lubango, le réceptionniste m’indique où se trouve la station de bus. Son collègue me propose de m’accompagner… gênée, il insiste et j’en profiterais pour échanger avec lui sur le trajet. Mon « portugnol » finit par faire effet et on arrive à tenir une conversation tintée de gestes et de signes colorés, mon cœur rempli de gratitude quant à cette rencontre fortuite. Le lendemain, je décide de marcher jusqu’à la station de la compagnie Macon, bien trop timide pour arrêter une moto jusqu’à ce que l’un des réceptionnistes m’interpelle et me mette dans un mini-bus qui n’ira pas dans la bonne direction. Je finirais par grimper à l’arrière d’une moto pour quelques minutes de route, un brin en avance par rapport au bus que je dois prendre. Un thé offert par la compagnie plus tard, je partirai en direction de Benguela (compter 7800 kz).


J’apprécie la route et ses paysages, laisse mon âme absorber chaque onde qui passe à la radio, profitant du calme et des quelques conversations que j’entends ça et là. La curiosité de mon voisin finit par l’emporter et il commence à me demander ce que je viens faire en Angola. Il parle anglais… encore une fois je me sens coupable et soulagée. Coupable de ne pas parler portugais dans le pays qui m’accueille et soulager de pouvoir échanger, dans l’espoir d’ingurgiter un maximum d’informations sur l’homme qui se tient en face de moi, la femme à l’arrière ou l’enfant que je croiserais plus tard mendiant dans les rues de Luanda.
Par chance, une couchsurfeuse m’attend à Benguela et me donne rendez-vous directement chez elle un peu avant la ville chef-lieu de la province au même nom. A l’arrêt suivant, je demande au chauffeur s’il connait cet endroit. Ce dernier est loin d’être patient et me dis d’aller me rasseoir. Mon voisin viendra à mon secours, passant de l’anglais au portugais si aisément et nous finirons par trouver cette adresse au milieu de nulle part, après maintes explications de mon hôte. Je descendrais en bord de route poussiéreuse et finirait par trouver une dame et sa fille, qui m’indiqueront où se trouve M. Derrière une façade bétonnée, je découvrirais un jardin luxuriant, à l’image de la famille qui m’accueille.
Une journée à Benguela
A peine arrivée, je dépose mes affaires et part avec M. chevaucher un taxi-moto, afin de héler un mini-bus en direction de Benguela. C’est assise entourée que je ferais connaissance avec la jolie angolaise qui m’accueille pour quelques jours. J’adore les voyages en mini-bus plein de couleurs, de jolies rencontres, de conversations bruyantes. J’ai l’impression que l’âme du pays s’y donne rendez-vous et j’ai l’occasion de me familiariser avec les langues locales. On en compte une trentaine en Angola, comme le kimbundu, tchokwé ou l’umbundu. Mais ne reliant seulement les villes entre elles lors de ce voyage en Angola, je n’entendrais que les douces intonations portugaises. M., elle, parle anglais. Je suis heureuse de pouvoir apprendre à la connaître dans une langue familière, mais m’oblige à dire quelques mots en portugais, la faisant sourire. Elle est heureuse de pouvoir pratiquer son anglais et me mène chez sa tante, qui tient un restaurant. J’y goûte un délicieux poisson grillé, puis nous nous octroyons une balade digestive dans les rues de Benguela.
Nous longeons la mer via la rua Manuel Cerveira Pereira et M. me raconte que la ville était autrefois une plateforme commerciale importante, notamment liée à la traite des esclaves. Je ne visiterais pas le Musée National Archéologique, étant en bonne compagnie, mais n’hésitez pas à y faire un tour. Nous zigzaguons ensuite à travers les rues, mes yeux à la recherche des beautés passées d’antan. Les bâtiments jaunes pâles semblent les plus splendides et M. m’apprend que ce sont des constructions relatives au pouvoir. Je me laisse guider, enthousiaste aux sons de Semba et Kizomba qui émanent des rues et aux palmiers qui parsèment cette ville agréable.
Nous irons ensuite nous réfugier dans un café climatisé, mon hôte se sentant fiévreuse et malade. Quelques amis à elles sont là. Elle prend le temps de se reposer au frais et j’écoute les conversations hyper concentrée.
Virée à Lubito
Le lendemain, nous quittons Benguela pour aller plus au nord à Lubito, direction la plage au niveau du restaurant Batuk. Les chaises longues nous attendent et il n’y a personne pour venir nous sortir de notre sieste ensoleillée. Le sable fin dénote avec l’océan atlantique, et les vagues fraiches nous incitent à rester un peu trop longtemps au soleil. Une douche extérieure est à disposition. Finalement M. est un peu comme moi, pas très plage, mais nos conversations finissent par nous donner tord et nous restons assez longtemps pour je prenne quelques coups de soleil. Un repas plus tard, c’est des amis à elle que nous rencontrons. Avec bonne humeur et rire, nous nous laissons embarquer jusqu’à Benguela, où un karaoké doit se tenir le soir au dernier étage d’un hôtel. Fatiguée par mes épaules cuisantes et cette journée au soleil, nous finirons par rentrer à la maison, avant que notre table de 12 ne finissent par chanter.


Les Angolais présents étaient tous adorables et bienveillants. Lorsqu’ils ont compris que je ne parlais pas portugais, ils ont lancé quelques phrases de leur anglais hésitants, me mettant tout de suite à l’aise. L’impression d’être chez moi dans un pays inconnu jusque là, ne faisait que se renforcer.
Le lendemain, nous devions repartir pour une journée à la mer, cette fois plus au sud, mais un malentendu et la fatigue de M. suite à sa maladie inconnue, nous contraint à rester à la maison pour nous reposer. C’est au cœur de la famille que je cherche à m’intégrer, son père m’invitant à déguster une spécialité locale. Mon manque de portugais se ressent à nouveau, mais mon « muito obrigado » et mes quelques efforts en « portugnol » finiront par faire effet. Je trouve toujours cela difficile d’exprimer mon immense gratitude envers mes hôtes, même si je parle la langue… alors lorsque je ne la parle pas c’est tout un exercice qui s’impose à moi.

Une semaine à Luanda
De Benguela à Luanda
Je partirai le lendemain. M. devant travailler, sa tante et ses cousins finissent par m’embarquer de beau matin jusqu’à Benguela, où je prendrais mon bus pour Luanda (compter 7500 kz). Je passerai la journée assise à observer les paysages à travers la vitre sur plus de 540 km. J’aperçois parfois la mer, mais la route semble régulière dénotant avec l’intérieur des terres. Les passagers du bus changent régulièrement, s’arrêtant de villes en villes. Je me retrouve à côté d’une femme et son enfant magnifique, mais me contenterais de sourire lorsqu’elle tournera la tête vers moi. Je lui dis que je descends à Luanda.
Au sud de la capitale, se trouve le Miradouro da Lua, un point de vue sur une formation géologique intéressante que l’on pourrait comparer à un paysage lunaire. Difficile de demander au chauffeur de faire un petit détour sur la route principale pour immortaliser cet instant. J’essaie de l’apercevoir par la fenêtre mais il est déjà tard et la lumière rare. Peut-être pourrais-je m’y arrêter en allant à Cabo Ledo plus au sud encore, une plage réputée pour les surfers. Sur la route se trouve ensuite la Peninsula de Mussolo, apparemment magnifique que j’espère rejoindre de Luanda, tout comme le Parc national de Quiçama.
J’arrive de nuit à Luanda et mon hôte du soir m’a commandé un taxi car mon application ne marchait pas. Je finis tant bien que mal à retrouver le chauffeur, qui me dépose en plein centre Rua Rainha Ginga, repérable à la grand enseigne Total. Je rencontre ma couchsurfeuse du soir D. qui m’accueille avec un bon repas. Quand je vous parlais de gratitude…
Que faire à Luanda ?
Forteresse et Marginal
Je passe la semaine avec elle, voire deux. Je ne sais plus. Le temps a ralenti et j’ai l’impression de vivre à Luanda depuis quelques mois. D. travaille la journée et on se retrouve le soir pour échanger. Je prends donc mon temps comme le ferait une personne qui vient d’arriver dans la ville et a une année pour la découvrir. Je ne sais pas trop où trouver les informations me permettant de découvrir Luanda. Je marche donc le long de Marginal pour m’imprégner de la vue, croisant les amoureux se tenant par la main, à des années lumières de mon expérience ivoirienne, où encore aujourd’hui je cherche à en comprendre les relations humaines. Ici les codes semblent familier, comme un air du sud qu’on aurait manqué.


Puis je pousse la porte de la forteresse St Michael, le jour d’un grand évènement de musique électro. Je serpente entre les câbles et les scènes, et personne ne semble en vouloir à ma présence curieuse. Finalement je ne suis que là pour admirer la vue et prendre un peu de hauteur sur la capitale, du haut du Mont Sao Paulo. La forteresse abrite le musée des forces armées, souvenir d’un passé qu’on aimerait oublier.
Cathédrale et musée national d’Anthropologie
Le jour d’après, je m’en vais me promener vers la cathédrale, me retrouvant au milieu de personnes qui semblent s’être posés pour le déjeuner, la sieste de l’après-midi ou sont là à longueur de journée, espérant croiser un individu plus fortuné. Puis je m’aventure au Musée national d’Anthropologie qui semble être le seul musée du centre ville. L’avantage de vivre à deux pas de Marginal, c’est que je peux tout faire à pied. Le musée semble en travaux. Je rentre pousser par une nouvelle dynamique et un homme m’interpelle pour savoir où je vais. Mon « portugnol » fait à nouveau l’affaire car il me conduit à l’entrée du-dit musée auprès de la femme à l’accueil, qui récupère mon téléphone le temps de la visite.


L’homme qui m’a accueilli me présente à J. qui parle français et me propose de faire une visite guidée. Pourquoi pas un brin de compagnie. On discute doucement, son français charmant assorti à des yeux pétillants et un grand sourire. Je bois ses paroles et il me parle des différentes salles et m’explique qu’ils sont entrain de tout réorganiser dans le musée, afin qu’il retrouve son image de musée incontournable. Heureusement qu’il est là car l’absence de panneau explicatif n’aurait rien donné. Je grappille donc quelques informations et j’aimerais rester là à échanger longuement, mais le musée ferme déjà. J. m’entraine dehors, me présente à son ami musicien et me montre ses sculptures car en plus d’être anthropologue, cet angolais est un fin artiste. Charmée par cette rencontre, je prendrais la carte qu’il me tendra et rentrerait dans mon nouveau « chez moi ».
Musée de l’esclavage et artisanat local
Quelques jours plus tard, je le contacterai afin de savoir si le musée de l’esclavage est bien ouvert, ne trouvons aucune information en ligne. Par chance il a ces détails et me propose carrément de m’accompagner. Après m’être assurée que cela n’empiéterait par sur son travail, nous nous retrouvons à 10h un matin. Prendre un taxi pour aller jusqu’au musée m’aurait couté 3000 kz l’aller dans mes souvenirs. J’imaginais qu’il était possible d’y aller pour bien moins, les angolais n’étant pas tous capable de s’offrir une telle somme. J. m’offre le choix de s’atteler aux mini-bus dont je n’aurais jamais pu trouvé l’information seule dans mon portugais débutant. Même en Côte d’Ivoire, il m’aura fallu presque un an pour tenter d’apprivoiser ces transports en commun qui te prennent quelques pièces d’un point à un autre précis. J’imagine cela un peu comme une tradition orale qui se transmet de génération en génération, au bouche-à-oreille sans plan écrit. C’est peut-être pour ça que je trouve ces mini-bus fascinant: ils me donnent l’impression de faire partie de ce monde rien qu’un instant.
Je suis donc J. à travers ce labyrinthe roulant et nous finirons par prendre 2, 3 ou 4 mini-bus (qui me reviendront moins cher qu’un taxi même en payant pour deux). Nous quittons Luanda et j’en profite pour discuter, me laissant voguer au gué du trafic. Nous finissons par arriver. J. m’entraine au cœur du marché Benfica qui rassemble l’art local, de vanneries angolaises aux sculptures en bois. Je suis la seule touriste dans le coin, et chaque vendeur veut me montrer les beautés qu’il a crée de ses mains. J. vient à ma rescousse lorsqu’ils se font trop pressant, mais finalement avec un grand sourire et un air désolé, je continue à avancer parmi les allées d’artisans. Je n’ai que très peu de place dans mon sac et mon voyage est censé durer encore quelques mois.
Nous rejoignons ensuite le bâtiment du 18ème siècle et une jeune femme m’accompagne à travers les différentes salles, m’expliquant l’histoire des esclaves qui partaient pour le Brésil ou Cuba, après s’être fait baptiser dans la chapelle que nous visitons. Le musée existe depuis 1977 et comme à chacune de mes visites de ces sites témoignant des atrocités humaines, la vue y est belle. A chaque fois, la mer s’offre calme à travers le cadre d’une fenêtre ou d’un arche, nous faisant oublier pendant quelques secondes l’objet de notre présence. D’ailleurs J. me montre par la fenêtre le lieu d’embarquement pour la presqu’île de Mussulo, que l’on peut rejoindre en bateau juste en face.


Île de Luanda
Je n’irais jamais à Mussulo, où J. me raconte que les luandais y passent souvent leurs week-ends dans un cadre idyllique. Je me contenterais de la presqu’île de Luanda, où D. m’embarque le temps d’un repas. Gourmande comme moi, elle m’emmène dans un restaurant local, afin que nous partagions un Mufete. Nous choisissons notre poisson qui sera ensuite grillé et accompagné de haricots blancs cuits dans l’huile de palme, de bananes et manioc grillé: un délice !
Nous reviendrons un soir sur l’île pour profiter d’un karaoké avec ses amis expatriés et angolais, à l’Infinitus Bar. C’est un endroit convivial où vous rencontrerez la jeunesse aisé de Luanda, où du moins ce que j’en imagine. Les personnes avec qui j’ai pu parler travaillaient dans le pétrole. Vous pourrez profiter du sofa ou de la scène, admirer les portugais et angolais chanter en cœur des chansons que tout le monde semble connaître sauf moi.
Je retournerais une dernière fois sur l’île, pour profiter de la mer et d’une soirée concert avec un gars rencontré sur Marginal. La scène musicale est vive à Luanda et il suffit de demander autour de soi, chacun ayant une adresse à vous conseiller.
Où danser la Kizomba à Luanda ?
Mais un voyage en Angola ne serait rien sans quelques cours de Kizomba. C’est cette danse qui m’avait fait venir jusqu’ici et j’avais envie d’en capturer l’essence des nuits chaudes luandaises.
Mercredi soir: Marginal Lounge
C’est donc avec P. un couchsurfeur, danseur professionnel, que j’assistais à ma première soirée luandaise. Je viens à peine d’arriver à Luanda que l’on se retrouve en fin de journée un jeudi soir pour quelques heures de danse au Marginal Lounge. L’endroit est cosy avec une population mixe et il est apparemment possible de prendre quelques cours de salsa vers 20h, avant que la sociale commence. S’en suit alors plusieurs styles, et le DJ passera de la salsa à la bachata, du semba à la kizomba. P. m’accorde ma première danse, puis d’autres danseurs suivront, dans la bonne humeur et la considération. Je me dis que c’est le lieu idéal pour venir rencontrer du monde, lorsqu’on vient s’installer dans la capitale.
Il y a aussi le BarBar, qui proposait une soirée le jeudi suivant lors de mon voyage en Angola.
Jeudi soir: Caminito
Le jeudi soir c’est au Caminito que l’on se retrouve pour danser. Je n’y suis pas allée, étant invitée ailleurs. Sous forme d’afterwork payant (comptez 6000 ou 7000 kz), les angolais s’y retrouvent pour décompresser après le travail vers 18h/19h et danser avec leur groupe d’amis. La soirée continue jusqu’à 2h du matin, laissant le temps de profiter d’une partie de la nuit.
Dimanche soir: ‘Kizomba na Rua’ sur marginal


Je propose plusieurs fois à D. de s’octroyer une soirée kizomba. Elle me dit que nous pouvons aller danser à Marginal le dimanche soir, du côté du stand de glace. Dimanche arrive et je ne la sens pas motivée. Je pars donc toute seule admirer le rendez-vous incontournable de Luanda: « Kizomba na rua« , littéralement kizomba dans la rue. C’est en effet au bord de l’eau que les angolais se retrouvent de 18h à 21h. J’arrive aux alentours de 19h, ratant ainsi le cours gratuit proposé en début de soirée. Très vite, je me fais inviter et me laisse guider aux sons de la kizomba et du semba. On est loin de l’Urban Kiz, la kizomba remasteurisé à l’Européenne où les sons électros semblent s’être imposés dans l’air du temps. Ici je vibre aux sons angolais, comme une victoire du passé sur la modernité. Chaque danseur est hyper patient, apprenant et je finis par vite me mettre en confiance. Il parait qu’on peut y croiser les meilleurs danseurs et professeurs de Luanda et si je devais revenir en Angola, je ferais attention à passer plusieurs dimanches à Luanda. Si vous arrivez en ville et que vous débutez, je pense que c’est le meilleur endroit pour commencer et trouver les bonnes adresses pour prendre des cours. J’y ai rencontré un gars sympa, qui m’aiguillera le reste de la semaine sur les soirées luandaises.
Mardi, vendredi ou samedi soir: Jango Valeiro
On m’a souvent parlé de Jango Valeiro que je n’ai pas pu testé. Lors de mon voyage en Angola, un groupe y jouait de la kizomba en live un mardi soir. On m’a dit que c’était assez récurent en fin de semaine et que c’était plutôt agréable de pouvoir profiter d’un concert tout en dansant. Jango Valeiro est apparemment un restaurant sympa, à l’entrée de l’île de Luanda.
Mercredi et autres soirées: Cha de Caxinde
J. rencontré au musée d’anthropologie m’a parlé du Cha de Caxinde. C’est l’une des références angolaises en terme de scène musicale. Il semble qu’un rendez-vous hebdomadaire est proposé pour danser la kizomba et quand j’y étais cela semblait se tenir le mercredi soir. Les dates changent en fonction des années, pensez-y. Le Cha de Caxinde est, si j’ai bien compris, tenu par une association qui souhaitait proposer un accès culturel pendant la guerre civile et offrir un nouveau souffle, un exutoire. Encore active aujourd’hui, elle propose régulièrement des concerts et spectacles, alors renseignez-vous sur ce lieu immanquable.
Où sortir à Luanda en dehors des soirées kizomba ?
Je vous ai déjà laissé quelques pistes au cœur de cet article. Il y a plusieurs endroits sur l’ile de Luanda. On m’a conseillé Caribe, Miami ou encore Wakimono. Je suis allée écouter un concert de rap angolais un vendredi soir au Miami Beach. C’était assez improbable et plutôt sympa. On peut aussi en profiter pour faire un bain de minuit avec la mer juste en face, les personnes étant rares à se baigner le soir. Le dimanche, beaucoup se retrouve dans l’un de ces restaurants afin de profiter d’un brunch et d’une journée à la plage. Si vous aimez les expositions, jetez un œil à la Fundaçao Arte e Cultura qui se trouve aussi sur l’île de Luanda. Au centre ville, il y a le LAC où je retrouve une ancienne collègue d’Abidjan, qui bosse dans la ville. J’y découvre un espace ouvert, assez lounge avec un concert ce soir-là.
Vous l’aurez compris Luanda est une ville active et il suffit de pousser quelques portes pour trouver des sorties à son goût. Il y a souvent des concerts proposés, reste à savoir encore où les trouver. Les restaurants, bars, espaces artistiques ont peu souvent des sites Internet à leur nom. Par contre, n’hésitez pas à aller faire un tour sur les réseaux sociaux afin de trouver quelques adresses et évènements. Le meilleur plan est encore d’aller danser à Marginal un dimanche soir, afin de rencontrer quelques locaux qui seront ravis de vous indiquer leurs meilleures soirées.

Malanje et les chutes de Kalandula
Transport de Luanda et hôtel à Malanje
Avant de partir du pays, je souhaitais m’aventurer jusqu’à Malanje, afin de découvrir les célèbres chutes de Kalandula. P. le danseur me met en contact avec un gars qui habite sur place. Je prends un bus Macon qui m’emmène à Malanje pour 4400 kz (comptez en plus 3000 kz de taxi pour rejoindre la station de bus éloigné de la ville). Arrivée sur place, son ami C. me rejoint à l’arrêt pour me conduire à mon hôtel du soir, Hospedaria Cacuso (11 000 kz la nuit). Les hôtels semblent rares à Malanje et les informations limitées sur Internet en français comme en anglais. Il est possible de pousser jusqu’à la Poussada Calandula, à l’Est de la cascade, un hôtel qui laisse l’opportunité de planter une tente pour 5000 kz sur leur terrain (offrant une vue directe sur les chutes). Personnellement il m’était impossible de relier Malanje à cette adresse avant la nuit.
Ce n’est que le lendemain donc, que je rejoins les chutes de Kalandula, par l’accès Ouest, après maintes négociations auprès de C. qui parle portugais. On m’avait dit qu’il fallait compter 15 000 kz pour faire le chemin en taxi et je finis par acquiescer pour 20 000 kz après des heures d’échange via traducteurs en ligne. Cela me parait énorme par rapport aux prix négociés jusque-là pendant tout mon voyage en Angola, mais finalement après avoir vu l’exaspération dans son regard, je finis par acquiescer pour les 24€ de trajet. Et oui, en convertissant tout cela me parait bien ridicule. C. indique au chauffeur de taxi de me retrouver le matin à mon hôtel.


Quedas de Kalendua
C’est toujours le sentiment de profiter de mon statut de touriste qui ressort de ce genre de rendez-vous matinal, mais je ne me voyais pas prendre des taxis partagés sans être sûre de pouvoir revenir sur Malanje. Mon chauffeur de taxi est plutôt souriant de bon matin et nous faisons la route en papotant gaiement (à coup de geste et de « portugnol » pour ma part). C’est assez folklorique mais on s’en sort pour faire connaissance. Arrivée sur place, nous rencontrons deux hommes qui attendent les touristes et nous proposent de nous accompagner en bas des chutes. Pensant que le chauffeur les connait, je ne négocie aucun prix avant de partir… sacrilège ! Au retour ils me montreront un arbre gravé, sur lequel est inscrit le prix à payer: 50 000 kz. Je rigole doucement, leur explique ce que pourrais penser les touristes européens de cette magouille et les remercie avec un pourboire et quelques boissons fraiches.
Nous descendons donc sur un chemin boueux et glissant, et je me retrouve à maintes reprises à mettre les mains par terre et les pieds dans l’eau jusqu’aux genoux. Heureusement que je suis en short, avec la chaleur angolaise ! Les gars m’aident et j’ai le sentiment d’être une enfant qui débute sur les chemins de randonnées. Nous finissons tant bien que mal par arriver en bas des chutes et la vue nous offre toute la puissance de la rivière Lucala, qui se déverse là. Ces cascades hautes de 105 mètres et larges de 410 mètres, venant du plus gros affluents du fleuve Kwanza, font partie des plus impressionnantes du continent africain.


De retour à Malanje, aucun bus Macon ne semble rouler en début d’après-midi. Le chauffeur de taxi me dépose à un départ de covoiturage, après avoir insisté pour m’offrir un café dans un bar de la ville. Je partirais de Malanje en 4×4 pour 5000 kz, partageant le siège de devant avec un angolais. La voiture a beau être plus confortable que le bus, j’ai les jambes ankylosées par le trajet qui passera deux fois plus vite qu’à l’aller. De retour à Luanda, l’un des passagers m’aident à me repérer et je finirais par me faire embarquer par un policier jusqu’à la maison de mon hôte. Un brin de chance et de belles rencontres.
Je quitterais l’Angola un samedi soir, m’envolant pour Sao-Tomé-é-Principe dans un contexte mondial assez inconnu (début 2020), qui s’avèrera stressant. Voyager en Angola en transport en commun est quelque chose de possible et beaucoup plus facile qu’en Namibie. Mais il faudra trouver d’autres alternatives pour se rendre au Parc national de Quiçama ou celui de Iona plus au sud. Quant à l’intérieur des terres, je vous conseille d’avoir votre propre véhicule ou de parler couramment portugais pour pouvoir demander des conseils avisés. Les Angolais que j’ai rencontré m’ont tous accueillis avec patience, bienveillance et un grand sourire sur le visage. J’ai été touchée par tant de générosité, d’acceptation et de douceur, que j’aurais presque pu m’installer dans ce doux pays. Il a été dur d’en partir, je m’y sentais comme à la maison et c’est un sentiment rare lorsqu’on voyage de par le monde. J’en ressors grandie et remplie de gratitude.
Je vous souhaite donc de pousser au delà de vos préjugés et peurs si vous en avez, d’aller goûter à la douceur angolaise qui a laissé les sévisses d’une guerre dans un passé lointain, et de vous laisser bercer par les rondeurs ensorcelantes de la kizomba. Kizomba signifie « fête » en kimbundu. Un bel hommage à la musique et à la danse qui sont finalement bien des langues universelles.